L’on a beau avoir pensé depuis des mois que l’émergence d’un centre était la seule sortie réaliste à cette crise ; lorsque ce centre commence à apparaître, l’on n’en demeure pas moins tout aussi inquiet. Car il existe des centristes par volonté réelle de modération, mais aussi des centristes par sens naturel de l’opportunisme.
Le ventre est le centre du corps humain. Et l’on pourrait écrire que le centre est le ventre de la politique. Lorsqu’il se met en avant, il tend à s’encombrer de graisses peu séduisantes. Et ce que l’on appelle joliment les poignées d’amour n’est pas forcément désirable.
Les craintes ont commencé à se matérialiser lorsqu’on a vu des hommes politiques se reconvertir médiatiquement en membres de la « société civile ». Si l’engagement solennel pris par les membres de la CNOSC et de ses démembrements de ne participer à aucune fonction exécutive modère légèrement les craintes vis-à-vis des intentions immédiates, l’on ne peut que constater que la véritable société civile peine encore à exister de manière autonome.
Quant à certains noms qu’on voit émerger au sein de la classe politique, l’on avait beau être prévenu qu’il y aurait des surprises désagréables [1], difficile de ne pas ressentir une sensation d’inachevé en lisant les listes élaborées par l’Espace de concertation des partis politiques. Y trônent quelques célèbres inconnus qui se sont davantage illustrés par leurs capacités à attirer à eux l’argent qui circule qu’à séduire la population par leurs capacités à élever les débats et à bien gérer.
Quel contraste avec l’Australie, où à l’issue d’un scrutin ayant laissé les partis conservateurs et travaillistes à quasi-égalité, les indépendants et les Verts se posent aussi en « faiseurs de rois ». Ils sont quatre, peut-être cinq, à n’être ni dans un camp ni dans l’autre, et à pouvoir négocier en position avantageuse leur ralliement.
Mais contrairement à un Alain Andriamiseza par exemple, s’ils font monter les enchères, c’est à l’issue d’un scrutin leur donnant une légitimité, et s’ils négocient à leur profit, ils le font également en faveur d’intérêts plus larges que leurs seules personnes, comme un meilleur accès à l’internet pour les populations de l’intérieur de l’Australie ou la lutte contre le réchauffement politique.
Que des centristes soient opportunistes n’empêche cependant pas le centre d’être opportun dans la vie politique malgache. Mais créer véritablement un espace politique nouveau nécessitera non pas de l’opportunisme, mais de l’engagement.
Que chacun joue le jeu, titrions nous il y a quelques jours. Ceci inclut aussi le jeu de la vigilance.





