Madagascar, à l’instar de 13 autres ex-colonies françaises, devrait fêter cette année le 50éme anniversaire de son indépendance. Ce n’est pas un anniversaire ordinaire, c’est un jubilé que l’on devrait « célébrer avec faste ».
Mais le cœur n’y est pas !!!
Après trois Républiques et différents régimes (socialisme libéral, directoire militaire, socialisme démocratique, capitalisme libéral et actuellement militaro-civil), le bilan est sombre, désespérant.
Ces changements successifs, basés sur des aspirations légitimes de la population, n’ont fait qu’enfoncer de plus en plus la majorité des malagasy dans la pauvreté et la frustration.
La Nation « libérée » traverse au bout de cinquante années d’errance et de turpitudes une crise politique aigüe, aux conséquences économiques et sociales dévastatrices.
Nous constatons un appauvrissement dramatique de la population, un délitement de l’état de droit et une lutte acharnée de la classe politique pour le pouvoir, au détriment de l’Intérêt Supérieur de la Nation et sur fond d’emballement de la corruption.
Le sens du DEVOIR est ignoré, la plupart des politiciens ne pensent et n’agissent que pour le POUVOIR.
Ces assoiffés de pouvoir qui ne cessent de berner les citoyens en se réclamant des chantres de la DEMOCRATIE, ne sont en réalité que des champions de la KLEPTOCRATIE.
La Souveraineté nationale est mise à mal en se faisant jeter comme des malpropres en séance plénière des Nations Unies ou à Bruxelles et même auprès de l’Union Africaine.
La Souveraineté nationale est mise à mal, quand les malagasys incapables de discuter entre eux comme des personnes adultes doivent recourir à l’intervention d’organismes internationaux.
La Souveraineté nationale est mise à mal, quand malgré les énormes potentiels de richesse, le pays continue à vivre sous tutelle des bailleurs de fonds.
La Souveraineté nationale ne signifie plus grand-chose dans un état de délabrement économique, d’insécurité alimentaire chronique, de disparition de valeurs culturelles identitaires (Soatoavina), de dévaluation monétaire hallucinante, etc.
Hélas, la Souveraineté nationale est dévoyée par des politiciens qui l’utilisent comme outil pour « légitimer » un pouvoir mal acquis en attisant cyniquement un certain chauvinisme. Ils défient le monde de s’ingérer dans la résolution de la crise alors que jusqu’à maintenant ils n’ont pu que démontrer leur incompétence à se comporter comme des adultes responsables, capables de trouver une solution malgacho-malagasy.
D’ailleurs comment cela serait-il possible tant qu’on perpétue le « diviser pour régner » du pouvoir colonial ?
Combien y-a-t-il de partis politiques à Madagascar, combien y-a-t-il d’associations cultuelles, combien y-a-il d’obédiences plus ou moins obscures ?
Nous constatons une multiplication d’entités qui luttent pour des conflits d’intérêts au mépris de l’Intérêt Supérieur de la Nation.
Ce délitement de la société malagasy profite, en premier lieu, aux sociétés multinationales qui ne cessent de rogner notre Souveraineté nationale pour sécuriser leur accès à nos richesses minières et agraires : « Tantely afa-drakotra ! »
Après cinquante années d’indépendance « ratée », il est temps de se questionner sur l’articulation des problématiques de la souveraineté, des ressources et de la politique.
La Souveraineté est le point crucial.
Il est à rappeler que la sauvegarde de la Souveraineté nationale incombe à chaque citoyen. Chaque citoyen conscient de ses droits et responsable devant ses devoirs.
Le pouvoir colonial bafouait les droits du peuple colonisé : travaux forcés, SMOTIG (service de la main d’œuvre pour les travaux d’intérêt général), emprisonnement des opposants nationalistes, etc. Les seuls devoirs des malagasy étaient de chanter les louanges de Renimalala pour ses œuvres de civilisation des indigènes. Le système colonial reposait sur l’infantilisation des colonisés. La référence étant la civilisation occidentale, les colonisateurs s’ingéniaient à gommer nos cultures identitaires, à nous pousser à intégrer leurs valeurs, à les copier. Stratégie payante : une copie ne vaudra jamais l’original.
