« Madagascar n’est pas dans le top des pays pour ces performances dans le textile, mais sa productivité n’en est pas moins relativement bonne parmi les pays développés ». C’est le constat que dresse Takahiro Fukunishi, chercheur japonais de l’Institut des économies en développement (IDE).
Ce dernier a voulu analyser les performances de l’industrie textile malgache et en identifier les éléments explicatifs. Des recherches qu’il a menées conjointement avec le département Économie de l’Université d’Antananarivo.
L’enquête que M. Fukunishi et Herinjatovo Aimé Ramiarison, de l’Université d’Antananarivo se divise en deux phases. La première est terminée : elle s’est déroulée fin 2009, et portait sur la compétitivité des entreprises franches de confection et leurs bénéfices économiques et sociaux. Les résultats de ces premières seront dévoilés jeudi 2 septembre 2010, lors d’un atelier rassemblant les responsables des firmes concernées, le MEI et les bailleurs de fonds.
Après cette étude sur les entreprises franches, la deuxième phase de l’enquête s’intéressera cette fois aux entreprises locales, pour voir si les investissements directs étrangers (IDE) ont eu des effets sur ces firmes locales, notamment des transferts de technologie. Elle sera menée en septembre et octobre 2010, et donnera lieu elle aussi à un atelier de présentation des résultats, dont la date sera dévoilée ultérieurement.
« Une grande partie de notre travail a été de comparer Madagascar à d’autres pays d’Afrique ou d’Asie, notamment le Bangladesh, le Cambodge ou le Kenya », explique M. Fukunishi. Pour le chercheur, le secteur textile, même s’il est sujet à des critiques, reste une branche très importante de l’économie, qui peut porter le développement et réduire la pauvreté. « La plupart des pays d’Asie, notamment la Chine, l’Inde ou la Corée, on réussi à décoller en se basant sur l’exportation de leur production industrielle de textile », rappelle-t-il. Mais les chercheurs ont constaté que ce schéma opère beaucoup moins pour les pays africains, et veulent comprendre pourquoi. Et comprendre aussi les différences qui font que malgré cette tendance générale, Madagascar ne s’en sort pas si mal. Ses performances textiles sont d’ailleurs meilleures que celles de certains pays asiatiques comme le Bangladesh. Au niveau africain, Madagascar se classe au deuxième rang, derrière le Kenya.
Conséquences de l’éviction de l’AGOA
« À mes yeux, le principal problème de l’industrie textile malgache est l’éviction du pays de l’Agoa », a expliqué M. Fukunishi lors du point de presse que M. Ramiarison et lui ont donné lundi 30 août 2010 au Motel Anosy. Le 23 décembre 2009 en effet, pour de pas avoir respecté les accords de Maputo (août 2009) et d’Addis-Abeba (novembre 2009), la Grande Ile a été exclue de l’African Growth and Opportunity Act, qui lui garantissait depuis 2000 un accès préférentiel au marché américain. Pour Takahiro Fukunishi, les conséquences de cet évènement doivent être mesurées précisément. « Il s’agit de savoir exactement combien de firmes ont fermées, combien d’emplois ont été perdus, mais aussi combien ont pu être sauvés et comment ».
En effet, tous les acteurs du secteur n’ont pas été touchés de la même façon par la fin de l’accord préférentiel. Ainsi, Sandrine Duglat, présidente du cluster Text’Ile Mada, expliquait le 4 août dernier en marge d’une conférence de presse à la Chambre de commerce et d’industrie franco-malgache (CCIFM) que la crise avait relativement épargné le groupement de firmes qu’elle préside. « 90% de notre marché est en Europe et 80% en France », avait-elle précisé. Et les perspectives étudiées par le conglomérat concernent plus l’Europe de l’Est et la zone de l’Océan Indien que les États-Unis.
Peut-être est-il aussi bon de rappeler que les crises ne sont pas des nouveautés pour le secteur textile malgache, déjà touché par la crise de 2002 et par la fin de l’accord multifibres en 2005. Mais il a jusque là toujours réussi à se relever.





