Nous semblons malheureusement repartis dans un de ces cycles qui sont devenus habituels au cours de ces négociations de sortie de crise :
- l’idée d’une rencontre entre les quatre chefs de file de mouvance semble acquise ;
- les discussions sur la date et le lieu de la rencontre s’éternisent ;
- la mouvance Andry Rajoelina essaie de prouver par une démonstration de force sur le terrain qu’elle est capable de gouverner seule et fait passer indirectement le message qu’elle est déjà bien bonne de faire quelques concessions ;
- la communauté internationale rappelle qu’elle considère la formation d’un gouvernement de consensus comme un élément essentiel préalable à la reprise des aides, et que la reconnaissance complète et sans réserves des autorités n’aura lieu qu’à l’issue d’élections démocratiques.
On retrouve un peu là un scénario à l’ivoirienne, en moins long (du moins pour l’instant) et moins pénible : les choses progressent, mais plutôt lentement, et on ne sait encore si la courbe qui représentera le mieux la situation aura au final une forme de J, de U, de L ou de W. Le moramora malagasy appliqué aux politiciens semble pour sa part exclure le V, à moins que l’on n’y perde au passage son alphabet. Déjà que le W se prononce en jargon aéronautique Whisky, qui passe à tort pour être la boisson nationale...
Si notre optimisme naturel n’en reste pas moins persuadé que l’on sortira de toute cette « crise froide » sur une pente ascendante, pour l’heure donc, la discussion semble encore porter sur les dates et modalités d’une prochaine rencontre. Tout comme Joaquim Chissano, notre esprit d’économie nous pousserait à suggérer MSN, Yahoo Messenger, Google Talk ou autre Skype, voire le bon vieux téléphone. Mais si l’efficacité de réels têtes à têtes est considérée comme indispensable, ne serait-il pas possible d’envisager des rencontres à Madagascar ?
Certes, après l’accumulation des passions qui a eu lieu cette année, il apparait bien difficile de garantir la sécurité et la sérénité d’une rencontre à Antananarivo. Mais tout comme la station balnéaire de Charm El-Cheikh est devenue un lieu de rendez-vous régulier de la diplomatie du Proche et du Moyen Orient et même au delà, pourquoi Nosy Be ou Sainte Marie qui disposent toutes deux d’un aéroport international ne pourraient pas accueillir une rencontre malgacho-malgache ?
L’idée ne nous apparaît pas aussi incongrue qu’elle en a l’air. Dans un contexte où l’on sait qu’il y aura amnistie (que l’on peut ou non regretter, mais c’est un tout autre sujet), la question d’un retour au pays d’un Marc Ravalomanana ou d’un Didier Ratsiraka, ne serait-ce que pour quelques jours, doit-elle rester éternellement taboue ? Ce serait en tout cas un extraordinaire signe de retour à une certaine normalité de la vie politique malgache, et il serait bien dommage de ne pas l’envisager.
L’on se rappelle des fortes préventions des autorités, au mois d’Avril dernier, vis-à-vis du retour annoncé d’un Pierrot Rajaonarivelo. Force est de constater que ce retour ne pose aujourd’hui plus de problème majeur en matière d’ordre public. Et pourtant, l’auteur des présentes lignes ne donnerait nullement le bon Dieu sans confession au dénommé Pierrot, et espère que dans le cadre d’un processus « Vérité et Réconciliation », la lumière soit pleinement faite sur certains de ses agissements passés.
Mais pour qu’une rencontre à Madagascar ait lieu, il faudrait encore qu’elle se fasse dans le cadre d’un gentlemen’s agreement assurant sécurité et sérénité à tous. Hélas, si l’on est certain, après Maputo et Addis Abeba, d’avoir théoriquement des agreements, il semble que ce soient les gentlemen qui manquent...
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