Disons le tout net : la fête nationale, ou « ny 26 » pour parler comme tout le monde, a intrinsèquement des difficultés à enthousiasmer. Question de météo d’abord : même si la journée d’hier avait la chance d’être belle et ensoleillée, rendre une fête chaleureuse au plein cœur de l’hiver n’est pas facile, surtout lorsque les contingences économiques sont fortes. Et même s’il est bien connu que la pauvreté est plus facile à supporter au soleil, difficile de faire abstraction du fait que certains de ceux qui tentaient de profiter des festivités étaient pieds-nus ou n’avaient qu’un sweat-shirt sur le dos.
Le 26 juin souffre au moins autant d’une question de symbolique : la date ne commémore pas le début d’une vigoureuse révolte populaire, ou bien une victoire militaire acquise en dépit d’un rapport de forces très défavorable, ou encore – pourquoi pas – une réconciliation réussie entre deux fractions du pays. « Le 26 » marque une indépendance octroyée, et cette date n’en est qu’une parmi d’autres dans le cadre d’une production en chaine de l’année 1960. L’Histoire ne dit d’ailleurs pas si le choix de ce jour particulier tient davantage de la consultation d’un astrologue traditionnel ou des contraintes d’emploi du temps d’un ministre français. Faut-il voir dans l’obsession actuelle sur la présence ou l’absence de tel ou tel membre du corps diplomatique une séquelle que subit un pays qui a parfois du mal à imposer son calendrier ?
Mais l’indépendance, c’est aussi la capacité à dire « Qu’importe !! ». Si les origines de la fête n’ont pas grand chose de populaire, ce sont désormais les souvenirs qu’ont pu y attacher pendant 52 années les millions de Malgaches qui doivent désormais constituer la mémoire du 26 juin. Qu’importe alors ce qu’en pensent Eric, Brett ou Leonidas, la mouvance Ravalo ou le CST Untel, le président X ou le pseudo-président Y : la fête appartient à la Nation et à sa population, et les efforts de ceux qui tentent de la prendre en otage ou d’en faire une vulgaire propriété personnelle semblent davantage susciter amusement et commisération que peur ou indignation.
Il semble que la pratique de la politique ou de la diplomatie fait que certaines personnes ont quelque difficulté à faire la distinction entre le capitaine d’un navire, et le navire lui-même. Mais en dépit de leurs flagrantes lacunes en matière de civisme et une certaine difficulté à se fédérer autour de projets un tant soit peu importants, les Malgaches ont semble-t-il gardé un peu de bon sens, et ils n’ont pas vraiment cherché la petite bête à distinguer une fête à Mahamasina et une autre à Antsirabe. Sur la même ligne, ils pourraient ne pas excessivement s’alarmer du fait que les pilotes des hélicoptères nationaux puissent être français, en tout cas pas plus qu’une Koweïtienne ne s’alarmerait du fait que la nurse de ses enfants puisse être malgache ou qu’un Français s’inquièterait du fait que les légionnaires qui descendront les Champs Élysées le 14 juillet seront australiens, maliens ou afghans.







