L’arrivée plus ou moins mensuelle du rapport économique et financier de la Banque Mondiale a parfois un côté assez rafraîchissant, car en privilégiant l’analyse des chiffres, elle permet de prendre un peu de recul par rapport aux déclarations politiques qui ont tendance à présenter les choses de l’économie tout en rose ou tout en noir.
L’on peut avouer avoir été relativement surpris par la résilience de l’environnement économique au cours de l’année 2009. Les choses vont certes mal, très mal, mais finalement moins mal qu’on aurait pu l’imaginer. Qui a vécu la crise de 2002 et ses -12% de PNB peut se trouver étonné que la prolongation de celle de 2009 n’ait pas eu jusqu’ici les effets que l’on aurait pu imaginer.
« Mahari-pery ny gasy... »
Le rapport de début février 2010 de la Banque Mondiale corrobore cette impression personnelle en apportant un éclairage sur des raisons de cette apparente résistance. Comme dans les crises précédentes, il faut d’abord noter que le déclin a été plus marqué dans les centres urbains où se trouvent la majorité des industries et services. La bonne récolte de riz [1] a constitué un tampon de sécurité significatif sur le plan social, et a largement contribué à limiter l’insécurité ressentie par les ménages. Cette relative satisfaction des besoins alimentaires a permis d’éviter un effondrement complet de la dépense dans d’autres secteurs. On le voit bien dans les rues de la capitale, avec tous ces chômeurs devenus marchands des rues.
Difficile cependant de croire aux affirmations du Ministère des Finances et du Budget selon lesquelles Madagascar aurait connu un taux de croissance de 0,6% en 2009... Si le démarrage des activités de QMM a été un facteur positif, dans beaucoup d’autres secteurs c’est plutôt la récession, au mieux le maintien de l’activité qui aura marqué l’année. Les économistes de la Banque Mondiale rappellent à juste titre qu’à Madagascar, la croissance est fortement liée à l’investissement : la baisse des importations (-22% entre Septembre 2008 et Septembre 2009), l’atonie de la demande de crédit bancaire (+5% seulement entre Décembre 2008 et Novembre 2009, soit une baisse en termes réels) et les graves difficultés du secteur des BTP n’accréditent guère la thèse officielle. Ajoutez ici la baisse de la consommation d’énergie [2] et les pertes d’emplois [3], et vous arriverez à la même conviction que la Banque Mondiale : même si les acteurs économiques ont déjoué les prévisions des apprentis Cassandre, 2009 aura été une année de récession et non de croissance [4]. Le portrait qui se dégage, s’il n’est pas complètement noir, n’en apparait pas moins gris sombre.
Nous analyserons demain, en prenant en compte d’autres indicateurs portant notamment sur les finances publiques et la balance des paiements, les perspectives avancées dans la Loi de Finances 2010.





