Ainsi donc, Marc Andry Rajoelina continue inlassablement d’imiter ses prédécesseurs en annonçant à chaque voyage officiel des aides budgétaires ou des investissements au bénéfice de la localité où il passe. J’ai déjà eu l’occasion de dénoncer ces pratiques purement politiques (« la 3è République est morte mais les co..nneries continuent ») qui ne tiennent pas du tout compte de la réalité ni des procédures de gestion saine des deniers publics.
Prenons comme exemple l’annonce reprise par tous les journaux lors de la dernière visite à Maintirano, de la future installation d’un hôpital et d’une université dans cette ville.
Primo, cela me gêne toujours, en tant que citoyen, qu’un homme politique annonce en grande pompe des projets de dépenses publiques et fait comme si ces dépenses étaient financées de ses propres deniers. C’est psychanalytique car, dans notre pays, tous les tenants du pouvoir ont tendance à croire, et certains vont jusqu’à agir dans ce sens, que les deniers publics sont confondus aux leurs propres.
Cela me gêne aussi quand tous les journaux, presque sans exception, arborent des titres qui abondent dans ce sens. Combien de fois a-t-on lu des titres du genre « Andry Rajoelina a offert xxx millions d’ariary ou un hôpital ou une école,… ». C’est comme si les journalistes eux-mêmes étaient incapables de pratiquer un peu de discernement pour ne pas confondre une personne et sa fonction, les deniers publics et une fortune privée.
Quand un politicien (quel qu’il soit) annonce des investissements, ceux-ci ne peuvent qu’être financés qu’avec les deniers publics. Or, ce politicien n’hésitera pas une seconde à faire croire, surtout aux plus crédules et aux moins cultivés, que l’argent vient de lui. Pire, quand les financements sont faits à partir de prêt, aucun politicien ne vous dira que les paiements seront effectués par les impôts du peuple mais aussi par ceux de la génération future. Comme si avec votre argent en banque ou le don de votre oncle, un tiers vous annonçait que l’on va vous acheter une maison et qu’en plus, comme il y a un prêt de la banque, vos enfants continueront à payer ladite maison.
Secundo, il me semble que toute annonce d’un investissement public doit être suivie de l’explication du financement de son coût d’usage, de son entretien et de son renouvellement. Sans l’assurance de la prise en compte des ces coûts induits, il ne peut y avoir de pérennisation de l’investissement en question et après quelques années, on aura créé plus de problèmes que l’on en a résolu au départ.
Prenons l’exemple de l’hôpital tel qu’il a été annoncé à Maintirano. Un hôpital entraîne des charges comme le personnel, les entretiens, l’évolution des équipements et la rénovation de certaines structures. Il en est de même pour une Université. On a l’habitude dans des business plans d’inclure de tels coûts induits par un nouvel investissement. Parmi les méthodes utilisées, il y a des ratios que l’on applique en fonction du type d’infrastructures et surtout des équipements utilisés. Plus les équipements utilisés sont techniques (avec beaucoup d’électromécanique, de technologies de l’information...), plus le ratio sera élevé. C’est exactement le cas d’un hôpital. En plus du coût du personnel et celui de la maintenance de la structure des bâtiments eux-mêmes, il faudra compter environ 10 à 14% du coût de l’investissement initial pour les charges d’entretien des équipements.
Une fois que l’on est sûr de trouver le financement de ces coûts d’usage et d’entretien, on peut décider de construire un hôpital (ou de se lancer dans des investissements). Autrement, c’est juste une annonce politique (électorale) et on demande à l’Administration concernée de se débrouiller pour trouver les moyens financiers de la faire fonctionner. Ce qui, en général, est infaisable sur le court ou moyen terme.
On est donc étonné de la rapidité avec laquelle le pouvoir de Transition a annoncé la construction d’hôpitaux aux normes internationales à Mahajanga et à Maintirano, alors que les services de Santé Publique n’ont même pas les moyens d’entretenir le matériel de l’hôpital JRA de la capitale. On sait que dans cet hôpital, l’appareil qui permet de soigner certains cancers est en panne depuis plusieurs semaines et les malades et les cancérologues n’ont qu’à constater, impuissants, la mort lente de certaines victimes du cancer. Je ne parle pas d’autres équipements dont la vétusté représente plus un danger qu’une aide.
C’est à la suite de tels raisonnements qu’avant d’octroyer des dons ou des prêts pour financer des projets d’infrastructures, certains bailleurs de fonds (dont la Banque Mondiale) demandaient la mise en place de structure de financement de leurs entretiens. Par exemple, on a créé le Fonds d’Entretien Routier (ou FER) pour essayer de pérenniser les investissements qui ont été faits dans le domaine routier.
Alors, messieurs de la politique, tant que vous gèrerez les deniers publics comme si c’était votre argent de poche et tant que vous n’aurez pas un vison moderne et d’avenir de notre pays, on ne laissera en héritage à nos enfants que des malheurs, pires que les nôtres actuels.
Le rôle de vrais dirigeants c’est d’essayer de construire un avenir meilleur pour la génération future, exactement comme le feraient des parents dignes envers leurs enfants. Apparemment pour nos dirigeants passés et actuels, c’est le contraire : on sacrifie la génération future, au nom de quelque satisfaction d’égo au présent.





