À Madagascar, cela fait un certain temps qu’à force d’être usées à tort et à travers, des expressions comme « semaine décisive » ont été dévalorisées ; l’on se contentera de dire que, d’un point de vue théorique, cette semaine est l’une des occasions pour les différents acteurs de choisir si le temps est au dialogue ou à la poursuite des monologues. La réponse semble cependant connue d’avance, et au refus de la mouvance Madagascar de participer aux discussions sur les élections organisées par la Médiature de la République répondra sans doute le refus des tenants de la HAT de participer au loabary an-dasy initié par Fetison Rakoto Andrianirina.
Dialogue ou monologue ?
Pour être certain de ne pas être contredit, le plus simple semble en effet de choisir ses interlocuteurs, ce qui permet de se réfugier dans un raisonnement tautologique « nous avons raison, ils ont tort » : cela ouvre la voie à un grand confort intellectuel des « penseurs » et à un grand inconfort de la Nation.
Si la rédaction s’enorgueillit d’une diversité de pensée sur certains sujets, nous nous accordons tous sur une volonté commune d’ouverture et de pragmatisme, et sur le fait qu’il n’y a pas une solution unique « Y a ka, y faut » à la crise. Il existe tout un choix de scénarios possibles qui ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais bon nombre de ces scénarios ne resteront à nos yeux que de belles constructions intellectuelles tant qu’il n’y a pas un minimum de consensus autour. Ainsi, n’aimant pas voter blanc, j’avais marqué ici un intérêt pour des élections législatives ; car, ayant déjà eu à choisir lors de précédentes élections présidentielles entre la peste et le choléra, j’avoue ne pas croire que rajouter parmi les choix possibles le Sras et la fièvre Ebola constituerait un progrès pour l’humanité... Mais si l’ensemble des décideurs arrive à la conclusion qu’il vaut mieux en passer d’abord par des présidentielles, ou par un référendum entre deux solutions de transition aussi inconstitutionnelles l’une que l’autre, cela ne nous contrariera finalement pas plus que cela... À nos yeux, ce qu’il faut éviter avant tout de contrarier, c’est la volonté partagée par beaucoup de monde de clôturer cette crise par des élections correctes. L’envie de voter nous démange depuis bien longtemps.
Mais comme les camps politiques semblent considérer que les seules élections « correctes » à leurs yeux sont celles à leur main, nous voici bien mal partis.
Une solution extérieure est-elle encore possible ?
En ces moments de sommet de l’Union Africaine, les malgaches se tournent avec plus ou moins de conviction vers une solution extérieure. Comme à l’intérieur du pays, l’on constate une nouvelle fois que les esprits partisans n’échappent pas à la perversion de la recherche d’une solution en la personne d’un ou plusieurs hommes providentiels. Après s’être amusé de son show du « Forum des rois, sultans, princes, cheikhs et chefs coutumiers » créé de toutes pièces, combien sont ceux qui se sentent soulagés de ce que Mouammar Kadhafi ait dû céder la présidence, tout en étant conscient que l’on n’a pas durablement gagné au change avec un Mugabe à la tête du Conseil de Paix et de Sécurité ?
Les démocrates voudront voir quelques signes plus tangibles d’espoir dans l’élargissement des changements de pouvoir non constitutionnels qui seront désormais refusés par l’UA et le durcissement des mesures dans de tels cas. Ce n’est qu’un début, mais l’impunité juridique dont bénéficient facilement les dictateurs « démocratiquement élus » pourrait s’atténuer. En cas de prise de pouvoir par la force, les règles sont déjà claires et s’appliquent automatiquement. Elles le sont beaucoup moins en cas d’application élastique du nombre, de la durée et de l’étendue des mandats. Cela devrait commencer à changer grâce à ce sommet d’Addis Abeba, et après avoir écrit en Juillet 2009 un éditorial s’inquiétant de cette distorsion, on en peut que s’en féliciter.
Amériques sauce couscous...
La relecture de cet éditorial obligera cependant à ne pas se réjouir trop bruyamment. Car depuis, la situation au Honduras a évolué dans un sens qui laisse à penser qu’il ne faut pas trop prendre au mot les grandes puissances, qu’elles qu’elles soient, lorsqu’elles déclarent refuser l’unilatéralisme et le non consensuel. En rentrant clandestinement au pays en Septembre et en se réfugiant à l’ambassade du Brésil, le président déchu Zelaya aura contribué à torpiller l’idée de gouvernement d’union nationale promu par la médiation internationale. Les putschistes ont organisé des élections générales dans un climat menaçant, marqué par l’état de siège pendant un des trois mois de campagne électorale. Malgré l’opposition de la majorité des pays de la région, ces élections très controversées ont connu un taux de participation décent et ont été reconnues par les États-Unis et l’Union Européenne. Le Président Manuel Zelaya a dû repartir en exil le jour de la fin légale de son mandat, après avoir cédé la place au conservateur Porfirio Lobo, dont les vues sont certainement plus conformes aux attentes de Washington.
Mêmes causes, mêmes effets, mêmes issues ? Espérons que non, et répétons que pour qu’il y ait désaccord, il faut qu’il y ait deux personnes. Pour trouver un accord, aussi.





