« La JIRAMA est une société d’État. Elle a l’obligation d’exécuter la politique de l’État en matière d’énergie. La société est en difficulté. Il faut choisir si l’on décide de faire de cette société un outil politique ou un outil économique. » Ces propos sont de Désiré Rasidy, directeur général de la JIRAMA lors de la table ronde de l’énergie autour du thème « l’avenir de la JIRAMA et la relance économique » qui s’est déroulée ce 19 juillet à l’hôtel Ibis. D’après les explications du Numéro Un de cette société de l’eau et de l’électricité, le problème de la JIRAMA réside même dans son statut. En effet, ce statut date de 1975 sous l’ère de la nationalisation et de l’économie de planification. Actuellement, Madagascar a opté pour l’économie libérale.
« La JIRAMA a hérité d’un poids négatif dans le passé. En 2004, la société a fait une vente à perte de moins 40 ariary par kilowatt-heure (kWh), ceci est descendu à moins 113 ariary par kWh en 2005. De ce fait, la société était mal au point. Il y a un déficit au niveau de la trésorerie, l’insuffisance de la capacité d’autofinancement, la dégradation des matériels, l’arrêt des investissements, donc l’insuffisance de capacité de production », explique Désiré Rasidy. Vu cette situation, l’État avait décidé de procéder au redressement de la société. Entre 2005-2008, la société est passée sous contrat de gestion. La reprise de l’ajustement tarifaire a été faite ainsi que la résorption des impayés de l’administration. Il y a eu recapitalisation. Les bailleurs de fonds, ainsi que l’État ont apporté leurs appuis. Résultat, en 2008, la société a trouvé l’équilibre avec un résultat financier de 39 milliards d’ariary. Il y a eu de nouveaux investissements comme la mise en place de centrale thermique de 40 MW à Mandroseza, et une autre centrale thermique à Ambohimanambola.
« La crise a mis fin au contrat de gestion de façon prématurée » explique Désiré Rasidy. Selon ses propos, sur les 125 millions de dollars décidés par la réunion de Paris, seuls 7 millions de dollars ont pu être déboursés. « Après, l’on est revenu à la situation d’avant. Il y a eu une diminution de 10% de prix de l’électricité en mai 2009, puis le blocage de tarif » se plaint le Directeur Général de la JIRAMA. « Le même film s’est reproduit » continue-t-il.
Faire en sorte que la société continue de produire
Après avoir demandé à maintes reprises la révision de tarif, la JIRAMA a reçu l’aval de l’administration. « L’augmentation de tarif de 13% a été faite aussi en concertation avec le secteur privé » explique Désiré Rasidy. Noro Andriamamonjiarisoa, présidente du GEM, a reconnu que « le secteur privé a accepté cette augmentation ». « Il est important que cette société arrive à produire de l’électricité » argumente la présidente du GEM. À travers Charles Giblain, président du GEFP, le secteur privé a annoncé ses attentes dont l’exigence d’amélioration continue au sein de la JIRAMA par le rapport tarif-qualité, et la disponibilité. « Une solution indicielle systématique largement préconisée par certains bailleurs de fonds qui consiste à passer par une augmentation des prix du kWh à chaque évolution des coûts de facteurs n’est pas une solution car il y va de la compétitivité voir de la survie de certains secteurs productifs » annonce-t-il. « La mise en concession de certaines zones pourrait être envisagée. La solution de redressement doit démarrer maintenant. L’État qui est l’actionnaire et les bailleurs de fonds devront apporter les ressources financières. Il faut aussi mettre en place la politique nationale économique de l’énergie. Il faut voir de près les avantages des agents de la JIRAMA qui constituent une charge pour la société et mettre en place un schéma gagnant-gagnant » propose le secteur privé par le biais de Charles Gibalin.
Encore de la vente à perte
Notons que malgré la difficulté, la société de l’eau et de l’électricité entame des actions pour l’amélioration du service par la sécurisation des revenus, par la technologie de l’information et de la communication, la restauration du parc de production par la conversion en énergie renouvelable, l’interconnexion des grands centres, et la réforme organisationnelle. Notons que Madagascar a un potentiel d’hydroélectricité de 7800 MW mais seulement 3% est exploité. À part cela, le pays a un réservoir immense de ressources d’énergies solaire : presque toutes les régions ont plus de 2800 heures d’ensoleillement annuel avec un ensoleillement minimum de 4 à 5 kWh par jour et par mètre carré. Les conditions de vent dans les parties nord et sud de Madagascar avec une vitesse moyenne de plus de 5 m3 par seconde sont favorables à l’installation d’un parc éolien important.
« L’objectif est d’avoir un coût de revient passant de 548 ariary par kWh à 329Ar par kWh » annonce Désiré Rasidy. Selon ses dires, le prix moyen de vente actuel est de 349 ariary par kWh. La JIRAMA fait donc encore de la vente à perte.
Recueilli par Vonjy







