Le président de la Haute autorité de transition, Andry Rajoelina, désigne ce dimanche 20 décembre en fin d’après-midi, un nouveau Premier ministre en la personne du colonel en disponibilité, converti en opérateur économique, Camille Vital. S’étant adressé au peuple malgache, le nouveau Premier ministre a remercié le président Andry Rajoelina et a appelé à contribution les hommes politiques, le peuple et les « raiamandreny », pour le maintien de la solidarité et de la cohésion nationale. Il a admis que ses objectifs sont de restaurer ou de maintenir la sécurité et d’organiser les élections du 20 mars 2010.
Marié et père de cinq enfants, le colonel Camille Vital présente un certain atout. Officier supérieur à la retraite, il a bénéficié de formations militaires dans de grandes écoles de guerre et a déjà occupé des postes de commandement. Il a également bénéficié de formations en ex-URSS. En tant qu’opérateur économique, il fréquente la société civile. On le connaît comme président de la Chambre de commerce et d’industrie de Toliara. Et on dit de lui qu’il sympathise beaucoup avec le parti Leader Fanilo au sein duquel il a un frère.
Une nomination qui embarrasse
Tout d’abord, le choix est judicieux car le nouveau Premier ministre est originaire du Sud, tout comme Monja Roindefo. De la sorte, le pouvoir en place ne peut avoir sur le dos toutes les populations du Sud. La solidarité sudiste en faveur de la mouvance Andry Rajoelina est quelque part préservée ou sauvée. Toutefois, la nomination ne résoud pas tout le problème car de plus en plus de voix s’élèvent du Sud du pays, pour qu’on revienne aux accords de Maputo et d’Addis-Abeba. Et la coalition des partisans des trois mouvances se fait de plus en plus solide et pressante depuis l’interdiction de territoire bien qu’elle soit levée et que les délégations soient rentrées d’Afrique. En tout cas, des intellectuels de Toliara réclament que l’on diffuse sur les chaînes publiques toutes les interventions des trois mouvances lors de la conférence de presse du Carlton du samedi 19 décembre 2009. Il faut dire que la RNM l’a effectivement escamotée.
En dépit de ces qualités et défauts, cette nomination d’un colonel à la retraite ne peut laisser l’Armée indifférente. C’est certes une marque de confiance mais on se souvient que l’Armée ou du moins des éléments encore en activité, du même grade, voire des généraux, ont, voici quelques jours encore déclaré que l’Armée dispose des compétences et des hommes de qualité pour occuper le poste de Premier ministre si besoin est. Malgré le port de tenue civile du nouveau Premier ministre lors de sa présentation devant la presse, il demeure un militaire.
Par ailleurs, dans le camp même des partisans de Andry Rajoelina, on s’interroge sur la personnalité du colonel Camille Vital, ou plutôt sur ce qu’il a fait pour occuper ce poste. Serait-ce parce qu’il a été un adversaire farouche ou une victime du régime Ravalomanana pour mériter ce poste ? Mais il n’est pas le seul ! Et puis où était-il lors des moments chauds de la lutte contre le pouvoir de Ravalomanana ? Nombreux sont ceux qui se posent des questions sur cette soudaine sortie de l’anonymat qui serait la traduction ou l’expression d’une manœuvre d’origine étrangère pour ne pas citer le pays soupçonné.
Du pain sur la planche
À la vitesse TGV, le président de la Haute autorité de transition (HAT) comme indiqué à l’en-tête du décret de nomination du nouveau Premier ministre, le colonel Camille Albert Vital, bouscule les trois mouvances. La présidence de la transition condamne dès le vendredi soir du 18 décembre, propos et les déclarations qu’elle qualifie de « haineux » des trois mouvances qui ont tenu une conférence de presse aussitôt leur rentrée dans le pays. Dans la foulée, elle abroge le décret de nomination du Premier ministre de consensus et chef du gouvernement d’union nationale, Eugène Mangalaza et par la même occasion décrète Cécile Manorohanta, Premier ministre par intérim. Le lendemain, dimanche 20 décembre, la présidence de la HAT, nomme le colonel Camille Vital, Premier ministre. Et tout cela de manière unilatérale ; sans consultation avec les trois mouvances, sinon l’en-tête du décret aurait été autre.
La tâche première du colonel Camille Vital est vraisemblablement de composer son gouvernement dans les plus brefs délais même s’il est indiqué que les vice Premiers ministres, les ministres et les secrétaires d’État restent en fonction pour l’instant. Mais en aura-t-il le temps car dès mardi 22 décembre, il aura à gérer les trois mouvances qui comptent, comme elles l’ont annoncé, installer le Congrès à Tsimbazaza. En même temps, il y a la loi des Finances qu’il faut présenter et faire adopter. Mais aussi les menaces de sanctions qu’il faut gérer.
La personnalité de Camille Vital saura-t-elle s’imposer partout, aussi bien au sein de la HAT qu’auprès des membres du gouvernement actuel et en même temps gérer les relations avec les trois mouvances car la situation ne peut être perçue autrement. Question primordiale en fait : le pouvoir de ce Premier ministre est-il semblable à celui de Guy Willy Razanamasy en son temps ? ou bien n’est-il plus question de transition inclusive et consensuelle ? Plus clairement, les questions de mouvances demeurent-elles encore ou non pour le colonel Camille Vital ?
Recueilli par Ben





