(Extrait d’une conversation entre amis)
….
Quoi ? Qu’est ce que tu dis ? Les « ponts » flottants sont partis à la dérive ? On ne
peut plus passer alors ?
- Mais non ! Je n’ai pas dit « ponts » flottants. Les « ponts » flottants c’est de l’histoire ancienne… Même si quelques protagonistes sont toujours là …
De quoi s’agit‐il alors ? De quels « ponts » - « tetezana » ou « tatezana » - veux‐tu
parler ? Ou veux‐tu parler des « dérives » du « pont–tetezamita » ?
- Effectivement, la transition n’a que trop duré, il y a dérive. Et c’est ce qu’exprime l’expression populaire « tetezamitatra ». Mais il ne s’agit pas de cette dérive‐là.
Mais déjà, qu’allons nous devenir avec cette dérive « fitaran’ny tetezamita » ?
- Oui, je sais, le « tetezamitatra » est effectivement une dérive très grave, ayant des conséquences extrêmement néfastes. Mais je voulais parler d’une autre dérive…
Je crois deviner : il s’agit du « pont » d’Ambohimangakely. Est-ce qu’on a décidé de
ne plus le réparer ? Alors là, ce serait vraiment très grave. La RN2 est le principal
artère économique de Madagasikara. Tu as vu les embouteillages monstres
d’Ambanidia. C’est un véritable scandale de n’avoir pu réparer un aussi petit pont en
quatre mois !
- Oui, je sais que la réparation des ponts et des dégâts cycloniques en général fait partie des affaires courantes prioritaires pour un régime de transition. Ne pas y procéder dans les meilleurs délais constitue également une dérive. Mais je parle de dérive d’un autre type de « pont ». Cette dérive est tout aussi catastrophique pour l’économie…
De quoi s’agit-‐il ?
- Je parle des « ponts » qui font le bonheur des flemmards, dont je suis, mais qui font aussi vraiment mal à notre économie. Ainsi, il a été décidé que le lundi 25 juin 2012 sera une journée « pont », fériée, chômée, payée.
Et alors ? Où est la dérive ?
- En fait, il y a une double dérive, toutes les deux assez graves.
Ah bon ?
- D’abord c’est une violation du Code Travail. Une violation qui a commencé en janvier de cette année avec le décret qui a donné la liste des jours fériés de 2012.
Essaie d’être plus explicite.
- Le Code du Travail dit en son article 81 que « … La liste annuelle LIMITATIVE des jours « ponts » et celle des jours fériés font l’objet d’un décret pris EN DÉBUT D’ANNÉE, après avis du Conseil National du Travail ». L’article 3 du décret de janvier, introduit la possibilité de décréter d’autres jours ponts ou fériés. C’est en contradiction avec le Code, Le Code du Travail a‐t‐il été amendé ? A‐t-on supprimé le mot « LIMITATIVE » dans son article 81 ? Ainsi, la journée du 30 avril avait été décrétée pont le 24 avril. Et là on vient de recommencer pour la journée du 25 juin.
Et quelle est la deuxième dérive ?
- Normalement, conformément à une convention et à une recommandation de l’Organisation Internationale du Travail , l’OIT, - convention et recommandation que nous avons ratifiées ‐, le « dialogue social tripartite » constitue une des bases de fonctionnement du monde du travail à Madagasikara.
Qu’est ce que c’est que çà encore ?
- « Tripartite » car ce sont l’Etat, les Travailleurs et les Employeurs qui constituent à égalité les trois parties prenantes du dialogue. Et concrètement, le Conseil National du Travail ou CNT a été institué pour cela. Ce CNT aurait dû être consulté avant la sortie du décret qui a déclaré « pont » la journée du 24 avril : il ne l’a pas été. Et je parie qu’il ne l’a pas été pour ce nouveau décret…
Tu crois ?
- Cela ne m’étonnerait pas. Il semble même que la délégation malagasy qui était à la
Conférence Annuelle 2012 de l’OIT ne comprenait que des responsables étatiques.
Les représentants des Syndicats de Travailleurs et des Groupements d’Employeurs n’auraient pas s’y rendre ! Ce serait une violation des règles de l’OIT. Et c’est une dérive grave du « pont tetezamitatra » ! Sans dialogue, nous ne réglerons pas nos problèmes, et nous mettons en péril la paix sociale !
Et qu’en disent les Syndicats de Travailleurs et les Groupements d’Employeurs ?
- Comme disent les marins, avec tout ce qui se passe, le navire Madagasikara est pris dans une interminable tempête, la majorité des entreprises vivent de grosses difficultés : ils sont sans doute tous sur le « pont ».
Encore un autre type de « pont » ? ….







