Au moins 31 personnes, dont le cameraman Ando Ratovonirina, ont été tuées et plusieurs autres blessées le 7 Février 2009, lorsque les membres de la Garde présidentielle ont ouvert le feu sur une foule de manifestants de l’opposition qui marchait vers le Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra.
Ce jour-là une manifestation avait été tenue à la Place du 13 Mai par les opposants menés par Andry Rajoelina. Rajoelina avait nommé son Premier Ministre, Monja Roindefo, puis dit à la foule des manifestants que le palais d’Ambohitsorohitra appartenait à la Commune d’Antananarivo et que le Premier ministre qu’il venait de nommer devait y travailler.
Après cela, une foule de manifestants s’est dirigée vers le palais présidentiel, situé sur une colline surplombant le centre de la capitale. À ce moment, un premier cordon d’hommes en uniformes de police, qui ne portaient pas d’armes à feu visibles, bloquait déjà les différentes voies d’accès au palais présidentiel. Un deuxième cordon était composé de soldats armés et équipés avec des équipements anti-émeute : casques, matraques, vêtements de protection, y compris des gilets pare-balles et des boucliers anti-émeute. Une troisième barrière était située à environ 20 mètres du palais et était bouclée par un mince ruban rouge et blanc. Cette bande était supposée matérialiser la « zone rouge » dans lequel les autorités avaient interdit aux manifestants de traverser.
Le cordon de police à la première barrière ont permis à une délégation des manifestants et à des journalistes de passer à travers cette première barrière pour discuter avec les soldats de la deuxième barrière de la possibilité d’entrer dans le palais. Les négociations ont donc été menées entre les représentants des manifestants et les soldats postés à la deuxième barrière. Les journalistes qui couvraient l’événement avaient été exclus des discussions par les soldats.
Les soldats ont ensuite conseillé aux journalistes qui étaient là de se tenir à l’écart et de ne surtout pas aller au-delà de la bande qui constituait la troisième barrière menant à la zone connue comme la « zone rouge ». Des soldats à la deuxième barrière avaient également dit aux journalistes que les éléments de la Garde présidentielle à l’intérieur du palais étaient déterminés à opposer une farouche résistance et pourraient tirer. La plupart des journalistes se sont mis de côté vers les jardins de l’Hôtel Colbert.
La petite délégation qui négociait avec les soldats est ensuite retournée à la foule qui les attendait de l’autre côté de la première barrière, apparemment pour leur dire que les forces de sécurité avaient refusé l’accès au palais. L’un des délégués de ces manifestants [1] a fait un signe de la main qui aurait été interprété par la foule comme un signal pour se ruer vers le palais présidentiel [2]. En tout cas, les manifestants se sont précipités dans l’espace entre les deux barrières. Immédiatement, et sans alerte, les membres de la Garde présidentielle à l’intérieur du palais ont commencé à tirer à balles réelles sur la foule qui s’avançait vers la « zone rouge ». Selon la plupart des témoins, les tirs ont duré de une à trois minutes.
Après ces premiers tirs, certains des manifestants ont commencé à aller à l’aide des blessés. Pendant ce temps, d’autres manifestants ont tenté de prendre d’assaut le palais, en tentant de forcer la grille avec une voiture de police à laquelle ils ont ensuite mis le feu. La Garde présidentielle a répondu à cette tentative de deuxième attaque avec une autre volée de balles suivie de sporadiques coups de feu, causant de nouvelles victimes parmi les manifestants.
Les gens qui avaient été tués ou blessés ont été ensuite conduites à l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA). Le bilan reste controversé, la HAT a dit que la liste des noms inscrits sur une pierre érigée à la mémoire des victimes du 7 Février reste provisoire. Andry Rajoelina aurait déclaré aux enquêteurs d’Amnesty International qu’il y a eu au moins 20 personnes dont les corps n’ont jamais été retrouvés, ce qui porterait le bilan à plus de 50 tués.
Ces déclarations n’ont jamais pu être recoupées de manière indépendante, pas plus que celles affirmant que des tirs venaient d’autres bâtiments que le palais présidentiel, ou celles selon lesquelles le décompte des balles utilisées par la garde présidentielle ne corroborerait pas les longues salves pourtant entendues par des témoins comme provenant du palais.
L’absence des lieux d’Andry Rajoelina et de Monja Roindefo au moment des faits rajoute aux interrogations qui seront peut-être un jour enfin levées par une enquête internationale.
Photos de l’époque de la rédaction.
Recueilli par Patrick A





