Aujourd’hui, nous avons sur le papier quatre Premiers Ministres. Par ordre chronologique d’apparition, nous citerons :
Monja Roindefo nommé dans la rue et confirmé par un décret de la HAT après la prise de pouvoir sur le terrain par Andry Rajoelina ;
Manandafy Rakotonirina, Premier Ministre virtuel, « légaliste » désigné par Marc Ravalomanana ;
Mangalaza Eugène, présenté comme Premier Ministre de consensus par les 4 mouvances le 6 octobre ;
et enfin, Manorohanta Cécile, ex Ministre de la défense de Ravalomanana, qui assure un intérim.
Certes Madagascar (encore une fois une lettre M) est habitué des situations rocambolesques. Depuis 1991, on a eu droit à chaque événement politique à un double pouvoir : celui qui incarnait la « légalité » et l’autre la « légitimité ». Mais le pays devrait aujourd’hui figurer dans le Guiness des records de la pauvreté avec ces 4 M , et l’on a bien du mal à distinguer qui détient effectivement une autorité.
Dans tout cet imbroglio, la nomination de Cécile Manorohanta pour assurer l’intérim d’Eugène Mangalaza intrigue plus d’un. La démarche auprès du Professeur Zafy Albert d’une personnalité proche à la fois d’Andry Rajoelina et de Pascal Rakotomavo paraît en effet incongrue. En effet cet homme d’affaires aurait demandé à l’Ancien Président de la République de « faire quelque chose » en faveur de sa nièce Manorohanta ; le quelque chose veut tout dire chez les « frères ».
Les observateurs en sont amenés à conclure que quelque part des groupements cherchent à compliquer les choses afin de faire capoter les accords de Maputo. Alors que les citoyens ordinaires, toutes catégories confondues, souhaitent un retour à un ordre consensuel, et la voie préconisée par le GIC pour aller vers une stabilisation institutionnelle semble être la seule proposition concrète en mesure de s’imposer.
En fait ce sont les deux mouvances Rajoelina-Ravalomanana qui se cherchent et embrouillent l’opinion publique. Ces deux leaders, lors de Maputo I, ont déjà esquissé les noms des personnalités à nommer comme chefs d’institutions. Au delà de cette conditionnalité pour Andry Rajoelina de ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle, Marc Ravalomanana actuellement fait de la surenchère pour montrer une opposition qui peut paraître désespérée, car il n’a plus la même capacité à résister à la détermination de la communauté internationale, depuis que ses alliés de la SADC et les Etats-Unis se sont rangés derrière les organisations francophones.
Andry Rajoelina ne fait pas mieux car il est incapable de contenir l’implosion au sein de sa mouvance avec cette éviction de son Premier Ministre et il ne fait rien pour arrêter ce feuilleton qui se déroule au conseil d’État. On serait d’ailleurs curieux de voir sa capacité d’initiative et de riposte dans le cas d’une annulation du décret de nomination de Eugène Mangalaza ; d’autant que ce dernier est prévu arriver en fin de semaine pour former le nouveau gouvernement d’Union Nationale avant la réunion d’Addis-Abeba.
Mais gageons que le GIC ne se démarquera plus de sa position prise le 6 octobre. La communauté international ne semble plus vouloir reculer ; le deal écrit ou non dit de Maputo I est en marche. Les parties malgaches devront faire preuve de bon sens et de lucidité et tenter de résoudre leurs différends sur le terrain électoral.





