L’Ex- est connu de tous. Le futur Ex- peut être un peu moins. J’ose espérer que le premier concerné sait au moins de qui je parle si tant est qu’il ne se croit pas tout puissant, inamovible voir intemporel comme nos anciens Présidents. L’actuel Président qu’il le veuille ou non deviendra lui aussi un Ex- un jour. L’éditorial ne renferme aucun présage. Son auteur n’a pas le don de la prophétie des gourous et apprentis sorciers divers qui occupent l’espace médiatique ces temps-ci. C’est juste la logique qui veut que les gouvernants passent mais les institutions restent.
Les seuls doutes concernent le moment et surtout la manière avec laquelle il le deviendra. Il le sera dans un futur proche ou dans un futur plus ou moins éloigné ? par la petite ou la grande porte, c’est-à-dire, misérablement par un énième mouvement populaire, ou avec dignité après une prompte alternance démocratique ou une fois le devoir accompli vu qu’aucune annonce officielle sur sa candidature pour la présidentielle n’est faite jusqu’ici. Entendre par là, après l’organisation d’élections équitables, transparentes, crédibles, démocratiques et j’en passe tellement les adjectifs utilisés pour qualifier ces élections de tous les espoirs ne manquent pas. Pour simplifier à souhait disons juste des élections acceptables et acceptées par tous. Ou pourquoi pas par le biais d’une démission honorable pour la neutralité d’une transition revisitée à défaut d’une qui soit véritablement nouvelle ?
Mais des élections nous n’en sommes pas encore là ! Faut pas rêver non plus. Toute hypothèse de démission est à écarter. La démission n’est pas encore dans les mœurs de nos politiciens à part de (très) rares exceptions. Contre vents et marées un Président, un(e) ministre hué(e)s de toute part pour leur incompétence ou défaut manifeste d’éthique s’accrocheront à leur siège.
Le rappel de quelques situations serait fort utile pour les deux camps en présence à l’abord de la rencontre prochaine tant espérée entre leurs deux chefs. Il est presque gênant de le faire parce que certaines sont tellement élémentaires, répétitives et évidentes mais vu les comportements actuels de certains barons de chacun des camps ce bref rappel ne serait pas de trop et donnera subsidiairement au futur ex- un aperçu de ce qu’il peut espérer de sa sortie de scène. De l’issue de la rencontre entre les deux hommes dépendra en effet pour beaucoup non seulement la fin de la crise mais aussi la qualité de ladite sortie.
Le ridicule ne tue pas. Je suis tenté d’ajouter ‘absurde’ n’est peut être pas malgache car personne ne semble vouloir tirer un quelconque enseignement du passé. Sinon, comment expliquer la surenchère actuelle faite par les barons des deux camps autour de la rencontre prochaine entre MM. Ravalomanana et Rajoelina. À quoi sert-il d’entrer en négociation si certains veulent déjà que quelques points ne soient plus négociables et si d’autres du camps adverse mettent sur la table quelques pré-requis ?
M. Le Président…
Si jamais ne serait-ce qu’un de vos proches oserait encore vous dire en ce moment que tout va bien, il vaudrait mieux vous en séparer sur le champ. Tous les voyants sont au rouge, M. Le Président ! Les foyers de tensions, l’insécurité ambiante, le mécontentement quasi généralisé matérialisé par les mouvements sociaux divers actuels en témoignent. Mettre tout sur le compte de manipulations politiques serait une grossière erreur en plus d’une franche insulte à l’intelligence de nos élites syndiquées (enseignants chercheurs, hauts fonctionnaires civils divers, médecins etc.). Faudrait-il attendre que la cocotte explose pour se rendre enfin à l’évidence ?
Aza manjeny ny andro ho lava. [1]
Faut –il rappeler au camp du Président que la condescendance, le manque de respect vis-à-vis de l’opposition, l’ignorance de la souffrance des citoyens, l’absence de tout sens de l’anticipation chez les dignitaires des anciens régimes étaient les éléments déclencheurs des mouvements de 1991, 2002 et 2009 ? Tous les indicateurs étaient au rouge mais les courtisans, les charognards, les sangsues, c’est selon, gravitant tout autour continuaient encore à adouber le Roi (nos anciens chefs d’État se comportaient du moins comme tel) jusqu’à rendre ce dernier aveugle, sourd et totalement déconnecté de la réalité de ses sujets. L’ivresse du pouvoir aidant, le boss qu’il soit marin ou industriel ne voyait rien venir.
