Si on ne devait en juger que par les images et les chiffres, on ne peut complètement nier à la HAT un certain succès d’affluence de l’atelier « teny ifampierana » qui s’est ouvert ce Jeudi. Le nombre de personnes présentes qui a dépassé l’objectif annoncé préalablement de 1800 personnes semble en tout cas accréditer qu’une partie au moins de l’opinion publique aspire à arbitrer ces débats qui s’éternisent entre les mouvances.
Il reste à savoir quelle est la représentativité réelle par rapport à l’ensemble de la population des personnes présentes, et à douter que la quantité remplace avantageusement la diversité. Au delà de l’opposition entre ceux qui sont prêts à prêter foi à cet atelier et ceux qui ne le sont pas, on peut se demander si les personnes qui étaient prêtes à jouer le jeu du débat, notamment celles venant des régions, ont toutes bénéficié des mêmes facilités pour obtenir une invitation et se déplacer.
Présence et boycott
Une rencontre a beau se vouloir inclusive, si le groupe de personnes qui la prépare ne l’est pas également, le doute restera toujours permis. Justifiant sa politique de répondre systématiquement à toutes les invitations au dialogue, le Dr Bruno Rakotoarison du KMF/CNOE remarquait et déplorait cependant hier que les malgaches avaient l’habitude de répondre systématiquement favorablement aux invitations venant de personnes étrangères, mais que lorsque l’invitation venait d’autres malgaches, il y avait toujours des absents.
Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai, puisque l’une des informations importantes d’hier aura été la confirmation par Andry Rajoelina qu’il n’irait pas à la réunion entre les 4 mouvances que Jean Ping prévoyait de tenir la semaine prochaine à Addis Abeba. On ne peut que le regretter, et en particulier que le motif évoqué soit qu’il y ait des choses plus importantes à Madagascar ; mais dans la mesure où l’invitation faite par la HAT au GIC d’envoyer des observateurs à cet atelier d’Ivato n’a pas eu de suite, il était dans la même logique que la réponse du berger à la bergère serait la désertion par la HAT de la réunion « concurrente » d’Addis Abeba.
Thuriféraires et chahuteurs
Au vu de la cérémonie d’ouverture d’hier d’ailleurs, on ne pouvait pas donner tort à ceux qui refusaient d’être embarqués dans un exercice de propagande de la HAT. Y avait-il une raison impérative pour Andry Rajoelina de présider et d’ouvrir personnellement les débats ? Si l’objectif déclaré était de libérer la parole, n’aurait-il pas pu se contenter de faire lire par un représentant un message ? Et était-il nécessaire que des flatteurs soigneusement choisis aient précédé le discours d’Andry Rajoelina pour assurer une bonne dose d’applaudissements ?
Après le départ d’Andry Rajoelina, le protocole pouvait cependant céder du terrain et une véritable parole allait éclore. Oh, certes, au vu des rapports de force apparents, personne n’allait s’aventurer à remettre en cause la personne d’Andry Rajoelina, mais tout n’était pas écrit comme sur du papier à musique. Les responsables de séance, Horace Gatien et Jean-Jacques Rakotoarison, eurent fort à faire pour trouver l’équilibre entre maîtrise d’un minimum d’ordre et liberté de parole. Beaucoup n’y trouvèrent pas leur compte, à l’instar d’un José Andrianoelison qui préféra quitter les débats, trouvant les limitations à l’ordre du jour trop restrictives, mais dénier tout caractère démocratique aux débats serait caricatural.
Vote ?
Nous déplorerons en tout cas qu’on ait évoqué la possibilité d’un vote secret pour trancher entre les partisans d’un référendum constitutionnel précédé d’une Conférence Nationale et les tenants de l’élection d’une Assemblée Constituante. Autant l’on peut trouver des justifications au vote secret dans le cas d’un scrutin portant sur le choix de personnes, autant on se demande quel sens il pourrait avoir dans les cas où il s’agit pour des représentants d’associations de défendre publiquement les idées de celles-ci... Et on ne peut s’empêcher de se remémorer de vieux débats nés au milieu des années 1990 sur le fait de savoir si le vote secret favorisait ou limitait les risques de corruption.
Au final, on serait tenté de dire que selon son point de vue, chacun jugera le verre d’hier comme étant à moitié vide ou à moitié plein... sauf qu’à parler rigoureusement, l’incertitude reste totale sur le niveau réel de remplissage. On se contentera donc de dire à l’élève atelier : mieux que rien, mais peut mieux faire. Peut-être pas pour aujourd’hui, mais pour plus tard.





