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jeudi 29 septembre 2016
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Lu ailleurs

La société civile africaine

Formidable vecteur de développement

lundi 14 mars

Le problème de la fragmentation a souvent pénalisé l’Afrique, séparant une tribu d’une autre, un pays d’un autre, le secteur privé du secteur public, ceux qui détiennent le pouvoir politique de ceux qui sont dans l’opposition. Dans de tels cas, le fait d’être différent est souvent considéré comme un fardeau ou une menace, une source de peur et de suspicion. Mais il y a une autre façon d’appréhender nos différences : voir la diversité non pas comme un fardeau, mais comme une bénédiction, non pas comme une menace, mais comme une opportunité.

Je crois que le changement d’attitude face à la diversité qui se fait ressentir actuellement en Afrique, est en partie dû à un sentiment de confiance émergeant. Nous voyons plus de coopération au delà les lignes tribales et religieuses, au delà même des clivages politiques et les frontières nationales. Un bel exemple était l’accord commercial tripartite signé à Charm el-Cheikh en juin 2014. Et nous avons également vu de nouvelles formes de coopération entre le secteur privé et le secteur public. Le concept de partenariat public-privé (PPP) a été une pierre angulaire de nombreux projets de notre propre réseau en Afrique et ailleurs (Aga Khan Development Network, AKDN).

Coopérer, au-delà des lignes traditionnelles de division, ne revient nullement à renier nos identités, mais au contraire à les enrichir. Après tout, les gens partagent une humanité commune. Cela signifie que nous devons nous engager dans une éthique de pluralisme.

Je voudrais mentionner un domaine particulier dans lequel l’ouverture de l’Afrique au pluralisme devra se faire. Je crois en la capacité des peuples africains et de leurs dirigeants à renforcer les institutions de la société civile. Je crois en la société civile parce que je pense que son potentiel est souvent sous-estimé par rapport à celui des secteurs public et privé, alors qu’elle devrait être leur complément. De même, il y a beaucoup de choses que les entrepreneurs et le gouvernement peuvent faire pour renforcer le travail de la société civile, en créant un « environnement favorable ».

Un exemple frappant de cette coopération que je connais bien est le barrage de Bujagali en Ouganda. Un projet dans lequel notre Fonds de développement économique s’est associé au gouvernement de l’Ouganda et à un fonds d’investissement privé basé aux Etats-Unis. Ce projet commun, après seulement trois ans, fournit près de la moitié de l’énergie électrique de l’Ouganda. Un autre exemple est le parc national du Mali, ouvert à Bamako en 2010, créé grâce au partenariat entre notre fondation pour la culture et le gouvernement national. On pourrait multiplier les exemples, mais, en dépit de ces succès, le rôle de la société civile est souvent mal compris ou pris pour acquis. À certains moments, la société civile a été marginalisée ou rejetée. Notons quand même une diminution inquiétante de l’aide internationale. Les deux tiers des pays d’Afrique subsaharienne font face à une réduction de l’aide au développement, et ce jusqu’à 2017.

Ce qui inquiète plus encore est la volonté de réprimer et stigmatiser les organisations de la société civile en arguant du fait qu’elles ne sont pas élues. Cette attitude exprime la réticence à partager le pouvoir et l’influence. La force créatrice de ces organisations est ressentie comme un danger.

Le bon côté des choses est que la diversité culturelle de l’Afrique est une base saine pour l’essor de la société civile. Pendant des siècles, la vie africaine a été caractérisée par un vaste éventail de groupes informels autochtones, des groupes ethniques et de parenté, les conseils des anciens, les organisations religieuses et les instances communautaires. Nombre d’Africains ont grandi dans ce terreau favorable à la recherche d’intérêts mutuels, à la mise en commun des ressources, et au partage. Cela fait partie de la Voie africaine.

L’influence de la société civile a également été ressentie à des moments charnières dans l’histoire récente du continent. Par exemple, lors de l’élaboration des Accords d’Arusha qui a mis récemment fin à 12 ans de guerre civile au Burundi ; de la résolution pacifique des affrontements violents au Kenya à la suite des élections de 2007 ; la rédaction d’une nouvelle Constitution tunisienne prometteuse, et la réponse courageuse à la crise Ebola. Je pense aussi à la sophistication des jeunes Africains qui ont utilisé intelligemment l’internet pour développer et coordonner une série d’initiatives de la société civile, avec un impact social élevé.

