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Opinions

Laurent Thomas, Sous-Directeur général de la FAO en charge de la Coopération technique internationale

« Notre objectif : éliminer la pauvreté et la faim »

mercredi 22 juillet 2015

La Troisième Conférence internationale sur le financement du développement, l’Assemblée générale des Nations Unies à New York et les Objectifs de développement durable de l’après-2015 : la voie est pavée de bonnes intentions en faveur des pauvres et des affamés.

La Troisième Conférence internationale sur le financement du développement à Addis-Abeba cette semaine était une rare occasion pour les représentants de haut niveau des gouvernements, de la société civile et du secteur privé de réfléchir et de débattre ensemble de la future architecture du financement du développement.

La conférence a eu lieu à un moment idéal, juste quelques mois avant la prochaine Assemblée générale des Nations Unies, où les États membres devraient approuver un ambitieux nouvel ensemble d’Objectifs de développement durable à atteindre d’ici à 2030.

Avant la conférence, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en collaboration avec le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM), a estimé que l’éradication de la faim nécessiterait quelque 267 milliards de dollars supplémentaires par an jusqu’en 2030.

Malgré un montant en apparence élevé, le coût de l’inaction est en fait bien plus important – selon certaines estimations, la malnutrition coûte chaque année plusieurs milliers de milliards de dollars à l’économie mondiale. Permettez-moi de mettre ce chiffre dans un contexte plus large : les dépenses militaires mondiales sont estimées à environ 1 800 milliards de dollars par an, tandis qu’au sein de l’OCDE, près de 260 milliards de dollars sont dépensés par an pour soutenir l’agriculture dans les pays membres.

Autrement dit ces 267 milliards de dollars représentent seulement 0,3% de la production économique mondiale. Est-ce vraiment un prix à payer trop élevé pour aider près de 800 millions de personnes souffrant de la faim ?

Éradiquer durablement la faim par le biais des investissements en faveur des pauvres, en particulier dans l’agriculture et dans les zones rurales, est judicieux d’un point de vue économique. Diverses études ont démontré qu’aucun autre secteur ne connait des rendements des investissements aussi considérables en termes de réduction de la pauvreté et de création d’emploi. Autrement dit, aucun autre secteur n’a ce pouvoir de sortir les gens de la pauvreté.

Plus de 70% des pauvres vivent dans les zones rurales et dépendent de l’agriculture, de l’élevage, de la sylviculture ou de la pêche. Les jeunes chômeurs ou sous-employés représentent une fraction importante des pauvres, en particulier dans les pays en développement. Combler le fossé entre les sexes dans l’agriculture permettrait de réduire de 12 à 17% le nombre de personnes souffrant de la faim. En d’autres termes, en assurant aux femmes un meilleur accès à la terre, aux intrants et aux formations, entre 100 et 140 millions de personnes n’auront plus faim.

Il faudra allouer 47 milliards de dollars au financement des programmes de protection sociale, c’est-à-dire les transferts d’argent aux personnes vivant avec moins de 1,25 dollars par jour (seuil de pauvreté défini par les Nations Unies, ndlr) pour qu’ils puissent satisfaire leurs besoins fondamentaux, en particulier en termes de nourriture, de santé et d’éducation. Et, en parallèle, il faudra 80 milliards de dollars d’investissements ciblant les plus pauvres pour leur permettre de générer leurs propres revenus et devenir autonomes. Dans les deux cas, la majeure partie du financement – près de 85 milliards de dollars – doit être dirigée vers les zones rurales. En effet, il faut savoir qu’en Afrique par exemple, 78% des pauvres vivent dans des zones rurales.

À la FAO, nous croyons que l’éradication de la faim est possible. Nous pensons que les systèmes alimentaires et l’agriculture peuvent générer de la richesse et contribuer au bien-être de tous, en particulier les plus pauvres. Et nous croyons que tout cela peut être réalisé à notre époque. Nous pouvons et devons être la « génération Faim Zéro ».

Éradiquer la faim exige que nous nous appuyions sur les expériences locales et internationales réussies. La première étape consiste à briser le cycle de la pauvreté, la faim et la faible productivité de l’agriculture. La voie sur laquelle nous nous sommes engagés exige des investissements judicieux dans la protection sociale pour assurer aux pauvres l’accès à des aliments nutritifs en quantité suffisante. Cela seul rendra possible l’éradication de la faim, peut-être même avant 2030. Dans le même temps, les investissements dans l’agriculture et le développement rural sont essentiels pour faire disparaître la faim de façon durable.

