Cette époque de l’année étant a priori propice aux bilans, il faut se rendre à l’évidence. Votre serviteur entretient des rapports difficiles avec les débuts d’année, et plus encore avec la tradition des voeux.
Il y a « voeu » et « voeu pieux ». La deuxième locution désigne sans équivoque un souhait que l’on pense irréalisable. Pourtant, à l’origine, le voeu n’est pas un souhait, mais une promesse. Et qui plus est, une promesse solennelle que l’on faisait à une divinité.
On faisait voeu d’aller à un pèlerinage, on faisait voeu de chasteté... De telles locutions semblent aujourd’hui appartenir à un passé quasiment révolu, en tout cas un rien désuet. D’extension en extension, le concept d’origine des voeux a perdu de sa vigueur ; l’engagement envers une divinité, envers une autre personne ou vis-à-vis de soi est de toute évidence moins mis en valeur dans nos sociétés modernes.
Une autre coutume des débuts d’année, les bonnes résolutions du Nouvel an, ont ainsi pris du plomb dans l’aile. L’on sourit presque de ceux qui en font, et l’on ne garde au final que la tradition des « voeux », que l’on pourrait facilement qualifier de « pieux » si le non affichage des éventuelles convictions religieuses n’était pas entretemps devenu la pratique dominante.
Les « voeux » se disséminent désormais à tout vent, d’autant plus facilement que les visites à domicile ont cédé la place aux cartes sur papier, puis aux courriers électroniques et autres SMS.
Pourtant, le présent éditorial ne se veut pas une critique aveugle de la coutume des voeux. Il voudrait avant tout attirer l’attention du lecteur sur le fait que le glissement constaté vers une généralisation de la non prise de résolutions ou d’engagements n’en rend que plus périlleux un travers plus spécifiquement malgache : l’illusion que la parole peut se substituer à l’action. Cela se traduit par exemple par l’idée, plus profondément ancrée qu’on ne le croit, qu’il suffit de publier un texte dans le Journal officiel pour que ce qu’il décrive devienne réalité. Ou encore, qu’il suffise de se réunir sur la place du 13 mai pour transformer de A à Z la société. Ou bien encore, qu’il suffirait de se réunir autour d’une table et d’écouter quelques bonnes paroles pour se réconcilier. J’en passe et des meilleures...
Souhaiter à un proche la santé serait très insuffisant, si par ailleurs, tout au long de l’année, l’on ne veillait pas à la qualité du régime alimentaire de l’intéressé ou si on ne l’invitait pas à pratiquer régulièrement avec soi un sport.
Et par conséquent, si l’on a le droit de faire le voeu que les Malgaches bénéficient enfin du fruit des valeurs de liberté, de respect, de responsabilité et de solidarité, vous devinerez que nous tenterons d’apporter notre petite brique à cet édifice.
Si celui-ci pouvait vous trouver en bonne santé, ce serait parfait.







