Marc Ravalomanana a accordé deux interviews, respectivement à Sébastien Hervieu pour le journal français Le Monde et à Virginie Herz pour la chaîne de télévision France 24.
De ces deux interviews, on retiendra qu’il reste très ferme, et refuse d’avoir un auteur de coup d’État qui reste au pouvoir. Il rappelle qu’il reste le Président de la République démocratiquement élu, et que la communauté internationale a condamné un régime illégal arrivé par un coup d’État.
L’esprit de l’accord de Maputo est de former un gouvernement de transition neutre, inclusif et consensuel. C’est pourquoi il a lui-même accepté de ne pas participer à la transition. Malheureusement, Andry Rajoelina ne respecte pas ces accords : il devrait lui aussi quitter son poste de président de la transition. C’est ainsi que Marc Ravalomanana présente sa conception d’un gouvernement de Transition neutre, inclusif et consensuel.
Il affirme avoir dit au Président Jean Ping qu’il n’accepterait jamais la décision qui a été prise au Carlton le 6 octobre, car ce n’était pas le rôle des chefs de délégation de désigner les trois postes clés. Il ne serait pas normal qu’alors que la majorité des malgaches le soutient et qu’il est encore le Président de la République, lui ou sa mouvance ne soient pas dans les trois postes.
Et Marc Ravalomanana de dire à France24 : « Addis Abeba n’est pas un jeu de poker menteur où toutes les cartes sont déjà distribuées à l’avance. »
Interrogé par France 24 pour savoir s’il pourrait accepter Andry Rajoelina comme Président de la Transition si celui-ci acceptait de ne pas se présenter à l’élection présidentielle, Marc Ravalomanana a répété qu’il n’acceptera jamais Andry Rajoelina comme chef de transition, car celui-ci est l’auteur du coup d’État à Madagascar. Madagascar ne mérite pas d’être un mauvais exemple en Afrique et dans tous les pays en développement. Et il ajoute qu’il y a beaucoup de solutions pour une solution de neutralité respectant l’esprit de Maputo.
Interrogé par Le Monde sur ce qui se passerait s’il n’obtenait pas le départ d’Andry Rajoelina, il précise que si l’on n’a pas besoin de lui à la table des négociations, il peut rester en Afrique du Sud. Mais il ne veut pas abandonner son pays, et interroge les médiateurs s’ils veulent prendre la responsabilité de laisser à la tête de Madagascar un dirigeant qui enfonce le pays dans la crise. Il précise par ailleurs qu’il a refusé de faire une demande d’asile en Afrique du Sud, car il veut rentrer le plus tôt possible à Antananarivo.
France24 a justement interrogé Marc Ravalomanana sur l’annonce qu’il avait fait à ses partisans qu’il rentrerait bientôt à Madagascar ; ce retour se ferait-il avec l’accord de Andry Rajoelina ou pourrait-il se faire clandestinement ou avec l’aide de l’armée ? Il n’a pas répondu directement à cette question mais insisté sur le fait qu’il respecte toujours l’accord de Maputo, et qu’il travaillera avec les autres chefs de file pour trouver une sortie de crise.
Interrogé sur ses relations avec l’armée et s’il avait l’intention de s’appuyer sur celle-ci pour faire basculer la situation, Marc Ravalomanana a répondu qu’il faut éviter une telle solution. L’armée est divisée. Il faut faire attention à ne pas basculer dans la guerre civile, mais remettre l’armée dans l’ordre.
Pour Marc Ravalomanana, cette situation de l’armée où des sous-officiers et des commandants font la loi est l’une des illustrations qu’Andry Rajoelina n’est pas capable de diriger un pays. « Il ne sait pas commander les militaires, ses ministres et même son ancien premier ministre ». Aux yeux de Marc Ravalomanana, il n’y a pas d’État à Madagascar actuellement.
À la question du Monde sur son éventuelle candidature à l’élection présidentielle, Marc Ravalomanana répond qu’il est trop tôt pour répondre. Mais il rappelle qu’il a des militants dans tout le pays et un projet qui a donné des résultats. Et il réfute les accusations d’affairisme et d’autoritarisme, en déclarant avoir toujours séparé la gestion des affaires de l’Etat de celle de ses entreprises. Les seules erreurs qu’il identifie sont d’avoir été trop vite dans la mise en oeuvre de son projet et de ne pas avoir assez prêté attention à l’armée.
Interrogé sur les événements du 7 février à Ambohitsirohitra, il répond que les balles ne venaient pas du palais, mais de tireurs postés dans les arbres par l’autre camp.
Le Monde titre son interview : « Madagascar : le président déchu accuse la France », en se référant aux accusations de Marc Ravalomanana sur le fait que la France a soutenu Andry Rajoelina. Marc Ravalomanana dit précisément : « Le coup d’Etat à Madagascar était bien étudié et bien orchestré. En trois mois, c’était fait ! Moi-même, j’ai été surpris. Je ne dis pas que la France a tout organisé, mais il y avait des Français derrière cela. Les services de renseignement sud-africains, ici, me l’ont dit ».
Recueilli par Patrick A.
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