Après les propos de bienvenus en Malgache, l’ambassadeur de France n’a pas manqué de situer l’événement dans le contexte qui prévaut à Madagascar. Il n’a pas occulté les péripéties de la vie de ces derniers mois tout en soulignant qu’il a une pensée pour les victimes de la crise et notamment ceux qui sont tombés le 7 février 2009. « Le pardon qui viendra le jour venu, remarque-t-il, ne devra pas exclure la justice. Si un appui international est nécessaire pour établir la vérité, il devra être sollicité ».
Pardon certes mais justice aussi
Par rapport à ces événements et aux comportements de la communauté internationale, l’ambassadeur est critique. « Il est trop facile de chercher la paille dans l’œil du voisin sans voir la poutre dans le sien » avoue-t-il, tout en faisant comprendre que cette communauté dont fait partie la France est aujourd’hui vigilante. Mais, poursuit-il, il ne sert à rien d’épiloguer à l’infini sur le passé. « On ne doit plus chercher systématiquement des excuses dans le passé. »
S’adressant indirectement aux dirigeants actuels et opposants d’hier, l’ambassadeur de France leur recommande d’assumer leurs responsabilités. « Ils ont le lourd devoir moral d’assurer qu’aucun des droits ne puisse être bafoué ». Il s’agit du respect de l’Etat de droit, des libertés publiques, de liberté de la presse, de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice. Et l’ambassadeur d’adhérer aux récentes recommandations d’Amnesty international qu’il estime devoir être mises en œuvre rapidement. Car à son avis, Madagascar ne peut plus que se tourner résolument vers l’avenir et « construire la maison démocratique malgache », à l’image du « tranobe ».
Aux Malgaches d’abord et surtout
Se plaçant pour certains comme un « raiamandreny » ou un donneur de leçons, l’ambassadeur indique qu’il revient aux Malgaches, à tous les Malgaches et ensemble de construire cette maison. La communauté internationale, dont la France, n’est en quelque sorte que l’entité qui délivre le permis de construire après avoir examiné et évalué le respect des normes conventionnelles. « Seuls les Malgaches peuvent être les architectes et les bâtisseurs du nouvel ordre constitutionnel que vous souhaitez », déclare-t-il. Quant aux règles qu’il faut respecter pour obtenir le permis, l’ambassadeur de France cite en premier, « l’assentiment des principales mouvances politiques, sous la forme d’un accord politique inclusif, c’est-à-dire d’un accord dans lequel l’immense majorité des Malgaches puissent se reconnaître. »
Qu’est ce que cela signifie exactement ? « Il s’agit simplement de se mettre d’accord sur des règles du jeu acceptables par tous. Il s’agit de se mettre d’accord sur une gestion de la transition », explique-t-il. En quelque sorte, il s’agit de trouver un équilibre dans lequel toutes les mouvances puissent se reconnaître et avoir leur place, à l’exemple d’un tabouret à quatre pieds et non à trois pieds et encore moins à deux pieds sinon un. Et l’ambassadeur de suggérer un moyen simple pour parvenir à un équilibre. Il pourrait par exemple prendre la forme d’un Congrès, propose-t-il, exerçant la fonction législative et réunissant députés, sénateurs élus et membres désignés par la HAT et les mouvances politiques.
Les règles conventionnelles
Revenant aux règles qu’il faut respecter pour obtenir le permis, l’ambassadeur aborde sans le dire, la fameuse feuille de route. Il s’agit de se mettre d’accord sur la tenue et les termes du référendum qui doit réformer la constitution, sur un calendrier d’élections et les conditions d’organisation de celles-ci (Commission nationale électorale indépendante, Code électoral, listes électorales). En tout cas, en évoquant la définition de la démocratie d’Aristote : « une des marques de la liberté, c’est d’être tour à tour gouvernant et gouverné », l’ambassadeur a instruit sur l’esprit qui doit prévaloir désormais à l’issue d’un tel accord politique « inclusif » indispensable.
La France ne fait qu’une avec la communauté internationale Très attendue par tous lors de cette célébration de la fête nationale française, était la position de la France dans la crise malgache. L’ambassadeur ne s’est pas offusqué. Il a indiqué que la France était alignée sur les positions de la communauté internationale ; en d’autres termes, elle est celle de l’Union européenne, des Nations unies, celle de l’Union Africaine, celle de la SADC, celle de l’OIF, bref celle du Groupe international de contact. La France apporte son « appui à une solution politique malgache inclusive pour gérer la transition vers le rétablissement d’un nouvel ordre constitutionnel. Tout le reste n’est que littérature ».
L’ambassadeur de France a signifié ensuite que Madagascar ne peut plus aujourd’hui raisonner en termes nationalistes ou protectionnistes. Son développement passe par son ouverture au monde, son intégration économique régionale dans des organisations comme la SADC, la COI, ou par la conquête de nouveaux marchés, par la poursuite d’accords commerciaux (AGOA avec les Américains, ou PAE avec l’Union européenne).
Recueilli par Valis





