Fier comme Artaban, Omer Beriziky annonce que sa mission à Bruxelles a rapporté 17 millions d’Euros destinés à financer les élections, dont 2 millions seraient rapidement disponibles. En outre, il espère que cette visite permettra à Madagascar d’utiliser les reliquats du 10ème FED qui s’élèvent à 100 millions d’Euros. Il n’a par contre pas vraiment commenté son entretien avec Maria Damanaki, Commissaire européen en charge des Affaires maritimes et des pêches.
Du côté malgache, seul un communiqué de presse indique qu’il y fut question de lutte contre la piraterie, de surveillance de la zone économique exclusive de Madagascar ainsi que de la maladie des tâches blanches qui touche nos crevettes roses. En allant aux renseignements du côté européen, l’on en apprend un peu plus sur l’accord de pêche entre Madagascar et l’Union européenne qui a également été reconduit pour les années 2013 et 2014 : 96 navires européens pourront être autorisés à pêcher au delà de la limite des 20 milles marins (37 kms), ce qui peut être considéré comme une avancée pour la pêche locale, dans la mesure où la limite actuelle est seulement de 12 milles. Des contraintes nouvelles apparaissent en contrepartie : elles visent pour la plupart à une meilleure gouvernance du côté malgache, puisqu’elles portent sur le développement d’une politique sectorielle « pêche », sur une clause d’exclusivité selon laquelle les navires battant pavillon européens ne pourront pas passer des conventions de type privé avec les autorités malgaches et enfin sur les Droits humains dans le cadre des accords de Cotonou.
Aucune source ne dit cependant si les observations d’un rapport récent de l’organisation britannique Blue ventures, du Pew Environment Group et de chercheurs de l’university of British Columbia (Canada) ont été discutées au cours de l’entretien entre Omer Beriziky et Maria Damanaki. Les scientifiques soulignent qu’en Euros constants, la contribution financière de l’Union européenne en contrepartie des quotas de pêche à Madagascar a été allégée de 20 % entre 1986 et 2010, alors que les quotas avaient eux augmenté de 30%.
Blue ventures écrit même que les accords acceptés par Madagascar sont parmi les moins intéressants signés par les pays de la région Océan Indien : avec les nouveaux accords, l’Union européenne paiera annuellement 1.525.000 Euros (dont 560.000 devront être utilisés pour soutenir la pêche locale) en contrepartie de droits pour 96 navires. Mais les paiements ainsi payés représenteront moins de 3% de la valeur au débarquement des captures : 130 euros la tonne de thon pour un poisson qui se vend actuellement 1 800 euros au premier prix de gros en Europe.
Sur cette somme de 130 euros, les armateurs européens n’en débourseront que 35, grâce aux subventions communautaires : malgré l’engagement affiché par l’UE de canaliser une partie des bénéfices vers les pays en développement, il y a donc surtout des marges bénéficiaires élevées pour des flottes de pêche privées. Aux yeux des auteurs du rapport, si le calcul des droits prenait plus équitablement en compte la valeur marchande des captures, Madagascar devrait toucher annuellement 8,7 millions d’Euros, soit plus de 5 fois plus. L’on a du mal à croire que l’appui à la lutte contre la piraterie justifie toute la différence... Et encore, l’on se base là sur les chiffres officiels : selon les chercheurs, les prises pourraient être deux fois plus élevées qu’annoncé.
J’apprécie que ce soit des Européens qui interpellent ainsi leurs autorités sur les contradictions par rapport à une politique de pêche commune qui prône pourtant un partage équitable. Il est permis de douter que des ONGs chinoises ou russes aient pu ou voulu en faire autant, alors que leurs pays établissent des accords réputés encore moins avantageux pour les pays tiers, et ce dans des conditions complètement opaques alors que les textes européens ont au moins le mérite d’être publics. Même les données japonaises relèvent du mystère...
Il en va donc de la pêche comme des mines ou des forêts : il n’y a pas pour nous à blâmer la seule Europe, mais d’abord et avant tout l’absence d’accès aux données du côté malgache, premier facteur favorisant la pêche en eaux troubles... Et puisque les Européens sont prêts à financer les élections, peut-on rêver que des candidats prennent des engagements en faveur de l’open data ?







