Plus de vingt quatre heures après le show plutôt soporifique d’Andry Rajoelina avec les habituels Johary Ravaojanahary (toujours un brin obséquieux) et Onitiana Realy (un peu moins amnésique de la fonction d’interpellation et d’anti-ronronnement qui incombe à un journaliste lors d’une interview), on ne peut qu’être légèrement étonné de la lenteur des réactions.
Si les internautes et auditeurs de radio restent prompts à s’exprimer et à s’enflammer, côté hommes politiques, on n’a guère jusqu’ici entendu que des personnages un peu moins médiatiques exprimer des réactions assez prévisibles.
On aurait pu s’attendre à voir des hommes politiques majeurs dénoncer un changement non constitutionnel (on en renoncerait presque à en compter le nombre depuis le début de l’année), ou crier sur le caractère parfaitement unilatéral de la décision. Les ténors de l’opposition sont certes handicapés sur le terrain médiatique par leur éloignement du pays qui les empêche de se faire entendre aussi facilement des organes de presse malgaches que s’ils étaient sur place. Mais les hommes politiques nous ont déjà prouvés dans le passé qu’ils savaient opportunément jouer de l’interview par téléphone en plein journal télévisé ou radio-diffusé, et aucun des personnages qui comptent le plus n’a estimé nécessaire d’utiliser ce procédé dans les dernières 24 heures.
De toute évidence, la prudence reste pour l’instant de mise
Comme si la trêve des confiseurs était déjà là. Ou comme si les uns et les autres avaient réalisé que dans la surenchère entre lettre incitant à refuser l’entrée du camp adverse dans un sommet international et décision d’interdiction de rentrer sur le territoire national, ils avaient tous laissé des plumes en matière de crédibilité et qu’ils avaient tous autant intérêt à changer de partition.
La forme de l’interview d’Andry Rajoelina semble elle-même avoir contribué à diminuer la mobilisation. Entre qualité de son catastrophique du début et échange de platitudes convenues et déjà entendues pendant une bonne partie de l’émission, rares auront été ceux qui auront patienté jusqu’au bout pour entendre l’annonce de ces élections. Une bonne partie de l’opinion publique n’ayant appris l’information qu’avec retard, la réaction à chaud a été forcément un peu diluée dans le temps.
Andry Rajoelina s’est également montré habile en proposant une date précise et rapprochée pour un scrutin législatif, permettant d’éclipser temporairement la question de sa personne par trop sujette à controverses. L’opposition se retrouve gênée aux entournures : refuser sèchement les élections, ce serait risquer de porter seul la responsabilité de la continuation de la crise ; accepter de participer aux élections, c’est admettre que la présence d’Andry Rajoelina n’est pas forcément un blocage pour une sortie de crise.
Habileté
La perspective d’une élection législative contribue également à fissurer le mur de l’opposition. Il est bien plus facile pour celle-ci de s’unir contre Andry Rajoelina que de s’entendre pour nommer un chef de file comme candidat Premier Ministre. Et l’espoir secret d’Andry Rajoelina est certainement de voir émerger des groupes nouveaux, avec qui il pourrait éventuellement négocier des alliances pour desserrer l’emprise des partis traditionnels qui restreignent sa liberté de mouvement. Dans ce sens, alors que la société civile s’est gardé de participer trop activement à une transition trop courte et trop politisée, la perspective d’un mandat de cinq ans pour les nouveaux élus est susceptible de susciter des vocations nouvelles avec qui tout le monde serait obligé de discuter. Et il n’est pas exclu qu’un scrutin proportionnel soit choisi, ce qui rendrait moins spectaculaire une possible défaite du clan TGV.
La France aura finalement été la moins lente à réagir, pour dire en quelque sorte, comme on aurait pu s’y attendre : pourquoi pas, mais... Et si, comme on aurait pu également s’y attendre, l’éditorial de la voix des USA rappelle à nouveau les conditions de l’Agoa, on semble là aussi mettre un peu en veilleuse le caractère obligatoirement consensuel d’un gouvernement ou d’une présidence pour donner un peu plus de place à l’indépendance de la Commission Électorale.
Une seule chose semble sûre : les représentants des trois mouvances seront très attentivement écoutés au moment de leurs déclarations au retour de Maputo.







