Apparemment, le nouveau Premier ministre, le colonel Camille Vital, est installé au Palais de Mahazoarivo. Il a donc quitté le fameux Hôtel Colbert, sans doute trop onéreux et qui ne fait vraisemblablement pas sérieux pour servir de bureau à un chef de gouvernement d’une Haute autorité qui veut montrer l’effectivité de son
pouvoir. Cet exercice du pouvoir s’est donc traduit, quelques heures après
la publication de l’ordonnance qui rompt les accords de Maputo et d’Addis-Abeba, par l’éviction du Palais de Mahazoarivo du Premier ministre de consensus, chef du gouvernement « fantôme » ou « mort en incubation » d’union nationale, Eugène Mangalaza.
Si on devait en croire un journal quotidien du soir de la capitale, la passation de pouvoir et/ou de services entre le Premier ministre sortant et celui entrant se serait déroulée amicalement et le sortant aurait quitté les lieux sans problème, cédant le site au nouveau Premier ministre de la Haute Autorité de Transition.
On s’interroge cependant : de quelle passation se serait-il agie ? Car le « sortant » n’a même pas pu constituer son gouvernement ; il n’a même pas exercé ses fonctions ni conduit aucun conseil et n’a même pas participé à aucun conseil des ministres. Il a juste consulté les secrétaires généraux des ministères. Et lorsqu’il était muni de la liste des membres de « son gouvernement », il était déjà « persona non grata » avant qu’il ne foule la terre de ses ancêtres. Il faut rappeler qu’il était de ceux qui étaient à la réunion de Maputo III et était, comme les autres membres des délégations des trois mouvances (Albert Zafy, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana), interdit de territoire.
Ceci dit, une autre question dérange les esprits. Y a-t-il des points communs entre les deux Premiers ministres du point de vue juridique ou cadre institutionnel ? Le « sortant » a été désigné par les quatre mouvances de Maputo et d’Addis-Abeba avec l’équipe internationale de médiation et le Groupe international de contact (GIC). Eugène Mangalaza est le Premier ministre de consensus issu des accords politiques et charte signés par les quatre chefs de file. Par contre le colonel Camille Vital a été désigné par le seul chef de file de la mouvance Andry Rajoelina, si on continue à référer à la terminologie des accords de Maputo et aux avis de l’équipe de médiation et du GIC. Jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas le résultat d’un consensus, malgré ce que relate certain journal comme tractations et contacts voire des non-dits des chancelleries impliquées. D’ailleurs, le décret de nomination du colonel Camille Vital ne fait aucune mention des accords de Maputo ou d’Addis-Abeba.
Enfin, quid de l’effectivité des dispositions légales relatives à la demande de sursis à exécution du décret de nomination du Premier ministre Camille Vital déposée par l’avocat des trois mouvances auprès du Conseil d’Etat ? L’article 189 de la loi organique n°2004-036 du 01 octobre 2004 sur la demande de sursis à exécution, indique que la décision attaquée doit être suspendue jusqu’à la notification de l’arrêt du Conseil d’Etat.





