De vraies questions sont à se poser autour de l’éditorial de Sahondra Rabenarivo lorsqu’elle évoque la question de savoir s’il faudrait un diplôme pour aller voter. Reconnaissons en préalable qu’il ne s ‘agissait là que d’une coquetterie d’auteur pour provoquer la réflexion et avouons être tombés dans le piège. La situation à Madagascar s’est simplifiée et s’est manifestement compliquée en certains domaines.
Le premier élément important, c’est que pour la première fois depuis plusieurs années il n’y a pas de candidat dominant qui apparaisse. À vue de nez, il n’y a pas de candidat assuré de gagner à une forte majorité la présidentielle dès le premier tour. Fini le temps où peu après la chute de leur prédécesseur, l’élection d’un Zafy, d’un Ratsiraka, d’un Ravalomanana ou d’un Rajoelina pouvait paraître assurée sauf surprise grosse comme la lune. Le temps de l’ultra-domination d’un parti et de sa machine de guerre semble également connaître une pause. C’est un fait politique à prendre en compte, pour parler comme un célèbre orateur.
Autre élément non négligeable : dans la mesure où ceux qui ont recouru dans le temps aux manipulations de scrutins se retrouvent dans des camps politiques opposés, et seront là pour les détecter et les dénoncer, il semble qu’il y ait moins à craindre des manipulations grossières des voix. Après déjà deux années de difficultés à se faire reconnaître, le pouvoir lui-même n’a t-il pas tout intérêt à prouver qu’il ne peut recourir de manière grossière aux fraudes car sa crédibilité future dépend de son adhésion aux principes de base d’une bonne pratique de la démocratie ? En tous les cas l’opinion publique est avertie et sera plus attentive et plus prompte pour être un vigile de la chose.
À nos yeux le jeu est désormais plus ouvert sans que, pour les amoureux de la démocratie, la cause soit gagnée ; et c’est là que l’éditorial de Sahondra Rabenarivo prend sa vraie dimension. « Qu’il y ait bordel électoral, qu’on ait la sensation de choisir, de bouger, d’avancer ». Il faut créer les conditions d’un vrai débat, un débat d’idées, que les enjeux soient mis en évidence, que soient dénoncées les dérives de ceux qui nous ont mené en bateau depuis ces temps, et que les engagements soient clarifiés par des critères vérifiables à divers époques. Il ne suffira pas des promesses de beaux parleurs, mais des éléments chiffrables et démontrables. Et que des débats puissent se faire à partir de ces éléments et qu’on en finisse avec les « kabary tsy valiana » ou les promesses unilatérales.




