Le 29 janvier 2010, sur cette Tribune, je pointais du doigt les menaces qui pèsent sur ces trois aspects de la vie économique.
Pour ce qui est des finances publiques, plusieurs signaux défavorables ont été émis et ne présagent rien de bon.
L’arrêt des financements internationaux va diminuer de facto le montant de la dette extérieure. Pour 2010 et au-delà, cela ne diminue pas pour autant le poids (par rapport au budget de l’État) des remboursements des prêts (amortissements et intérêts) engagés avant.
Déjà le scénario adopté lors de la présentation de la loi des finances partait sur une hypothèse de 25% des aides internationales dans le budget. Avec les sanctions internationales qui ne manqueront pas de tomber suite au blocage politique, les 25% n’y seront pas quoi qu’il arrive.
Depuis quelque temps, les BTA (Bon du Trésor par Adjudication) se renouvellent avec des taux d’adjudication moyen de 10%, sur des maturités courtes. Cela veut dire que la dette intérieure de l’Etat augmente, et sans les aides internationales, il y aura une forte tendance à la hausse de cet endettement intérieur.
Depuis quelque temps aussi, pour calmer la tension sociale due à la crise politique, l’État a ouvert les robinets des augmentations en tous genres au niveau des dépenses de fonctionnement (militaires, médecins et paramédicaux, bourses des étudiants, indemnités de enseignants,..). Il faudra compter sur d’autres revendications. Si vous y ajouter les catastrophes naturelles (cyclone Hubert), cela veut dire tout simplement que les prévisions de dépenses sont en train de dépasser largement les hypothèses de ce volet au niveau du budget.
Dans l’état actuel de notre économie (défaillances d’entreprises, chômage de masse, exportations en baisse…), on voit mal comment les recettes pourraient augmenter dans la même proportion que les dépenses. Il en résultera un creusement du déficit qu’il faudra combler de nouveau par endettement.
Actuellement, des entreprises privées qui ont travaillé pour l’Etat commencent à se plaindre fortement des arriérés de paiement, sans parler de la plaie qui existe depuis plusieurs années de l’incapacité de l’Etat à rembourser la TVA. Les entreprises privées, seules capables de relancer l’économie (donc d’augmenter les recettes fiscales) se trouvent donc devant de gros problèmes de trésorerie. En effet, en aucun cas, elles ne peuvent investir et à la limite, pour les très rares qui ont des excédents de trésoreries, il n’y a aucune raison de se lancer dans des investissements productifs (avenir incertain) alors que placer sa trésorerie sur les BTA rapporte 10%, avec moins de risque (quoique) et à court terme. En plus, dans un mauvais contexte économique, les banques ne peuvent leur accorder des taux plus bas pour financer leur trésorerie. Cela se comprend, les banques n’étant pas des entreprises philanthropes, elles ne prêteront pas en dessous des taux d’adjudication des BTA.
Comme conséquences inévitables, il y aura beaucoup d’autres défaillances d’entreprises et notre pays va rentrer dans une spirale de crise économique et financière pour tous les acteurs économiques (État, entreprises, ménages). Dans ce contexte, tout espoir de relance s’éloigne de plus en plus.
Les devises étrangères, malgré une demande faible (moins d’importations), restent à un niveau élevé, suite à la défiance vis-à-vis de l’ariary et de l’état de l’économie du pays. Cela relève d’autant la facture énergétique et importe l’inflation (via les produits importés).
Sans faire l’oiseau de mauvais augure, tous ces signaux rouges peuvent avoir des conséquences redoutables et incontrôlables du point de vue politique. Et il faut que le pouvoir en place se rende compte qu’il va essayer d’organiser des élections dans des conditions de tension sociale et politique extrême.
Dans ce tableau tout noir, le spectre de la « cessation de paiement » (incapacité à honorer ses dettes) de l’État est là et quoi que fera le pouvoir en place, les lendemains risquent d’être très noirs, alors que le présent est déjà très sombre.
Pour ceux qui pensent que cela relève de la fiction, il n’y a qu’à regarder ce qui se passe en Europe avec la Grèce, avec les effets boules de neige qui risquent d’entraîner le Portugal ou l’Espagne. L’avantage quand même pour ces pays, c’est qu’ils appartiennent à une organisation puissante et qui a les moyens d’intervenir, avant qu’il ne soit trop tard.
Mais nous, sans l’aide internationale, comment allons nous faire ? Je voudrais vraiment lancer une mise en garde vers les va-t-en guerre et autres nationalismes mal placés : vous n’avez pas le droit d’entraîner notre pays dans le gouffre. Aucune cause ne vaut que l’on replonge notre pays dans les ténèbres du socialisme, financements parallèles ou autres solutions de braderie du patrimoine vers des intérêts privés.