Nous estimons qu’avec un investissement annuel supplémentaire de 116 milliards de dollars dans la protection sociale et de 151 milliards de dollars dans les moyens de production (dont 105 milliards de dollars investis dans l’agriculture et dans les zones rurales), le monde sera durablement libéré de la faim. Ceci représente un investissement annuel d’environ 160 dollars par personne affamée – le coût d’un téléphone mobile ou d’un mouton. Les pays les plus riches du monde peuvent facilement le faire. Ne laissons pas passer cette opportunité.

Comme dit le vieil adage, « ventre affamé n’a point d’oreilles », éradiquer la faim est donc non seulement rentable mais c’est aussi un investissement vital dans la paix, la sécurité et le développement durable, dont nous bénéficierons tous. Ne pas faire ces investissements supplémentaires coûtera beaucoup plus cher à l’économie mondiale.

Atteindre l’objectif « Faim Zéro » constituera un bien public mondial. Et c’est cela ce que les participants à la conférence d’Addis-Abeba souhaitent communiquer – que l’on se rappelle de nous dans l’histoire comme « la génération Faim Zéro ».

10 commentaires

Vos commentaires

  • 22 juillet 2015 à 09:52 | Eloim (#8244)

    Ironie du sort !
    Pourquoi ne pas l’élire comme notre PRM ????
    Qu’est-ce qui prime pour un PRM d’un pays ? Eliminer la pauvreté et la faim des siens !
    Alors, j’ai pas RAISON ?

    • 22 juillet 2015 à 10:32 | Rakotoasitera Fidy (#2760) répond à Eloim

      La voie est pavée de bonnes intentions pour les pauvres

  • 22 juillet 2015 à 10:47 | diego (#531)

    Bonjour,

    Une des causes et origines de la pauvreté et de la faim :

    - est l’instabilité politique !

    L’un des continents les pauvres de la planète :

    - l’Afrique !

    C’est le continent le plus instable de la planète. C’est là où il y a le plus de coup d’état.

    Si on volait lutter efficacement contre la pauvreté et la faim :

    - il faudrait faire en sorte qu’il y ait moins de coup d’état et y imposer la stabilité, point !

    Le reste, c’est de l’hypocrisie et du bla bla....

    • 22 juillet 2015 à 12:32 | kartell (#8302) répond à diego

      @ diego

      Mais la cause principale est tout de même la surpopulation qui fera de l’Afrique, le continent de l’immigration massive lié aussi au réchauffement de la planète qui rendra de nombreuses terres incultivables....

      Aucune politique sérieuse de contrôle de la natalité, opposition des églises,bref tout un répertoire qu’on pourrait étoffer pour montrer à quel point, la perspective d’avenir est compromise....

      Quand aux innombrables conférences de la FAO, ce ne sont que des campagnes publicitaires qui n’aboutissent à rien sinon à fournir à tous ces délégués internationaux, une occasion de montrer qu’ils existent ! ....

      Une visite dans les locaux genevois de l’ONU permet de mesurer le fossé qui sépare « ce machin qu’est l’ONU » ( dixit De Gaulle) avec la réalité de terrain qu’elle semble avoir perdue à tout jamais....

      Nous sommes,ici, comme nous l’avons été, hier, dans un grand déballage d’incapacité et d’incompétence avec des déclarations et des promesses d’avenir laissées sans écho mais cela ne vous rappelle-t-il donc rien ?....

    • 22 juillet 2015 à 12:36 | nono (#8950) répond à diego

      Vous avez bien raison. Et c’est justement cette instabilité politique que certains souhaitent conserver, car cela appauvrit la population. Qui dit pauvreté dit dons et aides financiers. Pourquoi, après tout ce temps et tous ces dons et aides, Madagascar est toujours aussi misérable ?! Car la population et sa condition de vie inhumaine et pauvre sont de bons arguments pour convaincre les pays étrangers de financer... les politiques.

    • 22 juillet 2015 à 20:17 | Paulo Il leone (#6618) répond à diego

      j’ai bien peur que cet objectif ne soit jamais atteint à Madagascar vu la mauvaise foi, la jalousie, la mesquinerie et la petitesse des forumistes nationalistes qui sévissent sur ce forum, et qui sont un échantillon très représentatif de la mentalité malgache en général !

