Mes Chers Compatriotes,
Rappelons-nous, nous avons lancé ensemble le mouvement populaire pour la conquête de la liberté, de la démocratie et surtout le changement. Nous avons voulu changer, oui, nous allons changer.
Certes, nous avons tous vécu une période difficile et douloureuse durant ces quatorze mois. Chaque jour était une peine pour certains, ou une épreuve à surmonter pour d’autres. En ayant été à la tête de la Haute Autorité de la Transition, j’ai toujours gardé courage et donné le meilleur de moi-même.
Vos soucis sont mes soucis, vos souffrances sont mes souffrances. Ce sont ces principales raisons qui m’ont justement conduit à accepter de m’asseoir, dès le début, à la table de négociation, afin de trouver ensemble une solution pour sortir Madagascar de cette crise politique, à travers ces différentes rencontres depuis Le Hintsy à Pretoria, en passant par Le Carlton, l’Episcopat, l’Ambassade du Sénégal, Maputo et Addis Abeba. Nous avions épuisé toutes les voies de recours mais hélas, les résultats escomptés n’ont jamais été atteints.
Depuis notre indépendance, le peuple malgache avait l’espoir :
• de retrouver sa fierté, son unité et sa dignité,
• d’avoir une vie meilleure,
• de faire de Madagascar un grand pays, uni, autonome, respecté et prospère, mais peu à peu, cet espoir commençait à disparaître. Oui, car la vraie crise malgache perdure depuis maintenant 50 ans :
• 50 ans de lutte sans victoire
• 50 ans de mauvaise foi
• 50 ans de déception
• 50 ans de mauvaise gestion de l’Etat
• 50 ans de mensonge
Bref, 50 ans qui nous ont conduits à la pauvreté.
Actuellement, Madagascar demeure toujours victime de l’égoïsme des anciens tenants du pouvoir et de leurs pratiques politiques, qui ne sont autres que la cause de l’instabilité et des troubles du Pays, formulant même le souhait qu’il tombe dans le chaos.
N’avons-nous pas honte de la façon dont nous nous comportons ? Je vous demande aujourd’hui, de laisser le peuple malgache, vivre dans la paix, et la sérénité, en cette veille de la célébration du 50e anniversaire de l’Indépendance.
Je ne veux pas et je n’accepterai jamais qu’on divise notre Pays. L’avenir de Madagascar ne dépend pas uniquement de quelques personnalités politiques et notre Pays vaut mieux que toutes les ambitions à intérêt personnel. Que chacun de nous prouve son patriotisme.
Pour ma part, ce qui fait d’un Président, un vrai homme d’Etat, c’est surtout la bonté et l’honnêteté de ses actes envers ses citoyens et en faveur de sa patrie. Etant patriote, je ne veux que le bien de mon pays et celui de mes concitoyens.
Etant un homme de parole, mon défi a toujours été de respecter les engagements que j’ai faits sur la place du 13 Mai. Ma déclaration en ce jour du 12 Mai 2010 relève d’un sacrifice
hautement civique et d’une nécessité historique. J’ai donc pris la décision de ne pas me présenter aux prochaines élections présidentielles, et ce, dans l’unique intérêt de tous les malgaches.
Cette décision, je l’ai prise, pour pouvoir mener à terme la Transition, contre vents et marées, de manière objective et désintéressée, ce, afin de poursuivre un combat qui n’est pas celui dont on donne le triste spectacle depuis plusieurs mois, mais le vrai combat pour un avenir meilleur.
Par ce geste, je donne à notre Pays la chance de mettre rapidement fin à cette crise politique qui lui pèse de plus en plus chaque jour et pour que tous les acteurs comprennent enfin qu’ils n’ont pas le droit de jouer avec la souffrance du peuple malgache.
Je suis convaincu que l’unique voie reste l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles. La neutralité du processus électoral sera ainsi garanti et les résultats de ces élections seront reconnus et acceptés.
Afin d’atteindre l’objectif de la mise en place de la 4ème République, il a été défini la feuille de route, qui suit :
• Le « référendum constitutionnel », le 12 Août 2010,
• Les « élections législatives », le 30 Septembre 2010
• Et les « élections présidentielles », le 26 Novembre 2010
Mais avant tout cela, il sera organisé un « dialogue national », prévu les 27, 28 et 29 Mai 2010, qui définira la Constitution de la 4ème République.
Je lance un appel solennel à tous les citoyens, femmes - hommes de bonne volonté, à tous les politiciens, à toutes les entités de la Société Civile, les Hommes d’Eglises et aux Forces Armées, à oeuvrer, tous ensemble, dans ce sens.
Par ailleurs, je voudrais remercier tous nos partenaires internationaux pour tous les moyens et leur propre énergie qu’ils ont mis, ainsi que leur aimable disponibilité dans le but de nous aider à trouver une solution de crise. Madagascar a besoin de vous pour accompagner ce processus et relancer la machine économique.
J’ose espérer que la Communauté Internationale prendra ses responsabilités en conséquence, et ce, dans l’accompagnement effectif de ce processus électoral qui garantira la paix, la sérénité et la stabilité du pays.
« Iny làlana iny » a été pour moi un parcours de combattant, c’était un chemin parsemé d’embûches, de trahison et de déception où la haine régnait. J’ai fait beaucoup de conciliations et de concessions, et on me reprochait même d’en avoir trop fait. Malgré les coups bas, nous avons pu tenir et apporter de nouvelles réalisations dans notre pays. Nous ne devons jamais baisser les bras face aux défis qui nous attendent.
Certes, cette décision sera difficile à accepter pour beaucoup et je vous comprends. Mais soyez rassurés, je poursuivrai mes actions au service de mon Pays ; et avec vous, participer à sa reconstruction.
Que Dieu nous bénisse, Vive Madagascar !




