Dès Mars 2008, soit pratiquement il y a un an jour pour jour, la branche du FFKM qui s’occupe des affaires nationales (Sefip) avait sollicité la tenue d’une concertation nationale.
Lorsque la crise politique actuelle a éclaté, la société civile a également proposé parmi les moyens de médiation une rencontre pour « normaliser le bon fonctionnement de la démocratie, des institutions de la République, de la décentralisation et de la saine concurrence économique ».
Accouchement difficile
Convention, conférence nationale, états généraux, assemblée... finalement c’est l’appelation « assises nationales » qui tient actuellement la corde.
À tour de rôle, tous les acteurs et observateurs de la vie politique ont évoqué la nécessité du dialogue. Les deux protagonistes principaux se sont déclarés prêts à discuter avec l’autre partie, mais les longues semaines qu’il a fallu subir avant même le début des négociations du Hintsy prouve que la simultanéité des intentions véritables n’a été atteinte qu’en de très rares moments, si ce n’est jamais. Chaque camp paraît trouver un malin plaisir, lorsque la situation sur le terrain semble tourner à son avantage, à imposer ses conditions sur la manière de discuter.
Ces temps-ci, c’est au tour du camp des opposants d’évoquer des problèmes de sécurité et de mettre en avant la « prise de responsabilité » de l’armée. Même en ayant la mémoire très courte, impossible de ne pas se rappeler qu’un certain Marc Ravalomanana disait pratiquement la même chose lorsqu’il s’était inventé une petite escapade à Toamasina et à Mahajanga. C’était il y a à peine deux semaines...
On sait qu’Andry Rajoelina a exprimé, il y a déjà pratiquement une semaine son agrément sur la tenue et les orientations de ces assises. Il semble se dérober aujourd’hui. Serait-il otage de ses troupes (Plate-forme de l’opposition et Comité National de Coordination) ou veut-il personnellement passer en force ?
Si l’opposition veut aujourd’hui snober ces assises nationales, c’est d’abord parce qu’elle peut jouer sur la méfiance au sein de l’opinion publique vis-à-vis de la tournure que le Président de la République pourrait donner à ce type de rencontre.
Les antécédants de Marc Ravalomanana ne sont pas, il est vrai, de nature à renforcer son image d’interlocuteur ouvert et de bonne foi. En 2002, il y eut les accords de Dakar qui ne furent jamais mis en oeuvre. Plus récemment, il y eut les « dialogues présidentiels » qui s’avérèrent plutôt être des monologues... Enfin, il y eut la fixation sur le MAP comme thème principal de discussion dans pratiquement toutes les déclarations durant cette crise. Le seul discours de repentance de mardi dernier ne suffit pas à convaincre pleinement de la volonté du Président d’ouvrir un véritable dialogue ouvert, y compris sur les thèmes qui lui font mal.
Le deuxième handicap de ses assises est qu’elles semblent avoir été hâtivement préparées, même si cela n’est pas forcément vrai puisque le Sefip réfléchit sur ce projet depuis un an.
En tout cas, elles ont été très mal « vendues » au public malgache, car il a fallu la soirée précédant leur ouverture pour que celui-ci apprenne que les invités se répartissaient en trois tiers : un pour l’équipe présidentielle, un pour les opposants, un troisième tiers pour les autres parties... Qui est censé représenter la portion de la société qui ne se reconnait ni en Marc Ravalomanana ni en Andry Rajoelina ? On ne le sait pas. Quels sont les points d’ordre du jour exacts de la rencontre ? Nous attendons de l’apprendre. Quel découpage exact a été retenu pour le calendrier de ces trois petits jours ? Il n’y a aucun moyen de le supputer. Quels seront les documents de travail ? On l’ignore.
Tout aussi inquiétant est le fait que l’on ne sait exactement quels pouvoirs sont effectivement dévolus à cette assemblée. Aucun groupe ne s’est solennellement engagé à reconnaître les conclusions qui en sortiront. Il est à craindre que les délégataires ne se présentent sans mandat clair des entités qu’elles représentent. Rien ne garantit donc que l’une ou l’autre partie ne se prévaudra de la légalité, du « vahoaka » (peuple) ou des deux pour mettre à terre le travail de trois jours.
Concilier urgence et réussite
Le contexte de quasi-guerre civile (les mots ont été utilisés par l’ambassadeur des États-Unis Niels Marquandt) et la déliquescence de l’État constituent d’autres handicaps pour ces assises. Mais ces deux éléments constituent également les raisons qui rendent la tenue de ces assises d’autant plus pressante.
Cependant, tenir les assises dans la précipitation serait gâcher nos dernières réserves. Le comité préparatoire doit clairement :
Définir l’ordre du jour,
Proposer et faire valider la liste des participants,
Faire accepter par avance aux protagonistes les résultats pouvant déboucher de la rencontre,
Expliquer à la population la démarche, et ce de manière transparente tant avant que pendant et après.
Les malgaches sont exaspérés. Le pillage nous guette à chaque coin de rue. Même les lycéens se caillassent en batailles rangées. On peine à dénombrer les morts. L’économie est ravagée, et pas plus la marchande de brèdes que l’industriel assis ne croient qu’elle se relèvera rapidement. Petits et grands malfrats font des calculs sur ce que peut leur rapporter la prolongation de la crise, se pourléchant les babines en repensant aux « bonnes affaires » que représentaient les barrages en 2002.
Les assises sont la dernière chance pour la paix. Refuser leur tenue serait opter pour la politique du pire, et aussi court-termiste qu’il soit, aucun politicien sensé ne peut imaginer qu’un boycott ne se paierait pas de manière « rapide et durable » par un discrédit profond aux yeux de la quasi-totalité de l’opinion publique.
Et puis, au-delà des calculs politiques à court et à moyen terme, est-il possible de simplement dire sans passer pour naïf qu’être patriote, c’est aussi être responsable ?





