Il n’y a pas le feu au lac, mais Genève est à l’eau.
L’expression « Il n’y a pas le feu au lac » fait penser à notre moramora à nous. Elle est née au XVIè siècle, suite à l’occupation de la suisse romande par les bernois. L’occupant exigeait que les ouvriers travaillent chaque journée jusqu’à ce qu’il y ait le feu au lac, c’est à dire jusqu’à ce que le soleil se couche sur le lac Léman, et en fasse rougeoyer les eaux.
Les Bernois repartis, l’expression « Il n’y a pas le feu au lac » avait essaimé dans tout le pays romand : on pouvait reprendre son souffle, prendre le temps de vivre, rien ne pressait, il n’y avait aucune urgence. À prononcer avec l’accent traînant et chantant suisse, bien sûr.
Connaissant Marc Ravalomanana, on peut comprendre (« Cum prehendere ») que la lenteur supposée des suisses puisse l’exaspérer. Sauf que l’ancien Président n’est pas enclin à adhérer aux préjugés véhiculés par les français, et que ceux qui connaissent de l’intérieur la confédération helvétique savent bien que les suisses eux-mêmes se moquent de la lenteur des Bernois et de la Berne fédérale.
Et cette lenteur n’est pas qu’un mythe. Depuis 1994, une équipe britannique dirigée par Richard Wiseman, professeur de psychologie à l’Université du Hertfordshire mesure périodiquement la vitesse des piétons dans les artères encombrées du monde entier.
Les données les plus récentes montrent que les piétons les plus lents d’Europe se trouvent à Berne (3,79 km/h), qui est 30è sur les 32 villes classées par l’Université du Hertfordshire. La capitale fédérale suisse précède de peu Manama au Bahreïn (3,72 km/h) et Blantyre au Malawi (2,08 km/h).
C’est Singapour qui arrive première sur la liste des villes aux piétons les plus rapides (6,24 km/h). Suivent Copenhague (6,08 km/h) et Madrid, puis Guangzhou en Chine, et Dublin. La frénétique New York (5,48 km/h) n’est que 8è, Londres 12è, Paris 16è, Tokyo 19è, Le Caire 24è et Bucarest 26è.
Antananarivo ne figure pas dans le classement. Sans doute en raison du manque de trottoirs. Genève non plus, et l’on dira que c’est pour éviter un conflit ethnique entre Suisses. Par contre Berlin est 9è. À ce rythme là, il faudra cependant un peu de temps avant que la capitale allemande se retrouve en Afrique, diront peut-être aux pro-Ravalomanana des partisans de Rajoelina, sans être pour autant très crédibles en champions de vélocité en ce qui concerne des accords datant déjà de près de deux mois et demi...
Et puisqu’on doit choisir une ville en Afrique, de préférence une capitale pour des accords capitaux, il semble que devraient être éliminées à toute vitesse Libreville (Gabon), Conakry (Guinée), Abidjan (Côte d’Ivoire) et Mbabane (Swaziland) qui semblent chacune porter la poisse à la démocratie. Puisque certains se sont semble-t-il déjà lassés des charmes de Maputo (Mozambique), la logique environnementale et le coût des billets d’avions devraient alors pousser à choisir Port Louis (Maurice). Sauf que la logique est rarement gagnante...
À penser à Port Louis, j’ai failli écrire Saint Louis, superbe ville du Sénégal, et en arriver donc à Dakar, mais comme on m’a conseillé de ne pas ressasser de mauvais souvenirs...
Bon week-end à tous.






