Il est des télescopages de l’actualité qui ne peuvent passer inaperçus. Après la mort de Raoul, Zokibe des Mahaleo et de bien d’autres malgaches, et alors que l’actualité est dominée par une future conférence nationale, impossible de ne pas repenser à une scène du film de Paes et Rajaonarivelo.
Cela se passe dans un appartement, autour de quelques bouteilles d’eau et de bière, agrémentées de tranches de saucisson et de sandwiches. À peu de chose près, une variante un peu embourgeoisée des jeunes gens qui discutent et refont le monde entre eux qu’avait décrit samedi Nelly.
Raoul, Dama, Dadah, Nono, Fafah, Bekoto et Charles sont tous là. Pour bien éclairer les choses, rappelons que Raoul est le plus âgé du groupe, et est le frère ainé de Dama qui a été député d’Ambatofinandrahana. Dadah et Nono sont également frères.
Dadah : Pour moi, voilà. J’aurais aimé qu’il n’entre plus là-dedans.
Raoul : Pour quelle raison ?
Dadah : Parce que ça suffit. Ça suffit, hein ? Ça suffit, parce que qu’est-ce qui a été fait et pour quelle raison ?
Raoul : Si on fait le bilan, le bilan de Dama n’a pas été négatif à Ambatofinandrahana ; je vous le dis, les gars.
Dadah : Moi, je vais te dire une chose, hein. La politique, politicienne, c’est pas mon affaire.
Raoul : Donc laissez aux gens qui veulent le faire, le faire. C’est tout...
Dadah : Moi, j’entends les gens parler, et je m’en fous de vous autres qui faites de la politique. Vous êtes des merdes, pour moi.
Raoul : Et qu’est-ce que tu proposes, alors ?
Dadah : Qu’est-ce que je proposes ?
Dama : ... tsy milatsaka ... (ne pas se présenter)
Dadah : Tsy milatsaka amin’izany, ne pas se présenter à cette chose merdique.
Raoul : Et ce sont les autres qui vont semer la merde ?!
Dadah : Et alors ?
Raoul : Ce sont les autres qui vont semer la merde. Hein ? Et alors ?
Dadah : Ben, laisse les faire.
Raoul : Dia ahoana ? (et alors ?)
Dadah : C’est pour ça qu’il y a le groupe Mahaleo. Le groupe Mahaleo, son existence, c’est pour dire : « Merde, c’est pas bien, c’est pas machin ». Comment, comment je vais dire, moi...
Raoul : Ben, tu dis merde... Tu dis merde à Dama s’il fait des conneries.
Dadah : Ou bien on protège nos conneries, ou bien on contre les conneries des autres. D’accord ?
Raoul : On protège nos conneries ?
Dadah : On protège nos conneries, parce que des fois on fait des conneries. On a un député qui fait des conneries, ben...
Raoul : Et on le protège ? Non, faut pas le protéger...
Charles (se tournant vers Dama) : Du coup, c’est à toi maintenant de parler.
Dama : Ça me va qu’ils discutent.
Charles : En ce qui te concerne, moi, j’ai la trouille. C’est purement technique. Est-ce qu’il y a sur la table 50 millions au minimum ? 50 millions encore, c’est très peu aujourd’hui, pour une députation. Même s’il y a des structures avec toi... S’il y a le fric, fonce ! Sinon, reste à carreau, car la baffe sera costaud, mon vieux !
Dama : Ce qui s’est passé, voilà. L’AREMA régnait pendant mon mandat de député. Le sous-préfet, toutes les têtes de file étaient AREMA. Donc, ils m’ont isolé.
Nono : Qui t’a isolé ?
Dama : Les structures locales. Et soudain arrive Ravalomanana ! Alors évidemment, eh, eh, il fallait le soutenir, parce que c’était un moyen de virer les gars du coin. Donc, j’ai soutenu Ravalomanana. Et maintenant, une fois Ravalomanana élu Président, lorsque j’ai revu les mecs qui m’avaient soutenu, je leur ai demandé : « Vous ne vous êtes pas inscrits au TIM ? ». « Non », ils ne s’étaient pas inscrits au TIM, ces gars. « Pourquoi ? ». « Non, c’est exactement comme sous l’AREMA, il n’y a que les opportunistes, ceux qui prennent le train en marche. On ne sait plus parmi ces candidats qui il faut soutenir ». Purée... Tu comprends ? Voilà pourquoi, je ne veux pas les décevoir... Ces gars issus des communes, ils sont venus de loin pour me solliciter.
Dadah : Faut pas être gourmand !
Raoul : Qui risque... quelquefois gagne. Qui ne risque pas... la honte !
Bekoto : Pour ma part...
Dadah : Et alors, la suite, ça peut être quoi ?
Bekoto : La suite, c’est que grand frère Daroul part à Tamatave ; moi je descends à Antsirabe, Dama, à Ambatofinandrahana, Fafa à Ambodin’Isotry. Voilà ce qui va arriver.
Raoul : Pour moi l’avenir, ce que je voudrais, je l’ai déjà dit... Ce que je voudrais, c’est d’abord Mahaleo avant tout. Pas de Dadah Rabel à gauche ou à droite, pas de Feo Gasy. Ça, c’est ce que je voudrais.
Dadah : Mahaleo ihany no ady eo, Rangahy ity ! (Mahaleo d’abord et avant tout !)
Dama : C’est ça, oui.
Dadah : Il y a eu des moments où on m’a même dit : « Toi, si tu jamais tu joues en solo, tu va te casser la gueule ! Tu vas te casser la gueule ! » Pourquoi je vais me casser la gueule ?
Bekoto : Parce que tu as la voix d’un coq !
Dadah : Parce que moi, j’ai une voix de coq...
Bekoto : Carrément dégueulasse...
Dadah : Lorsque je chante sans eux, donc, je suis ridicule ?
Bekoto : Tsy avotra mihintsy... (Irrécupérable)
Raoul : On dirait que le groupe devient secondaire, parfois... Mais si, c’est vrai ! c’est arrivé ! On est déjà passés par là !
Nono : ... ce n’est pas vrai.
Raoul : On a déjà vécu ça à Paris : Fafa était absent à un concert parce qu’il en avait un autre ailleurs. Oui, oui, au détriment du groupe. Voilà.
Dadah (se tournant vers Fafa) : T’as osé faire ça ? Là bas ? Ouaaah !!!...
Charles : Est-ce que tu t’en souviens seulement ?
Raoul : Si c’est ça la règle du jeu, je préfère arrêter, moi. Oui. Parce que moi, je vous aime trop.
Dadah : Le groupe Mahaleo, les gars, en 30 ans d’existence...
Dama : ...calendrier...
Dadah : ... on n’a pas fait ne serait-ce qu’un calendrier, on n’a pas fait un studio tous ensemble. 30 ans qu’on se demande qu’est-ce qu’il faut faire... Ben, il faut le faire, et puis c’est tout.
Chez les malgaches, les veillées funéraires ne sont pas forcément sinistres. Donc, il n’y a pas de bière sur la table, mais exceptionnellement, les commentaires à cet article sont ouverts à tous ce jour. Attention cependant, les discussions hors sujet seront supprimées. Car il nous importe avant tout de savoir si dans cette discussion, vous vous sentez plutôt Raoul, Dadah, Fafa, Dama, Nono, Bekoto ou Charles.
Recueilli et proposé par Patrick A.