Aleo mihinan-kely toa izay mandry fotsy
Faut savoir se contenter du peu pour ne pas tout perdre. Mihinana=manger. Le proverbe n’a pas été choisi au hasard sachant la tendance de la plupart de nos politiciens à penser d’abord à leurs gamelles avant les intérêts de la nation.
Votre choix demeure simple : lâcher un peu du lest et l’aventure continue, si tant est que la conduite d’un pays peut être qualifiée ainsi, ou continuer de faire la sourde oreille au risque de tout perdre. [2]
Deux possibilités sont à votre portée. Négocier une sortie honorable ou discuter les bases d’une transition véritablement consensuelle et inclusive. Sans vouloir être trop alarmiste, c’est maintenant ou jamais, M. Le Président. Il n’est pas encore trop tard si l’envie vous tenaille de vouloir vous en sortir grandi. L’histoire nous enseigne que la témérité de quelques éléments incontrôlés de l’armée ou des forces de l’ordre en général suffit pour renverser tout le rapport de force. En 2009 cela a profité à votre camp mais la prochaine fois Dieu seul sait à qui cela bénéficiera si jamais le même scénario se reproduit. Qui ignore d’ailleurs que l’équilibre est fragile et la tendance très subtile et changeante au sein des hommes en treillis et aux long fusils ? Seules les dupes ne savent pas que la pression de l’armée était bien présente lors de la réunion de l’hôtel Panorama en 1991. Le Président en exercice à l’époque était pourtant un des leurs ! L’intervention des Zana-dambo conjuguée avec le choix des éléments réguliers de ne manifester aucune ou peu d’opposition n’étaient-ils pas décisifs en 2002 ? L’étincelle peut venir à tout moment de partout et de nulle part en même temps.
Il ne faut pas avoir trop d’appétit quand on n’est pas en position de force lors d’une négociation.
Au lieu de crier aux scandales à tout bout de champ à chaque sommet avorté ou à tout événement manqué il serait souhaitable que les ténors de la mouvance Ravalomanana se regardent bien dans une glace pour ne plus commettre les mêmes erreurs que lors des rencontres d’Addis-Abeba, de Johannesburg, de Maputo etc. et pour qu’ils sachent enfin profiter de la vraisemblablement ultime chance de négociation à leur portée si tant est que négociation y aura. Ny valala tsy indroa mandry am-bavahady. L’essaim de criquets ne dort pas deux fois au seuil du village. C’est une chance inouïe de votre part que de ravoir une fois encore ces criquets à portée de main après les énièmes occasions qui s’étaient présentées pour les saisir dans votre arrière-cour depuis le début de la crise.
La logique est limpide : quand on n’est pas en position de force dans une quelconque négociation, on ne se donne pas le droit d’être trop exigeant. À voir leurs exigences ou leurs intransigeances en ces temps là, partage égalitaire voir majoritaire de ceci ou de cela (sièges dans le gouvernement, ministères de souveraineté, sièges dans les organes parlementaires etc.) l’observateur averti peinerait à croire que l’Ex- venait juste d’être chassé du pouvoir ! Et à force d’avoir trop exigé, la mouvance a perdu plus de terrain qu’elle n’en a gagné pour ne pas dire tout perdu (la co-présidence, aucun ministère de souveraineté, peu de sièges au sein du CST etc.).
Soyons humble. Ayons le minimum de bonne foi pour penser enfin aux vrais intérêts supérieurs de la nation. Adhérons à l’adage bien de chez nous voulant que le vaincu ne soit pas jeté en pâture tandis que le vainqueur ne soit pas porté en triomphe (Ny resy tsy hakoraina ary ny nandresy tsy hobiana). Le message s’adresse aux Ex-, au futur Ex-, aux futurs dirigeants de tout bord, aux simples citoyens. Si tel sera notre état d’esprit à tous dans la conduite présent et futur du pays, la réussite nous tendra la main non seulement pour cette énième réunion de la dernière chance mais pour la prospérité future de notre très cher Tanindrazana.
Je me souviens d’un des innombrables conseils de mon paternel : l’honnêteté ça ne paie pas toujours. Les gens honnêtes peinent souvent à faire fortune. Mais ils sont en paix avec eux même, avec leur conscience, avec leurs prochains et avec le Créateur. Cette paix là vaut plus que tout l’or du monde !
Am-bava homana, am-po mieritra [3].







