L’oncle Georges prolonge ses congés, et me prie de bien vouloir excuser son absence, ce que je fais avec retard. Ne vous inquiétez pas pour sa santé, il a juste fort à faire par ailleurs, il nous reviendra incisif et bouillant dans les prochaines semaines.
Un que l’on sent également bouillant, c’est l’un des fréquents destinataires des coups de griffes de Tonton, Son Excellence Pas Toujours Sérénissime (SEPTS) Andry Nirina Rajoelina. Il se murmure qu’en Conseil des Ministres, il aurait montré de quel bois (de rose) il se chauffe et qu’il ne considère pas vraiment que le silence est d’or.
L’achat d’or, donc, devrait selon le SEPTS être strictement réservé à la Banque Centrale. Si je comprends bien, la Banque Centrale peut donc acheter de l’or, mais n’a pas le droit de le revendre, puisqu’elle est seule a avoir le droit d’acheter... Entretemps donc, les petits orpailleurs de Maevatanana, Betsiaka, Miandrivazo et Besakoa, pour ne citer que ces quelques localités, sont donc priés d’attendre l’ouverture d’un bureau de la Banque Centrale à leurs portes pour se débarrasser du fruit de leur travail.
Tout cela embête bien mon neveu, qui doit se fiancer la semaine prochaine et tient à faire les choses en règle : n’ayant plus le droit d’acheter d’or, il se demande si sa dulcinée et surtout les parents de celle-ci accepteraient que notre famille présente une bague en toc. Ce genre de détail ne semble pas embarrasser SEPTS Andry Rajoelina, qui, il est vrai, n’a pas encore d’enfants en âge de se marier. Pas grave et juste LOL.
Il y en a cependant un que cette interdiction d’acheter de l’or embête encore plus que mon neveu : c’est moi. Après je ne sais combien de mois à endurer la fraise du dentiste pour me faire poser un indispensable bridge, voilà que je me retrouve bloqué. Plus question d’aller voir mon tortionnaire hebdomadaire ; le risque de se retrouver acheteur illégal du précieux métal jaune devient trop grand. Pas envie d’avoir des ennuis avec le commissaire Nakany qui pourrait avoir des tentations d’expertiser ma dentition avec ses petits poings ! Mais du coup, ma mâchoire est fort endolorie de devoir se priver aussi brutalement de dentiste : ceux qui accusent ce site d’avoir une dent contre le pouvoir n’ont finalement peut-être pas complètement tort.
Comment ça, cet article est un rien moqueur ? Difficile de ne pas l’être lorsqu’on lit dans un compte-rendu officiel du Conseil des Ministres une phrase comme celle-ci : « Le Président de la Transition a répliqué que la question n’est pas d’observer ou pas les textes en vigueur mais de protéger la richesse nationale pour que celle–ci, à l’exportation, apporte le maximum de plus value à la Nation ». Lorsque ceux qui sont supposés être autorités disent que les textes sont sans importance, cela se comprend comme : « nous, on a le droit de dire n’importe quoi ». Donc, dans ce domaine, je contribue moi aussi à apporter le maximum de plus-value à la Nation. MDR.
Le reboisement était un autre grand sujet de ce Conseil des ministres, dégommage du père Joseph oblige. Ce qui fut l’occasion d’un autre morceau de bravoure dans le compte-rendu officiel, avec cette phrase :
« Le Chef de l’État a rappelé qu’il appartient au Ministère de l’Environnement et des Forêts d’organiser ce genre [1] d’évènement mais, vue son inertie, la Présidence de la Transition a pris l’initiative de l’organiser et de mener les opérations de sensibilisation afférentes, à titre de renforcement. Ainsi, il a indiqué que, si cette opération connaissait un quelconque fiasco, la Nation connaîtra qui en est le responsable. »
Question : s’il y a des fiascos dans ce pays, la Nation connaîtra-t-elle jamais qui en est le responsable ? Mais non, il n’y a jamais de fiascos dans ce pays.
Ce n’est pas en Airbus A340-300, mais en super jet privé que SEPTS Andry Rajoelina s’est rendu le 20 avril à Mananjary pour continuer son action de reboisement. Je vous laisse méditer sur le bilan carbone et économique de ces déplacements : l’équivalent de combien d’arbres ont-ils été brûlés pendant un Tana Mananjary Tana ? et combien d’agents forestiers pourraient travailler pendant une année avec le budget journalier de la Présidence ? Je dis ça, je dis rien.
N’exagérons pas, il n’y avait pas que la Présidence qui brûlait du carbone ce vendredi 20 avril, jour de reboisement annuel. Car ce 20 avril était aussi le Four-twenty, ou 4/20, journée internationale du cannabis, ou « Cannabis day ». Oui, oui, je l’apprends sans doute en même temps que vous : pendant que chez nous, certains plantaient religieusement du bois de rose, d’autres ailleurs brûlaient avec enthousiasme de l’herbe et se réunissaient publiquement pour fumer du djamal ou de la beuh (pour une édifiante liste de synonymes, vous pouvez vous rendre sur http://www.cannaweed.com/topic/6891...).
C’est sans doute animée par un grand sens de l’anticipation que notre police s’est enfin rendue à un jet de pierre de la Présidence de la République, dans une boite de nuit fréquentée les mercredis et samedis après-midi par les pré-pubères et adolescents pour y faire une rafle.
Un conseil : sans jouer les garde-chiourmes, intéressez-vous quand même à ce que font vos enfants ! Quitte à ce qu’ils s’amusent, il n’y a pas de mal à ce qu’ils le fassent avec vous. Quittons nous donc sur cet édifiant spectacle d’un gamin qui accompagne sans doute ses parents aux concerts. Il n’est jamais trop tôt pour aspirer à devenir DJ !
Bon week-end à toutes et à tous.







