Il est des nouvelles étonnantes dans l’actualité. De celles qui vous font rêver et demander si par malheur, vous ne seriez pas né quelques siècles trop tôt. Ou trop tard.
Car l’æpyornis, on aurait tous pu en rencontrer. L’animal vivait exclusivement à Madagascar et n’a disparu qu’entre le 10ème et le 17ème siècle, victime sans doute d’un autre animal prétentieux et un peu trop prédateur, l’homo sapiens.
Bien qu’ils n’eussent pas été les plus hauts, les Aepyornis sont considérés comme les plus lourds de tous les oiseaux ayant existé, leur poids approchant les 500 kilogrammes. Cet oiseau était incapable de voler.
Aujourd’hui, un esprit peu attentif risquerait de le confondre au détour d’un musée avec un dinosaure. C’est qu’il y ressemble un tout petit peu, quand même, le bougre. Beaucoup plus en tout cas qu’à un mammouth, malgré le fait qu’æpyornis signifie oiseau-éléphant.
Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, la disparition de l’æpyornis m’attriste chaque fois qu’on l’évoque. Ce n’est pas comme pour la disparition des dinosaures et les mammouths, où l’homme n’a sans doute pas une part significative de responsabilité. Et puis on peut toujours tenter de se consoler en se disant qu’on a désormais nos hommes politiques en guise de dinosaures et de mammouths. Comme punition, cela suffit largement.
Impossible par contre d’oublier que l’aepyornis a certainement côtoyé les premiers hommes arrivant à Madagascar. Qui l’ont peut être chassé et fait quelques omelettes avec ses oeufs, ce qui n’a pas dû aider à la perpétuation d’une espèce ayant déjà quelques soucis du côté de sa reproduction [1]. Et je suis enclin à penser que dès l’arrivée à Madagascar de l’homme, celui-ci ne s’est pas privé d’accélérer le changement climatique : la sècheresse aurait pu pousser les Aepyornis à se regrouper autour de points d’eau, puis l’espèce aurait finalement disparu avec la continuation de la sècheresse.
Nous sommes donc nés trop tard pour avoir vu vivant l’aepyornis. Ou peut-être nés trop tôt. Car l’on a appris cette semaine dans la revue scientifique britannique Proceedings of the Royal Society B que des extraits de l’ADN de l’aepyornis ont pu être reconstitués à partir de coquilles fossilisées de ses oeufs par une équipe de l’université de Murdoch, Perth, Australie.
Les scientifiques, qui tentaient seulement de valider la technique utilisée, n’ont cependant pour l’instant extrait que moins de 1% de l’ADN de l’oiseau disparu. « Nous pouvons réassembler le génome pour avoir une idée d’à quoi ressemblait une espèce éteinte. Mais (la ressusciter) reste du domaine de la science-fiction », souligne le chercheur Michael Bunce.
Impossible cependant de ne pas rêver en pensant au film Jurassic Park. Et je ne peux que me sentir fortement en désaccord avec Charlotte Oskam, une autre chercheuse de cette équipe, qui déclare qu’il ne serait « pas éthique de recréer une espèce éteinte ». Cela ne me paraît pas plus inéthique que de l’avoir fait disparaître.
En ce début de week end, qu’il me soit au moins permis de m’interroger si le respect de la Nature et le sens du respect peuvent s’inscrire dans les gênes... Et s’ils sont fossilisés, comment ils peuvent être ressuscités.
Bon week end à tous.