Nous ne serons jamais « intimement » français et resterons toujours dépendants de nos maîtres tant que nous ne prenons pas conscience de ce dévoiement.
Après le modèle français, nos leaders politiques ont tenté les modèles socialistes coréens et soviétiques. D’autres leaders ont tenté le modèle anglo-saxon (europe du nord, américain). Actuellement, pour sortir de la crise, les dirigeants se précipitent vers le Guide libyen (auto-proclamé roi des africains) et vers l’ancienne puissance colonisatrice pour demander aides et conseils.
Bien que les films Madagascar 1 et 2 montrent surtout des lémuriens, il n’y a pas que des singes dans notre pays, il y a les malagasys !
Quand arrêterons-nous de singer les autres ? quand arrêterons-nous de nous comporter comme des enfants ? quand finirons-nous par admettre qu’il n’y a pas que la civilisation et la culture occidentale mais qu’il y en a plein d’autres de part le monde, qu’aucune civilisation n’est parfaite mais que les grands pays ont d’abord su défendre et même imposer la leur ?
Quand prendrons-nous conscience que les valeurs culturelles identitaires constituent le socle de la Souveraineté nationale ?
Heureusement que, même après le gommage des colonisateurs et après l’usage abusif (vidés de leur sens) de nos dirigeants successifs, les notions de FIRAISANKINA et de FIHAVANANA sont encore ancrés dans notre subconscient, sont encore dans nos gênes. Sans cela, et à cause des errances de nos politiciens, Madagascar aura déjà connu un génocide.
Alors, en cette année de jubilé, il est du droit et du devoir de tout citoyen malagasy de REFONDER NOTRE NATION.
Dans un contexte de forte demande en matières premières et énergétiques, nos richesses naturelles suscitent les convoitises des sociétés transnationales et des puissances émergentes. Nous avons un potentiel énorme pour assurer notre développement et de prétendre devenir dans les prochaines années un pays émergent, le « Dragon » de l’Océan indien.
Mais focalisons-nous d’abord sur notre principale richesse, les SOATOAVINA malagasy.
Réapproprions le Fanahy maha-olona et le Hasina. Réapprenons le Fifampitokisana, le Fifanajana et le Fifandeferana.
Fondons notre Souveraineté nationale sur nos identités culturelles que sont le FIRAISANKINA et le FIHAVANANA.
Appliquons-les dans notre vie quotidienne, au sein de notre famille, de notre fokontany ainsi que dans notre monde de travail, et pourquoi pas dans les forums de discussions ?
Les prédateurs connaissent bien notre proverbe « izay misaraka fasika fa izay mitambatra vato ». Utilisons-le à bon escient.
Remettons au goût du jour le « aleo very tsikalakalam-bola toy izay very tsikalakalam-pihavanana ».
Avis aux amateurs en politique, arrêtez de diviser les malagasy et de nuire à la Souveraineté nationale en vous luttant pour le pouvoir. Arrêtez de vous prostituer auprès de puissances étrangères. Au contraire, les citoyens malagasy exigent de vous un sens aigu du DEVOIR. À commencer par le devoir d’exemplarité, soyez des modèles du Fifampitokisana, du Fifanajana et du Fifandeferana. Rappelez-vous, constamment, que « personne ne détient la vérité », qu’une mouvance n’est pas le peuple mais que « olon’iray tsy mba vahoaka » et « hevitry ny maro mahataka-davitra ».
Aux citoyens malagasy, refondons notre Souveraineté nationale, construisons le « Modèle malagasy » aussi bien dans le domaine économique que social. Nous avons les richesses naturelles, mais il est prouvé aussi que nous avons des intelligences et des compétences qui ne demandent qu’à se révéler et à s’épanouir.
Ce qui nous manquait, ou que l’on nous faisait ignorer c’est l’esprit maha-malagasy. Soyons fiers de nos valeurs et cultivons-les. Elles constituent le socle de notre cohésion.
En cette année 2010, que tous les malagasy conscients de leurs droits et de leurs devoirs de citoyens, se concertent et s’unissent pour REFONDER NOTRE NATION.
Ainsi, et seulement ainsi, nous avons le devoir de « célébrer » le Jubilé du 50ème année d’Indépendance. Et avec « faste » s’il vous plaît !
José Ramaromanana





