Révoltant. Les généraux meurent toujours dans leur lit, mais combien de morts ont-ils sur la conscience ? Combien de morts par leur fait ont été oubliés sur des chemins perdus et enterrés à la va-vite dans un triste anonymat. Morts pourtant à Madagascar, personne ne peut indiquer où ils reposent. Quant aux généraux, après avoir dirigé des hommes vers le massacre, ils paradent ensuite dans des conférences sur « leurs guerres », oubliant morts et disparus. Le général Désiré Rakotoarijaona détient par exemple, le record national de tuerie de concitoyens, mais il semble bien qu’il a oublié la sombre année 1985 où il s’est illustré entre guillemets. Ces généraux ne sont plus en activité, mais boivent du petit lait en se racontant. C’est exactement le spectacle indécent offert à la presse par des officiers retraités, dont le général Désiré Rakotoarijaona, après les évènements d’Ambohijatovo. Ils se seraient émus de la répression musclée de la manif organisée aux abords du grand jardin public, par les adversaires de la Transition. On ne connaît pas les faits d’arme du contre-amiral Abel Radavidson sauf qu’il est frère d’un ministre de Marc Ravalomanana, mais la présence des généraux Rasolomahandry, ancien patron de l’armée, et, surtout de Désiré Rakotoarijaona, ancien Premier ministre, ont été d’un cynisme rare dans les annales militaires. Il aurait mieux valu qu’ils la bouclent au lieu de faire remonter la boue de leur histoire à la surface de l’actualité. On se demande quelle mouche les ont piqués quand ils se sont publiquement érigé en donneurs de leçons, alors que des pans entiers de leur vie professionnelle font honte à l’uniforme et à leurs étoiles. En gros, ils se prévalent de leur qualité de grands anciens et d’aînés pour recommander la retenue contre les mouvements populaires.
Dans la foulée, le général s’élève contre l’utilisation de l’armée comme une force répressive et de ne pas user d’armes de guerre contre des civils. La retraite comporte le sérieux défaut de favoriser un intense déphasage qui fait dire n’importe quoi à toute personne d’âge chenu. Le général semble ignorer que la pratique a beaucoup changé, vingt ans après son mandat de tueur de kung-fu. C’est en effet, le principal fait d’armes inscrit dans le cursus du général Désiré Rakotoarijaona. Alors premier ministre de 1977 à 1988, il a mobilisé des régiments armés jusqu’aux dents et des blindés pour neutraliser et exterminer les jeunes adeptes du Kung-fu, un art martial qui, à l’époque, connaissait un fort développement à Madagascar. Il n’était pas alors question de balles en caoutchouc ni de matraques en plastique dur encore moins de grenades lacrymogènes. Les chiffres officiels font état de 50 morts en 1985, mais ils ne seraient pas moins de 250 à périr sous les balles et les obus. C’est ce que Désiré Rakotoarijaona appelle de la retenue lors des opérations de maintien de l’ordre. L’ancien Premier ministre détient ainsi le record de morts civils. La tuerie du 7 février 2009 est ainsi très loin du compte. Mais, le principal responsable qui, depuis, s’est tourné vers la politique politicienne est désormais protégé par l’oubli et l’amnistie de fait. Les politiciens et la poignée de militaires qui s’accrochent encore à ses basques oublient qu’il y a dans les dossiers de l’histoire, le massacre de toute une jeunesse d’Antananarivo. On est toujours interloqué de voir maître Ny Avoko, tenté par la politique. Il a sans doute déjà oublié que son père, le Grand maître Piera Be des adeptes du Kung-fu, a été assassiné à Manjakaray sous la bénédiction de Desiré Rakotoarijaona. Mais, des survivants n’ont pas oublié les morts, ni les familles, leurs fils disparus dans la nuit funeste du massacre. Il n’y a pas que les Kug-Fu. Le général aura été le champion du machiavélisme. Il a instrumentalisé des groupes de jeunes et a tout fait pour qu’ils se massacrent entre eux. Le TTS, les ZMT ou les kung-fu se sont entretués dans les rues de Tana. On se rappelle encore les cadavres pendus sur les grilles de la gare en face de l’actuel marché Pochard.
Avec le recul, la conclusion coule de source. Les politiciens pensent que comme eux, la nation a la mémoire oublieuse. L’année 2002 taraudera toujours les malgaches, là où le général Rasolomahandry a mené des opérations de pacification. Combien de morts à la bataille d’Ambilomagaodro ? Mais, le général a été récompensé et nommé chef d’Etat-Major Général de l’Armée, par Marc Ravalomanana, sur le tard, mais nommé quand même. La Transition a permis à tout ce beau monde de retourner sur le devant de l’actualité. C’est le principe du « rien de nouveau sous le soleil ». L’opportunisme politique fait partie du système. Quand la sortie de crise se dessine avec les élections qui se profilent, des personnes montent sur scène comme pour se vendre au plus offrant. Les choix ne manquent pas, tout dépend du prix. Des politiciens militent pour la fin de la crise, d’autres ne cachent pas leur préférence pour que le pays reste dans une éternelle transition. Dans la conjoncture, les problèmes militaires ne sont pas les problèmes des politiques, mais les militaires les intéressent énormément. Quand des politiciens évoquent le « dernier rempart de la république », entendre l’institution militaire, l’on se demande s’ils pensent au Mali, à la Côte d’Ivoire où à d’autres pays où fleurissent les comités de salut public. On s’inquiète à juste titre de savoir de quelle république parle-t-on ou quelle république souhaite-t-on instaurer à Madagascar. Car, s’il y a république et république, il n’existe pas de république militaire qui ferait rire le monde entier sur notre dos. Il est heureux de constater tout au long de la crise actuelle, que nos militaires s’efforcent de ne pas donner prise aux suspicions de coup d’Etat. Il faut ainsi laisser parler les irresponsables qui osent parler de mains propres alors que les leurs sont couleur rouge du sang de leurs concitoyens.
RAJAONA Simon
Historien







