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Editorial

Pauvreté mondiale divisée par deux : à qui revient le mérite ?

lundi 1er décembre 2014 | Obadias Ndaba

Le monde a réduit de moitié l’extrême pauvreté lors des deux dernières
décennies, faisant passer son taux de 36% en 1990 à 18% en 2010. Selon
la dernière édition du rapport d’étape de l’ONU sur les OMD (2014), le
premier objectif, et peut-être le plus important de tous, à savoir « 
réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de personnes dont
le revenu est inférieur à 1,25 dollar par jour », a été atteint cinq
ans en avance par rapport à l’échéance 2015. Ledit rapport « réaffirme
que les OMD ont fait une différence profonde dans la vie des gens ».

Si les énormes progrès dans la réduction de l’extrême pauvreté sont
dignes de célébration, il est important de comprendre comment ils se
sont produits et à qui en revient le mérite afin d’en tirer les
leçons. La question importante à se poser est : dans quelle mesure le
cadre des OMD a contribué à réduire de moitié la pauvreté mondiale au
cours des 20 dernières années.

Le premier obstacle est de définir réellement ce qu’est le cadre des
OMD. Ce n’est pas une seule entité avec un plan de 15 ans et un budget
proportionnel pour atteindre ses objectifs. Ce cadre est souvent
entendu comme étant la somme de tous les efforts mondiaux en matière
de développement international : l’aide de gouvernements étrangers,
des fondations caritatives, la myriade d’ONG et d’organisations
multinationales comme les agences de la Banque mondiale et de l’ONU.
C’est-à-dire toute autre chose que ce qui se passe dans les pays
bénéficiaires eux-mêmes.

Le rapport note que l’essentiel du progrès est attribuable à la Chine,
qui a réduit de façon spectaculaire son taux de pauvreté de 60% en
1990 à 12% en 2010. À noter que la Chine n’a jamais signé les OMD et
que beaucoup de ses progrès se sont réalisés avant 2000 en dehors du
cadre des OMD. Les progrès remarquables de la Chine en termes de
réduction de la pauvreté sont dus à sa croissance économique
impressionnante lors des trois dernières décennies et à son évolution
progressive vers l’économie de marché. Ainsi, les « efforts concertés
des gouvernements et des bailleurs de fonds » que le rapport souligne
comme étant à l’origine de ce progrès occulte probablement un point
important et donc des leçons importantes des 20 dernières années ou
plus de l’expérience du développement.

Même en Afrique, l’attribution des lents progrès accomplis dans le
cadre des OMD est trompeuse. La croissance de l’Afrique subsaharienne
a augmenté et ses économies combinées croissent à un taux très
intéressant, prévu à 5,1% cette année par le FMI, que la plupart des
régions en dehors de l’Asie du Sud ne peuvent que le lui envier. Bien
inégale entre et au sein de ces pays, cette croissance a probablement
été le principal facteur contribuant à ce que le taux de pauvreté
baisse lentement mais sûrement sur le continent. Dans les rapports
d’étape sur les OMD, cela passe toujours inaperçu, ce qui laisse
penser que ce sont les « efforts du gouvernement et des donateurs »
qui sont à l’origine de tout progrès. Le cadre des OMD est
essentiellement un mécanisme pour suivre les progrès, et ne peut être
crédité du progrès lui-même.

Les nouveaux objectifs de développement durable sont maintenant en
projet et vont probablement définir la politique et la pratique du
développement dans les quinze prochaines années. Si l’on devait
apprendre de l’expérience de la dernière décennie, l’objectif de
développement suivant pourrait être la reproduction de l’histoire de
la Chine, de manière à ce que l’humanité mette fin à l’extrême
pauvreté pour de bon. Donner à César ce qui lui est lui revient est important et nous aide à mieux comprendre le vrai sens du
développement.

Donc chapeau au capitalisme chinois, aussi vicié puisse être le
système, d’avoir supporté l’essentiel de la charge lourde dans la
lutte contre l’extrême pauvreté. Maintenant tous les regards sont
tournés vers l’Asie du Sud et l’Afrique, qui abritent la grande
majorité des 1,2 milliards de personnes vivant encore dans l’extrême
pauvreté. Si ces deux régions étaient capables de maintenir la
croissance à un taux moyen de 9,6% par an durant deux décennies, comme
la Chine l’a fait entre 1990 et 2010 selon les chiffres du FMI,
l’extrême pauvreté sera presque sûrement de l’histoire ancienne. Mais
la croissance ne suffit pas pour faire des miracles, encore faut-il
que ses fruits profitent aux masses, ce qui n’a pas encore été le cas
pour l’Afrique à ce jour. Pour que l’Afrique réduise substantiellement
la pauvreté, elle doit augmenter la productivité de l’agriculture,
investir davantage dans les industries intensives en main-d’œuvre
notamment manufacturière, et ajouter de la valeur à ses ressources
naturelles variées comme le pétrole, le gaz et les autres minerais.

L’expérience de la Chine a montré que les politiques spécifiques
orientées vers le développement agricole et rural fonctionnent bien.
Selon une étude de la Banque mondiale sur la réduction de la pauvreté
de la Chine, « environ les trois quarts de la réduction de la
pauvreté, lors de la période 1981-2001, provenaient de la réduction de
celle de la population rurale. La croissance dans le secteur primaire
(essentiellement l’agriculture) a fait beaucoup plus pour réduire la
pauvreté et les inégalités que celle dans les secteurs secondaire ou
tertiaire. Ce sont peut-être les leçons les plus importantes à retenir
dans le discours sur le développement lors des deux dernières
décennies. Il serait tragique de ne pas en tirer des leçons.

Obadias Ndaba, analyste pour www.libreafrique.org
Article publié en collaboration avec Libre Afrique

3 commentaires

Vos commentaires

  • 1er décembre 2014 à 10:43 | plus qu’hier et moins que demain (#6149)

    Assalamo alaikoum

    Il y a parait-il le mensonge, les gros mensonges et la statistique.
    Parler de la CHINE en matière de lutte contre la pauvreté en occultant ses limitations de naissance relève d’une analyse biaisée.

  • 1er décembre 2014 à 11:47 | leclercq (#4410)

    Bonjour
    Pauvreté divisée par deux ,il reste que l’autre moitié touche et concerne uniquement et spécialement Madagascar !! hélas !!!

  • 1er décembre 2014 à 12:10 | bbernard (#6880)

    « Pour que l’Afrique réduise substantiellement la pauvreté, elle doit augmenter la productivité de l’agriculture, investir davantage dans les industries intensives en main-d’œuvre notamment manufacturière, et ajouter de la valeur à ses ressources naturelles variées comme le pétrole, le gaz et les autres minerais. » En ce qui concerne l’agriculture, cette augmentation de la productivité passe d’abord par une bonne formation des agriculteurs malgaches et par une action en faveur d’une garantie de propriété de la terre qu’ils travaillent. En ce qui concerne les ressources naturelles, cela passe par la rédaction de contrats honnêtes, l’expulsion des compagnies qui se sont installées sans autorisation (chinois principalement), et la fin de la corruption qui fait que les capitaux issus de la production partent pour une part dans les poches des mafieux au pouvoir, pour l’autre part à l’étranger et qu’une infime partie seulement va dans les caisses de l’Etat. La Chine n’et pas l’exemple à retenir car ses résultats ne sont pas dus aux mesures prises par le gouvernement mais à la mentalité des investisseurs étrangers qui ont trouvé là une main d’oeuvre exploitable à merci pour faire du profit.

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