Le Samifin, organisme administratif spécialisé dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, a présenté hier 18 août 2010 son second rapport d’activité. Tout en faisant état au passage de quelques difficultés que la réglementation actuelle entraîne dans son travail.
Ainsi le Samifin ne peut s’auto-saisir, ce qui le met parfois mal à l’aise face à certains faits médiatiques qui font s’écrier au public : « que fait le Samifin ? ».
Le Samifin ne peut intervenir que sur la base d’une déclaration d’opération suspecte (DOS) transmise par exemple par un organisme financier, une société d’assurance, une société immobilière ou un établissement de jeu. Ces acteurs commencent à mieux s’organiser, puisque le SAMIFIN a reçu 54 DOS au cours de l’année 2009, contre seulement 23 en 2008. Et la tendance se continue en 2010.
Près des trois quarts des DOS viennent des banques. Les doutes des déclarants sont relatifs à des opérateurs exerçant dans le commerce international (importations), le secteur minier (pierres et métaux précieux), l’informatique et l’électronique, la quincaillerie, le bois...
Après enquête, les délits en amont semblent être des fraudes douanières ou fiscales, des infractions de change, des infractions relatives à la réglementation forestière et de la corruption. Les schémas mis à jour révèlent fréquemment des circuits passant par Dubaï, Bangkok et les pays asiatiques, et ce pour l’achat de marchandises en sous-facturation.
Après investigations, 18 DOS ont été classées sans suite et 18 autres ont été transmises au Parquet. Cependant, comme les agents du Samifin n’ont pas le statut d’officier de police judiciaire, leur travail doit être repris par les juges qui sont libres dans leurs appréciations, alors que certains magistrats ne sont pas forcément attentifs au fait que le blanchiment d’argent est en soi un crime, et ce indépendamment des infractions situées en amont.
26 des DOS qui ont été reçues semblent en relation avec le bois de rose. Le circuit financier du bois de rose semble débuter par des versements en espèce effectués par de très nombreux chinois, versements au profit de trois sociétés exerçant dans la quincaillerie et le textile. Ces chinois sont introuvables malgré les recherches, leurs noms n’apparaissant pas dans les fichiers de l’immigration ou de l’état-civil.
Les trois sociétés intermédiaires ont ensuite reversé les sommes aux sociétés bénéficiant d’autorisations, qui peuvent différer des sociétés ayant effectivement exporté. Le Samifin est arrivé à identifier l’envoi de 565 conteneurs, ce qui aurait dû entraîner pour le pays environ 60 milliards d’ariary de recettes d’exportation, et 15 milliards de redevances pour l’État. Les recettes réelles sont bien moindres. Des autorisations semblent donc avoir été obtenues en contournant les textes, ce qui laisse supposer des manoeuvres de corruption. Au final, des marchands de Behoririka aux coupeurs de bois, en passant par la classe politique, c’est toute une mafia qui semble profiter du trafic.
Le Samifin a transmis un rapport spécifique sur le bois de rose au gouvernement. D’autres recommandations portent sur une vigilance accrue des bureaux de change et maisons de jeux, une meilleure coordination entre les acteurs de la lutte contre le blanchiment et l’élargissement du nombre de ceux-ci (en y incluant avocats, exports-comptables, concessionnaires automobiles...) et une lutte réelle contre le change informel.
Recueilli par Yann