  • 22 juillet 2015 à 12:30 | valoha (#7124)

    Ny tarigetran’ny Malagasy rehetra dia ny hiala amin’izao fahantrana lavareny izao. Mazava loatra izany(ankoatr’ireto vitsy an’isa mbola tsy maty voalavo an-kibo sy tia kely) ! Ny olana anefa dia avy aiza ? Ahoana ? Miala avy amin’inona ? Sao indray dia ny eo ihany no mihodina manadala ny samy Malagasy.
    Koa araka ny efa naroso teto dia mila fanovana ifotony mahery vaika miaraka aloha ; manova ny Lalampanorenana hifanojo amin’ny tinaidin’ny fiarahamonina sy ny mponina ao aminy @ izao vanin’andro izao ; manitsy ny rafitra hentina mitantana ny tany sy ny fitondrana ! Avy eo miara-mitady izay vahaolana malaky hanarenana ny toe-karena sy hampihodonana ny raharaha rehetra sy ny orin’asa(na miankina na tsia) Malagasy mba hamokatra tsara kokoa hatrana. Tsy misy ohatran’ny fiaraha-mitantana miala ifotony(fa tsy fiaraha-homana toa izao sy ny teo aloha akory). Miara-misalahy. Miara-mifanaramaso ny fandehan’ny raharaha atiny sy ivelany. Miara-mizara ny vokatry ny asa sy ny tany rehetra hanasoavana ny Nosy sy ny olona ao anatiny. Izany no fitondrana hendry sy rariny, ary tsy handrasana ny any ivelany izany fa vitantsika samy Malagasy. Raha tsy isika no manova ny eto amintsika dia ho sariny avokoa ny fanovana eto satria avy any ivelany sy avy any ambony no midina ka tsy hanjary sy hahasoa ny Malagasy !

  • 22 juillet 2015 à 15:44 | plus qu’hier et moins que demain (#6149)

    Assalaamo alaikoum

    Mr Laurent Thomas met l’accent sur l’approche globale et pécuniaire de la pauvreté, une condition nécessaire certes mais pas suffisante car la pauvreté et la faim dans le monde résultent de plusieurs facteurs aussi bien endogènes qu’exogènes. En sus le fait que l’éradication de la pauvreté et de la faim relève des données dynamiques (le climat, la rentabilité, la mentalité, etc..) mais pas statiques.

  • 22 juillet 2015 à 17:55 | LE VEILLEUR alias L’EVEILLEUR (#1331)

    « Notre objectif : éliminer la pauvreté et la faim » !

    Monsieur Laurent Thomas, Sous-Directeur général de la FAO en charge de la Coopération technique internationale

    -  N’est-il pas préférable de dire : « Notre objectif : Favoriser la sécurité alimentaire et la prospérité des paysans » ?

    Techniquement, c’est possible. Pratiquement,
    Parmi les décideurs mondiaux et locaux qui ont vraiment la volonté de réaliser cet objectif ?

    A Madagascar, chaque décideur politique ont-ils d’abord la volonté et ensuite la capacité de s’approprier ces objectifs venus d’ailleurs ?

    Hélas, à la fin de l’année 2015, les Objectifs du millénaires OMD ne seront pas atteints par Madagascar !

    - Avec la société civile, les ONG d’envergure, saurions-nous nous mettre en capacité d’analyser les causes de cet échec pour ce qui dépendait de nous et changer d’attitude et de comportement ?

    - En toute humilité, nos dirigeants (Exécutifs, législatifs, ... ) sont-ils prêt à se former pour s’approprier concrètement ces objectifs finançable pour l’intérêt supérieure de la nation Malgache ?

    • 23 juillet 2015 à 11:51 | Stomato (#3476) répond à LE VEILLEUR alias L'EVEILLEUR

      >>- N’est-il pas préférable de dire : « Notre objectif : Favoriser la sécurité alimentaire et la prospérité des paysans » ?<<

      Assurément vous avez raison à 100% !

      >>« Notre objectif : éliminer la pauvreté et la faim » !<<

      Mais ce brave homme est un intellectuel formé dans une grande école de commerce. Il lui est donc impossible de ne pas utiliser un langage guerrier.

      Ses propos devraient être traduits ou compris comme : il faut éliminer toute forme de culture qui ne soit pas celle contrôlée par les grandes multinationales qui sont seules garantes d’un revenu minimum pour tous les peuples, mais vraiment minimum de chez minimum afin qu’ils soient trop pauvre pour pouvoir s’armer et se révolter. Ce qui créera automatiquement les conditions de sécurité nécessaires.

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