Bien que le cirque politique auquel l’on assiste actuellement soit presque divertissant (le mot « presque » est à prendre avec pas mal de distanciation), l’on ne perdra pas de vue que la seule justification de toute ces gesticulations du moment reste l’organisation d’élections.
Si la population malgache est jeune, elle commence à accumuler une expérience impressionnante en matière d’idylles électorales. Têtes bien pleines, gueules bien faites, mises bien étudiées, accessoires de luxe bien mis en évidence, bluettes bien chantées : on aura tout vu, tout connu, tout entendu.
On peut donc s’inquiéter à juste titre du taux de participation à ces futures élections. Plus que du nom du vainqueur, la classe politique dans son ensemble, et tous ceux qui attachent une certaine importance à la démocratie devront s’intéresser à cet indicateur qui conditionnera la légitimité de l’action politique. Même si les élections étaient organisées dans des conditions parfaites de respect des règles démocratiques, une participation populaire médiocre entamerait fortement la crédibilité des futurs dirigeants aux yeux de la population et de la communauté internationale.
Même s’ils étaient largement élus et de la meilleure manière possible, les hommes nouveaux (qui risquent fort de ressembler à des hommes anciens) ne pourront se contenter de mots et de promesses. Ils ne pourront en aucun cas espérer un soutien significatif de la communauté internationale sans radicalement s’attaquer aux maux qui minent le pays, et notamment à sa gouvernance. Ce problème là persiste, et précisons ici qu’il n’est nullement question d’évacuer la question en cherchant quelque bouc émissaire, comme tendent à le faire les politiciens malgaches en période « chaude ». Le pillage des ressources naturelles et la zizanie qui font aujourd’hui parler de Madagascar dans la presse internationale ne sont que la conséquence de la corruption et du népotisme qui empoisonnent la vie quotidienne des malgaches depuis des dizaines d’années, voire depuis deux siècles.
Aux yeux du monde occidental, le scénario de voir Madagascar devenir un failed state ou un rogue state n’est pas complètement impossible. Cette salutaire prise de conscience n’est pas pour le Malgache une aussi mauvaise nouvelle que cela. Pour la première fois depuis bien longtemps, les exigences des bailleurs de fonds pourraient être suffisamment élevées pour qu’elles coïncident avec les intérêts de la population.
Il n’est pire danger pour un pays que des bailleurs de fonds qui disent aux dirigeants : « Nous comprenons vos difficultés ». Cela amène à détourner inconsciemment les yeux de bien des pratiques, voire à tolérer longtemps le maintien de comportement prédateurs et d’habitudes de corruption ou de mauvaise gestion qui hérissent les cheveux du simple quidam.
Les bailleurs de fond n’ont en général rien vu venir à l’approche des différentes crises politiques malgaches. Depuis quelques années, à l’instar des accords de Cotonou pour l’Union Européenne, le discours officiel des bailleurs de fonds est de prendre davantage en compte la société civile, d’écouter celle-ci pour déterminer les attentes, mettre en valeur sa participation et apprécier les risques. Mais comme au sein de ces organisations internationales, l’efficacité de l’action reste essentiellement évaluée au travers du rythme des décaissements, la tentation reste forte de choisir les interlocuteurs qui disent ce que l’on souhaite entendre, et des mécanismes de prévention semblent autant à inventer en 2009 qu’en 1960.
Les dirigeants issus des futures élections n’auront peut-être pas grande légitimité, mais il y aura forcément des dirigeants, ne serait-ce que par raison de nécessité. Et la nécessité peut être transformée en légitimité par la preuve d’un travail authentique. La pression combinée de la population et de la communauté internationale ne sera pas de trop pour cela.





