L’une des difficultés avec les manifestants d’Ambohijatovo, c’est de leur donner un nom.
Les pro-Ravalomanana ? Beaucoup de ces manifestants refusent ce qualificatif. Les anti-TGV ? Certains d’entre eux disent surtout être rebutés par les « dinosaures politiques ». Ou par l’influence excessive de la France.
Les partisans de la légalité ? Cette digne dame a été si abondamment violentée par tant de passants, parfois avec son consentement, que l’identifier devient quasi-impossible.
Les adversaires du coup d’état militaro-civil ? Non seulement l’expression est trop longue, mais les partisans d’Andry Rajoelina et la HCC contesteront sa neutralité.
Donc nous avons tendance pour le moment à privilégier l’appelation « manifestants d’Ambohijatovo », tout en continuant à chercher quels mots utiliser le jour où certains d’entre eux arriveront sur la place du 13 mai.
Et puis il y a eut ces images. Celles qui rappelent que dans toute foule, il y a des individus. Et que derrière chaque individu, il y a le mystère de son histoire et de ses idées.
Les images de celui que nous ne connaissons que sous le surnom de Razily.
Point de foule. Point de banderoles. Point de portrait de Marc Ravalomanana.
Juste un homme qui remet en mémoire ces mots du Général MacArthur : « Le monde complote constamment contre les braves. C’est le combat ancestral - le rugissement de la foule d’un côté - et la voix de votre conscience de l’autre. »
Ou (chacun ses références) ces paroles écrites par Michel Audiard pour le film « Un Taxi pour Tobrouk » : « Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche. »
Sauf qu’en ces heures, personne n’osera sans doute qualifier Razily de brute. J’ignore son niveau scolaire, mais il est probable qu’il n’a jamais entendu parler d’Edward Saïd, palestinien de nationalité américaine, qui a écrit : « L’intellectuel est doté d’une faculté de représenter, d’incarner, d’exprimer un message, une vision, une philosophie ou une opinion devant et pour le public. ».
À ce titre, Razily est incontestablement un intellectuel. Un homme qui sait se détacher de la foule, mais est fidèle à un ensemble politique et social.
On dit que les foules sont bêtes. On sait que les individus sont fragiles.
Mais entre les foules et les individus, il y a un espace intermédiaire, cet ensemble social.
Les images de Razily ont certainement éveillé quelque chose dans des consciences de tous les camps. À cause ou non de la proximité de la commémoration de la date du 29 mars 1947.
Peut-être que parmi les victimes du 7 février 2009 figurent de lointains cousins de Razily, ayant adopté une attitude similaire de bravade, peut-être pour la même haute conception de la société malgache, et qu’ils ont eu ce jour là encore moins de chance que Razily n’en a eu ce Samedi.
Entre cousins, entre simples individus, il est temps de se parler. Non pas de bloc à bloc, non pas en partisans de Untel ou de Untel, mais avec ce simple souci du relationnel sans lequel nous ne serions pas malgaches. Ce n’est pas à des lecteurs internautes que l’on apprendra que, si les foules peuvent rendre bête, la mise en réseau peut rendre plus intelligent.
Note : Selon nos informations, « Razily » et ses compagnons devraient être présentés au Parquet ce Lundi 30 mars.








