Le retard conséquent du début de la cérémonie d’ouverture du sommet d’Addis Abeba, qui s’est effectué à 15 h 45 au lieu des 15 h prévues, montre bien le caractère laborieux de cette première journée. De l’avis général, l’atmosphère a été tendue et ni poignée de main ni signe de tête n’ont été relevés entre les deux principaux protagonistes.
Cette ambiance n’est que la conséquence logique des attitudes antérieures. Andry Rajoelina a réclamé un droit de regard sur tous les ministères de souveraineté, et se comporte comme le Président de la Transition. Marc Ravalomanana pour sa part ne veut même pas entendre parler de son rival à ce poste, et a multiplié les exigences sur des points de protocole comme pour faire sentir sa capacité de perturbation [1]. Au delà des questions d’hôtel ou de lieu de réunion, il s’était vanté d’avoir dit leurs quatre vérités à Ablassé Ouedraogo et à Jean Ping, et a exigé hier que les discussions sur le fond ne commencent qu’après l’arrivée de Joaquim Chissano, président de l’équipe conjointe de médiation.
Et pour confirmer cette position, après la fin de la cérémonie d’ouverture et un quart d’heure de conciliabule au niveau des chefs de file, le Président déchu s’est empressé de regagner son hôtel. Ce qui pourra être perçu par les uns comme une attitude cavalière au vu du cocktail qui était au programme, ou par les autres comme une sage précaution, au vu des discussions qui devaient reprendre à 22 heures 30. Ce qui promettait une nuit très longue ou très courte, selon que l’on se situe plutôt dans le camp des partisans du ballroom ou de la couette.
La pratique des longues négociations nocturnes est maintenant habituelle des réunions du GIC. Si comme nous, l’on est enclin à douter que les politiciens malgaches comprennent réellement la lassitude de la population, l’on ne peut que reprendre à son compte la phrase de Jean Ping selon laquelle « la situation actuelle à Madagascar est caractérisée par une lassitude quasi-générale ressentie légitimement au niveau de la population », qu’il a même qualifiée d’otage. Et l’on ne peut alors qu’approuver ce procédé d’épuisement physique, sans avoir le sentiment d’être un apprenti gestapiste.
C’est à l’usure que les avancées s’obtiennent, et il apparait clairement que l’équipe mixte de médiation est adepte de la politique des petits pas. De l’ambassade du Sénégal aux sommets de Maputo, sans compter les innombrables passages à l’hôtel Carlton et les démarchages en porte à porte, la médiation s’est accrochée fermement à chaque concession obtenue et s’est efforcée de conforter les progrès antérieurs.
La principale avancée constatée ce mardi à Addis Abeba aura ainsi été ce chevalet avec les mots « Premier Ministre » posé devant le fauteuil dévolu à Eugène Mangalaza. Et l’entourage du GIC, interrogé sur ce point de protocole, de répondre que sur lui au moins, il y avait consensus. Et qu’il était donc logique de le matérialiser. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
Les tentations de tout reprendre depuis le début ne pourront donc probablement être vraiment satisfaites, et ce n’est sans doute pas sans l’accord de ses collègues que Jean Ping a parlé de la nécessité de préserver les acquis importants des précédentes réunions.
À coup sûr, trois jours ne seront pas de trop, et en bon doyen, Albert Zafy a eu raison de demander par avance des excuses si des comportements irresponsables, y compris de sa part, devaient se produire par ci ou par là. Il y aura à coup sûr des basses et des contre ut. Reste à savoir si dans ce concours de chant, ce seront plutôt des maîtres de chant ou des maîtres chanteurs qui feront entendre en dernier leur voix.





