Rentré le mercredi 8 juillet de Bruxelles, le président de la Haute Autorité de Transition (HAT), Andry Rajoelina, a accueilli le lendemain le Prince saoudien Alwaleed, en visite de quelques heures sur son invitation. Ce vendredi 10 juillet, Andry Rajoelina se livre à la presse télévisée dans une émission spéciale. Il est 20h 30 et sur l’écran de quatre chaînes télévisées (RTA, MaTv, TV Plus et TVM) apparaissent Andry Rajoellina assis au bout de la table alors qu’en face, ont pris place Johary Ravoajanahary de la Télévision nationale, Onitiana Realy de TV Plus et Davidson de MaTv. En fin d’émission, ces journalistes ont émis le souhait qu’une telle disponibilité se répète périodiquement. La séance de questions-réponses a duré un peu moins de deux tours d’horloge.
Plusieurs sujets ont été abordés dont les plus attendus sont : les consultations de Bruxelles ou le « dialogue politique » avec l’Union Européenne, l’amnistie, les négociations sous l’égide de la communauté internationale, dont celles confiées à Joachim Chissano actuellement, le calendrier des élections et les questionnements sur la candidature ou non de Andry Rajoelina aux élections.
Sur ce dernier point, le président de la HAT a insisté, que candidat ou pas, là n’est pas la question principale car il peut bien servir le pays en étant là ou ailleurs. Il s’agit davantage de bien gouverner, de servir le peuple et de l’aider à sortir de la pauvreté. Andry Rajoelina se défend de vouloir s’accrocher au pouvoir et se déclare prêt à collaborer avec qui que ce soit, en faisant abstraction des ambitions politiques des uns et des autres, mais il a cependant présenté quelques éléments d’un projet de société allant bien au delà de la transition en cours et ayant toutes les allures d’un programme présidentiel.
Le peuple malgache en « otage politique », à cause des autres
A propos des consultations de Bruxelles, Andry Rajoelina a tout de suite précisé qu’il n’y était pas question de défendre la HAT mais plutôt de défendre les intérêts du peuple malgache. Dans cette perspective, la mission s’est soldée par un demi-succès.
Les aides humanitaires de l’Union européenne continuent mais les aides budgétaires, l’enveloppe du Xè FED et la dernière tranche du IXè FED demeurent suspendues. La position de l’Union européenne, note-t-il, est demeurée inchangée depuis le dernier dialogue d’Iavoloha : elle prend le peuple malgache en otage politique. Il explique que les accords ne lient pas l’Union européenne (UE) à Andry Rajoelina mais au peuple malgache, à Madagascar. Dans ce cas, en transigeant de la sorte, l’UE sanctionne le peuple malgache en le privant de ces enveloppes.
Andry Rajoelina admet que la position de l’UE n’a pas du tout changé ; elle réclame un accord politique entre les mouvances ou une charte à laquelle toutes les mouvances adhèrent pour qu’elles conduisent ensemble la transition. Cette charte, avoue-t-il n’a pas été signée car devant l’intransigeance des autres mouvances, la mouvance Andry Rajoelina a claqué la porte aux négociations. C’était le 14 juin 2009. La faute incombe aux autres mouvances qui pinaillent sur les priorités, dit-il. Les points de discorde, si on devait le croire, sont devenus l’amnistie et des intérêts particuliers des uns et des autres, pour dire le retour de Marc Ravalomanana et des exilés politiques comme Didier Ratsiraka ou Tantely Andrianarivo sans toutefois qu’il ne les cite expressément.
La loi d’amnistie après la vérité et la réconciliation
Andry Rajoelina s’est livré à un exercice pédagogique ou de rhétorique pour justifier la position qu’il défend à propos de l’amnistie et de son refus de traverser le Rubicon. Andry Rajoelina a fait grâce à quelques prisonniers politiques. Mais il se refuse, au nom de la loi et au nom des victimes des crimes, à décider seul d’une amnistie, même si selon la loi aussi, il y a ce qu’on appelle la grâce amnistiante. Il ne veut pas encourager une culture de l’impunité et ne souhaite pas être perçu comme celui qui encourage cette culture car c’est donner un mauvais exemple à la jeunesse et à la Nation. Le président de la HAT se réfugie derrière la loi et déclare que l’amnistie est du ressort du Parlement. Il va même jusqu’à refuser, bien que la transition soit extra constitutionnelle, le droit d’amnistie à la réunion des mouvances politiques, au cas où une charte de transition serait signée et adoptée par les mouvances politiques.
