Les événements des 48 dernières heures laissent à penser que Marc Ravalomanana joue prioritairement la carte de la fermeté pour prendre le dessus sur le mouvement de Andry Rajoelina.
Prise en tenailles
Tout d’abord, la médiatisation des rencontres avec les médiateurs et émissaires a été habilement orientée pour mettre en avant l’urgence d’un rétablissement de l’ordre, et Mercredi matin le Président concluait cette phase de son plan médiatique en déclarant sur les ondes qu’il donnait l’ordre aux forces de l’ordre d’assumer leurs responsabilités et aux juges de faire appliquer la loi.
La seconde partie du dispositif consistait à brouiller les ondes de Viva TV, de Radio Viva, et même de Radio Antsiva alors que cette dernière station, bien que laissant paraître ses sympathies, ne se privait pas de manifester une réelle indépendance vis à vis de Andry Rajoelina.
La troisième partie du dispositif consistait à empêcher pour la première fois la tenue du meeting sur la place du 13 mai grâce à un impressionant dispositif policier, et ainsi finir de couper la communication entre Andry Rajoelina et ses troupes.
Tout régler dans les 15 jours ?
Certes, les rencontres du Hintsy se poursuivent, et les arrestations évoquées depuis longtemps en restent essentiellement au stade des projets ; cependant la stratégie semble être désormais de ne plus trop s’embarrasser de subtilités et d’imposer fermement un retour à l’ordre, quitte à devoir attendre davantage pour un retour véritable de la paix civile.
Il est vrai que face aux menaces du camp TGV de perturber les entreprises non grévistes, et à l’apparition de manifestations dans les régions, l’attentisme ne semblait guère possible. De plus l’empressement du Président Ravalomanana est lié à celui de l’Union Africaine, qui aurait fait comprendre que faute de rétablissement du calme dans les tous prochains jours, le Sommet prévu à Antananarivo en Juillet serait déplacé.
Mais dans l’hypothèse où cette attitude nouvelle aurait été adoptée pour tenir à tout prix une échéance imposée par l’UA, le pari serait osé.
Attitude de guerilleros
Sur le terrain, des éléments des forces de l’ordre avouent avoir été surpris par l’intensité de la résistance opposée par les manifestants, qui pour certains n’ont pas hésité à prendre de gros risques pour provoquer les éléments de l’EmmoNat. Visiblement, parmi les passionnés du TGV ou parmi les pilleurs en puissance, il existe un noyau qui estime qu’il n’a plus rien à perdre et qui sera d’autant plus dangereux. Et cela sans même supputer sur la logique personnelle d’un Andry Rajoelina lui même.
Dans l’immédiat, alors que la mission que s’est dévolue l’EmmoNat est de rassurer la population, l’attitude musclée qui vient d’être adoptée a plutôt fait monter l’angoisse dans la plupart des quartiers d’Antananarivo.
Durant les appels à la ville morte ou à la grève générale, les pavillons d’Analakely, pourtant situés à deux pas de la place du 13 mai, avaient toujours continué leurs activités ; mais hier, ils ont été complètement paralysés, personne ne pouvant y accéder.
Pire, alors que les Tananariviens avaient appris à organiser leur vie en évitant par précaution le centre ville à certaines heures, les troubles se sont étendus dans l’après-midi sur des portions très étendues de la capitale. Les forces de l’ordre ont eu à gérer des civils qui se sont retrouvés coincés entre elles et les manifestants. Elles ont eu aussi à tenir compte d’agresseurs n’hésitant pas à entrer dans les propriétés privées, ce qui transformait l’action de l’EmmoNat en casse-tête en ce qui concerne l’attitude à adopter vis à vis des habitants et de leurs biens.
Petits caïds
Le risque des prochains jours est d’assister, au lieu d’un mouvement bien identifié et relativement prévisible, à la multiplication de petits caïds s’appropriant un morceau de rue ou de place, rendant la vie impossible aux honnêtes citoyens et imposant leurs lubies du moment au nom d’on ne sait quel « tolona » impossible à gagner.
Ces chefs de guerre en puissance seront d’autant plus difficiles à gérer qu’ils prendront leur autonomie par rapport au mouvement initial, qui n’a de toute manière pas à l’heure actuelle les moyens de communiquer avec eux (meetings, radio, télés...) pour tenter de les raisonner.
L’absence de Viva serait-elle un billet direct pour la Somalie ?