La vitalité croissante de la société civile devrait être une source importante de motivation pour attirer les entrepreneurs désirant investir en Afrique. Quand elle est émancipée et développée, elle est le meilleur garant du développement. Elle peut, je le sais, être une force clé pour que l’Afrique puisse saisir l’opportunité et en tirer le meilleur parti.

Aga Khan, fondateur d’Aga Khan pour le Développement, AKDN.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique

6 commentaires

Vos commentaires

  • 14 mars à 09:16 | Noue (#2427)

    « La vitalité croissante de la société civile devrait être une source importante de motivation pour attirer les entrepreneurs désirant investir en Afrique. »

    Si on prend Madagasikara en exemple , il y a déjà trop , trop et c’est vraiment trop car ceci , cela appartiennent aux étrangers et les Malagasy n’en profitent même pas !

    • 14 mars à 10:05 | vatomena (#7547) répond à Noue

      Les entrepreneurs entreprennent . ils échouent ou ils réussissent.C’est aux malgaches chez eux d’entreprendre . Ils sont les mieux placés pour cela .Ils sont favorisés Mais entreprennent ils vraiment ? Kabary ,kabary c’est le contraire de miasy ,miasy

  • 14 mars à 13:30 | Cylab (#9448)

    J’ai l’impression que notre développement est bien loin. La diversité malgache crée un communautarisme autour d’un petit groupuscule (la famille) d’où émerge une jalousie envers les autres groupes. Cet antagonisme a plus des effets négatifs car on agit individuellement pour s’enrichir personnellement, quelquefois avec peu de moyens. En mettant en réunion divers connaissances (intellectuelles, techniques, ...), des moyens financiers et surtout une grande confiance les uns envers les autres on pourrait bien se développer.

    • 14 mars à 14:06 | Dadabe (#9116) répond à Cylab

      L’évidence même, Cylab. Mais quelle belle utopie dans un pays qui pratique le grand art de la jalousie et de l’égoïsme au point de préférer tout perdre que de partager un peu. C’est incompréhensible, mais vrai.

    • 14 mars à 15:40 | Cylab (#9448) répond à Dadabe

      On pourrait penser que le fihavanana devrait être un outil solidaire en faveur d’un développement national, mais hélas il ne passe pas la frontière de la famille. Il oeuvre plus à fragmenter notre société en plusieurs groupes.
      Pour y remédier une nouvelle éducation serait nécessaire

  • 14 mars à 16:47 | Vohitra (#7654)

    Bonjour à tous,

    Dans son essence même, la société civile aurait dû être perçue comme une institution assurant la facilitation de la dialogue entre l’administration et les administrés, et vu sous cet angle, effectivement, les OSC sont des formidables vecteur de développement. Le manque de confiance et déficit de crédibilité de l’administration ont par la suite renforcé les missions et attributions de ces organisations ; mais la question est : « est-ce qu’elles ont réussi leur mission pour le cas des pays africains ? »

    Pour le cas de Madagascar, il n’est pas aisé de répondre dans l’affirmatif vu le contexte existant ; les OSC sont plutôt devenues soit des outils de capture de fonds menés par des connaisseurs qui ont travaillé autrefois au sein des bailleurs de fonds, soit des tremplins à l’usage de personnalités désirant plus tard évoluer dans l’arène politique.

    La réalité est accablante : combien parmi ces politiciens décevants et corrompus étaient des anciens membres des OSC comme SEFAFI ou CNOE ?
    Dans le domaine de l’environnement, combien de centaines de millions de dollars issus des programmes environnementaux 1, 2 et 3 financés par des partenaires techniques et financiers ont transités dans les caisses de ces OSC pour financer des actions de protection de l’environnement ? pour arriver à quels résultats aujourd’hui ? je vous invite à regarder les base de données des organismes chargés des actions d’aforestation, de reforestation et reboisement à Madagascar, avec ces données, même le canal de Mozambique est déja repeuplé d’essences forestière...
    Tiens, l’ancien coordinateur de AVG est devenu un DG au sein de l’actuel ministère de l’environnement, que c’est beau le tremplin, n’est-ce pas ?

    Pour celles qui ont comme objectif prioritaire la protection des droits de l’homme ou l’observation des élections, rien à espérer, de ce côté là non plus...

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