Le vol de bétail est pratiqué depuis des décennies dans la région de Mahajanga. Entre mai et juillet 2010, ce ne sont près de 3000 têtes qui ont ainsi été dérobées à leurs propriétaires, en plus de 160 attaques.
Cependant, à la gendarmerie, les officiers ont observé des variations dans la pratique de ces phénomènes. « Avant, explique le colonel Marc Rafeliva, commandant de la gendarmerie nationale pour la province de Mahajanga, il y avait assez peu de razzias, mais c’étaient des groupes de 5 à 6 hommes qui emportaient une bonne centaine de têtes de bétail. Maintenant, le nombre de cas de vols a augmenté et les voleurs agissent en groupes plus nombreux, mais ils emportent paradoxalement moins de bêtes. Par contre, ils accompagnent désormais leurs interventions d’actions de pur banditisme. ils ne se contentent pas de prendre les bœufs, ils s’attaquent aussi aux gens, brûlent des maisons, emmènent des femmes et des enfants en otage, et parfois même tuent les hommes ». Il fait état d’une attaque ayant mobilisé 30 dahalos, qui n’ont emporté qu’une centaine de têtes.
« Un fusil neuf coûte deux têtes de bétail mais peut permettre d’en conserver cent »
Le colonel Rafeliva explique que lorsque les victimes alertent les forces de l’ordre, les coupables ont déjà une bonne longueur d’avance sur les gendarmes, et ne peuvent donc parfois pas être retrouvés Sur les trois derniers mois, si les arrestations ont été nombreuses, ce n’est par contre qu’environ la moitié des bœufs qui ont pu être récupérés. La méthode qu’il préconise, c’est donc l’achat par les villageois de fusils de chasse pour faire face aux armes des pillards (armes blanches, fusils de chasse, mais aussi parfois armes de guerre, kalachnikov...). « L’embêtant, c’est que les victimes de ripostent pas. Alors qu’avec deux bovidés, un paysan peut acheter un fusil de chasse neuf, qui pourra lui éviter de se faire prendre une centaine de têtes », explique-t-il. Et le colonel de citer des cas de réussite d’une telle autodéfense : lors d’attaques perpétrées en juillet 2010, trois dahalo ont été abattus dans la région de Sofia, et quatre dans celle de Betsiboka. « Mais ce sont des villages dont les habitants possédaient des fusils ».
L’officier de gendarmerie balaie d’un revers de main la question de savoir si de telles ripostes ne peuvent pas entraîner une escalade de la violence et une course aux armements. « Nous encadrons quand même de telles pratiques, car les villageois savent qu’ils ne seront pas inquiétés s’ils agissent en état de légitime défense, quel qu’en soit le bilan. Par contre, ils sont conscients que nous lutterons contre les ripostes de revanche, et que les coupables de tels actes de pure vengeance seront punis ».
Mahajanga, une ville sûre
Si ces problèmes de vols de bétails sont une vraie plaie pour la province de Mahajanga, surtout dans sa partie occidentale, la capitale régionale est par contre plutôt calme, selon le responsable de la brigade de gendarmerie. « Les cas de crimes de sang rapportés récemment sont des exceptions, des règlements de compte très isolés », assure le colonel. Selon lui, le problème majeur de la ville reste le nombre de pickpockets en période de vacances. Les petits voleurs sont en effet attirés par les vacanciers, nombreux en cette période à vouloir profiter du soleil et de la côte. Cela reste cependant, pour le colonel, de menus larcins, qui plus est largement combattus par des patrouilles véhiculées ou à pieds.