Campant sur sa position, Andry Rajoelina n’est pas contre l’amnistie en soi mais il pose des conditions. La première est que le processus de vérité et réconciliation soit enclenché. C’est après cela seulement qu’on peut pardonner signifie-t-il. En quelque sorte, toutes les personnes concernées doivent d’abord être entendues, avouer leurs méfaits et leurs crimes et demander pardon pour pouvoir se réconcilier, selon un calendrier qui sera fixé par la Conférence Nationale.
Quant à la période concernée par l’amnistie, c’est-à-dire avant le 1er janvier 2009, Andry Rajoelina dit ne pas pouvoir décider au nom de ceux qui ont souffert ou qui ont perdu leur vie. Toutefois, il n’a pas encore envisagé de grâcier aussi bien Marc Ravalomanana que Manandafy Rakotonirina.
Deux consultations populaires avant 2010
Selon le président de la HAT, deux consultations populaires seront organisées avant la fin de l’année 2009. La première, un référendum constitutionnel, se déroulera au mois de septembre et la seconde, l’élection présidentielle, au mois de décembre. C’est la proposition de calendrier qui sera proposée à la Conférence Nationale que les journalistes ont pu obtenir de Andry Rajoelina après de multiples et répétitives questions qui ont trait à la période transitoire, au retour à l’ordre constitutionnel et à une transition concertée et consensuelle.
Se référant au peuple et aux résolutions des assises d’Ivato puis aux résolutions des assises régionales qui sont un processus devant aboutir à la conférence nationale, Andry Rajoelina émet les principes sur lesquels sont fondés la transition et l’esprit qui l’anime. Les aspirations du peuple, fait-il comprendre, sont les premières préoccupations et doivent guider dans toutes les initiatives. Jonglant alors avec d’une part les aspirations du peuple à la transparence, à la bonne gouvernance et à la liberté, et d’autre part les contraintes ou les suggestions de l’Union européenne mais aussi des Etats-Unis qui veulent des élections avant la fin de l’année 2009 pour des raisons économiques et financières (AGOA et MCA), Andry Rajoelina a réduit la durée de la transition prévue au départ pour 24 mois à cette année 2009.
Avec ou sans appui financier de l’Union européenne ou d’autres bailleurs traditionnels donc, ces consultations auront bien lieu. La HAT cherchera les moyens pour le bon déroulement de ces élections. Le ministre de l’intérieur et de la Réforme administrative de la HAT, Masimana Manantsoa, a affirmé au journal du soir, Courrier de Madagascar (N° 0023 du jeudi 09 juillet 2009) que le gouvernement à son niveau, est prêt pour des scrutins populaires.
Andry Rajoelina est confiant et il promet de relever le défi d’obtenir tous les résultats dans un délai très bref, téléphonie mobile, internet par satellite, hélicoptères et logiciels puissants et performants aidant. On sait par ailleurs qu’il a depuis le mois dernier, recommandé à un de ses proches conseillers, de faire le nécessaire pour obtenir les meilleurs logiciels dans l’organisation d’élection.
Table ronde : « dialoguer n’est pas céder »
Par rapport à la médiation que la communauté internationale (SADC, Union africaine et Union européenne) a confié à l’ancien président du Mozambique, Joachim Chissano, Andry Rajoelina avoue que sa mouvance et lui-même ne sont pas contre le dialogue. Mais « dialoguer ne veut pas dire accepter tout ce qui se dit et tout ce qu’on réclame lors de ce dialogue ». « Cela fait déjà six mois qu’on dialogue et qu’on s’assied autour de la table ronde ». Si c’est les mêmes refrains, a-t-on compris, la mouvance Andry Rajoelina estime qu’elle ne veut plus retourner à la table ronde. Si par contre, la table ronde chemine dans le sens d’une réponse aux aspirations du peuple et des intérêts de la nation, et chemine vers la 4e République et l’organisation dans les meilleurs délais d’élections, la mouvance Rajoelina est partante.
Parmi les questions diverses, Andry Rajoelina a fait comprendre que l’hôtel 5 étoiles n’était pas attribué au Prince Al Waleed, mais que celui-ci a visité cet établissement pour voir quel genre de projets pouvaient se faire à Madagascar. Par ailleurs, la HAT ne prévoit d’acheter que 4 hélicoptères ; l’appel d’offres est en cours, mais le coût unitaire est estimé à 400 000 dollars.
Recueilli par Bill





