Aux yeux de la Banque Mondiale, une politique budgétaire prudente aura été un élément clé de la gestion en place depuis Mars 2009, contribuant à une relative stabilité financière qui peut surprendre autant que les données de croissance économique évoquées hier. L’on peut cependant se demander si cette politique prudente n’est pas actuellement en train de s’effilocher et si 2010 ne sera pas excessivement difficile pour les finances de l’État.
La dépense publique a en tout cas été sévèrement réajustée au cours de 2009 pour faire face à la baisse des recettes fiscales et à la perte d’une partie des aides étrangères. L’État a continué à payer les salaires et les dépenses courantes prioritaires, a honoré le service de sa dette extérieure, mais a très sévèrement coupé dans les dépenses de maintenance et d’investissement (utilisation en 2009 de 33% seulement des budgets prévus en début d’année). Cela a entraîné une baisse des dépenses de 690 milliards d’Ariary (environ 23%) par rapport à 2008.
Cette baisse est supérieure à celle des recettes fiscales par rapport au budget (603 milliards) et aura permis de compenser en partie la perte des aides extérieures.
Les autres acteurs du secteur financier auront montré la même prudence. La masse monétaire M3 a baissé de 3% en termes réels [1] entre décembre 2008 et novembre 2009, du fait de la faible croissance de l’endettement tant public que privé. Comme les dépôts auprès des banques ont dans le même temps continué d’augmenter [2], semblant refléter la stratégie de beaucoup d’acteurs économiques de limiter les dépenses et de constituer des réserves monétaires facilement mobilisables pour faire face à la crise, le système financier s’est en fait retrouvé en excédent de liquidités. Cela s’est reflété dans la baisse des taux d’intérêt sur le marché des Bons de Trésor par Adjudication, où les rémunérations ont baissé de 3,5% entre Mai et Novembre.
Début décembre, la Banque Centrale a même été obligée d’absorber une partie des excédents de liquidité en procédant à un appel d’offres pour que les banques placent auprès d’elle une partie de leur trésorerie.
Cette situation très paradoxale dans une situation de crise s’explique en fait par le caractère relativement fermé de l’économie malgache. Dans une économie ouverte, avec une monnaie librement convertible, les acteurs économiques se seraient vraisemblablement empressés d’envoyer leurs fonds s’abriter à l’étranger, et la devise nationale se serait brutalement effondrée. Mais pour beaucoup d’acteurs malgaches, faire cela n’était tout simplement pas possible, que ce soit pour des raisons réglementaires ou pratiques, et l’argent est donc resté au pays. Mais on peut aussi estimer que les acteurs économiques se sont finalement accoutumés à la situation actuelle, puisque même le volume des dépôts en devises auprès des banques locales reste stable après une chute initiale consécutive à l’arrêt des projets sur financement extérieur.
« Ny vola misy, fa ny hampiasa azy no toa mampatahotra »
Effet d’aubaine face à cette abondance de liquidité, tentation de donner un coup de pouce à la croissance face aux multiples revendications et à l’approche d’élections, ou difficulté réelle à continuer de comprimer les dépenses ? Il semble en tout cas que l’État a tendance depuis quelque temps à dépenser davantage. Les engagements de dépense du quatrième trimestre 2009 étaient supérieurs de 200 milliards à ceux de la période correspondante de 2008, marquant une rupture par rapport à la conduite précédente.
Cela arrive pourtant à un moment où les recettes fiscales vont vraisemblablement connaître une nouvelle baisse, car si certains impôts étaient perçus en 2009 sur la base de calcul des revenus de 2008, ils le seront désormais sur la base de calcul des revenus de 2009, et donc connaîtront un net recul.
Les marchés financiers semblent en tout cas anticiper une situation où la trésorerie de l’État deviendra plus difficile, puisque les taux d’intérêt des BTA sont nettement repartis à la hausse. Les derniers résultats indiquent, d’une manière sans équivoque, une évolution défavorable pour le Trésor, donc pour l’Etat, des taux d’adjudication [3]. Mais cette situation pourrait entraîner à terme une nouvelle perte de confiance vis-à-vis des finances de l’État, puis de la monnaie.
Alors, croissance ou récession en 2010 ? On serait tenté de répondre par une pirouette en disant que personne ne s’intéresse réellement à cette question, dans un contexte où pour beaucoup de monde, le court terme c’est le lendemain, le moyen terme c’est la fin du mois et le long terme s’arrête à dans trois mois.
On peut ajouter d’ailleurs que le PNB reste un assez piètre indicateur, notamment lorsque la croissance dans le secteur minier devient l’arbre qui cache les difficultés du reste de la forêt. Si le projet Ambatovy tient ses délais, la croissance pourrait être présente dans les chiffres, mais elle n’impactera guère la plupart des malgaches.
Par contre, en cas de grave dérapage de la situation financière de l’État, beaucoup le ressentiront... Pour les autorités financières, la prudence restera donc vraisemblablement de mise, car des acoups brutaux pourraient être fatals. Reste à savoir si elles arriveront à résister aux pressions politiques et sociales. La grève du corps médical constitue à cet égard un sacré test.





