Bien entendu, il y avait une part de bluff de la part de Andry Rajoelina dans l’annonce, le 16 décembre dernier, que les élections législatives se tiendraient le 20 mars prochain. À tous les préalables qui nous paraissent nécessaires pour que de « bonnes » élections puissent se tenir et que nous avons déjà évoqués à différentes reprises, s’ajoutent des considérations beaucoup plus pragmatiques liées au fait que le pouvoir ne pouvait pas, sans risquer de se ridiculiser, organiser un scrutin sans prendre en compte la revendication d’un bulletin de vote unique pour l’ensemble des candidats.
Encore faudrait-il, avant d’imprimer ces millions de bulletins, savoir ce qu’il y aurait écrit dessus. Autrement dit, que l’on sache qui serait candidat dans chaque circonscription. On voyait difficilement dans ces conditions l’État lancer l’opération impression des bulletins de vote, en espérant que l’opposition s’y rallierait en dernière minute, ce qui aurait obligé à jeter à la poubelle les premiers bulletins imprimés... Même si l’esprit du sommet de Copenhague n’a pas été assez fort pour sensibiliser tout Madagascar sur le bilan carbone d’une élection, se lancer dans une telle absurdité économique aurait été désastreux, et Andry Rajoelina et son entourage étaient sans doute les premiers à le savoir. La mise en avant de la date du 20 mars était un ballon sonde, et les imprimeurs en sont encore à se demander, pour répondre à un futur appel d’offre public, s’il faut se préparer à imprimer des petits papillons ou d’imposantes bibles.
Bien entendu également, il y avait une part de bluff dans les réactions de l’opposition à cette annonce du 16 décembre... Dire « pas question de participer à des élections législatives le 20 mars », cela permet de ne pas répondre publiquement à quel genre d’élections on serait prêt à participer si la communauté internationale entendait limiter les choix en la matière.
Jean Ping a fait ses propositions, et quelque part, on ne peut s’empêcher de penser que lui aussi bluffe. Et qu’il entend surtout montrer aux différentes parties qu’elles seront bien chacune obligées d’avaler des couleuvres ou des chapeaux si elles entendent trouver une solution à cette crise. Aux yeux de certains, c’est la personne du Président de la Transition qui constitue le principal problème : il leur faut d’ici au 6 février digérer ou non le fait que les mesures de consensus proposées réaffirment Andry Rajoelina en tant que Président de la Transition, avec une certaine primauté sur les co-Présidents du Conseil Présidentiel, et donc, horreur à leurs yeux, qu’il préside aux cérémonies du 50ème anniversaire de l’Indépendance. Aux yeux d’autres, c’est le retour des hommes du clan des anciens qui paraît insupportable : il leur faudra aussi d’ici au 6 février choisir de faire avec ceux qu’ils qualifient d’assassins et de voleurs ou pas.
L’anniversaire du Lundi noir aura eu le mérite de permettre de réentendre sur les radios et télévisions les propos des uns et des autres d’il y a un an. Et de pleinement réaliser que si d’aventure certains propos n’étaient pas du bluff, c’était uniquement parce que ceux qui les proféraient se mentaient à eux-mêmes, que ce soit sur leur ouverture au dialogue ou sur leur capacité à s’imposer dans un rapport de force.
Personne n’a eu l’exclusivité de ce travers. Reste à savoir si les postulats de Jean Ping, celui de la bonne foi de toutes les parties concernées et celui du même souci de surmonter la crise restent vrais.
Ce ne sera pas ceux qui sont prompts à voir la paille dans l’oeil du voisin sans se rendre compte de la poutre dans le leur qui seront les mieux placés pour répondre à cette question.

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