Le Premier ministre de la Haute Autorité de Transition (HAT), Monja Roindefo, s’en prend directement à l’ambassadeur des Etats-Unis Niels Marquardt. « Voici trois mois que vous nous menaciez de partir mais vous êtes encore là. Et de plus vous semez le désordre en disant qu’il faut des élections avant la fin de l’année. C’est à nous, Malgaches, de décider, que cela vous plaise ou non », a déclaré le Premier ministre Monja Roindefo lors de sa visite à Belo sur Tsiribihina ce weekend.
Les propos du Premier ministre de la HAT semblent être ni plus ni moins qu’une demande de rappel de l’ambassadeur par le gouvernement qui l’a accrédité à Madagascar. L’ambassadeur Niels Marquardt ne serait pas, de l’avis du chef du gouvernement de la HAT, le digne représentant des Etats-Unis, car lui aussi connaît ce que sont les Etats-Unis. Il a fait comprendre à l’ambassadeur que la porte est grande ouverte et que personne ne le retient si la situation du pays ne lui convient pas ou ne lui plaît pas.
L’ambassadeur Niels Marquardt avait expliqué la situation de Madagascar par rapport à l’AGOA. L’un des critères d’éligibilité des bénéficiaire de ce programme américain en faveur des pays africains est le respect de l’état de droit. Si Madagascar n’est pas rentré dans la légalité d’ici la fin de l’année 2009, il ne sera plus éligible et ne profitera plus des privilèges offerts par le programme. Par conséquent pour continuer avec l’AGOA, il faut ce retour à la légalité. L’AGOA ne se réduit pas seulement aux milliers d’emplois des entreprises textiles en zone franche, il s’étend à l’artisanat et à l’agriculture, jusqu’aux services et effets induits.
S’adressant à l’Union Européenne et à l’Union Africaine, le Premier ministre Monja Roindefo réclame la présomption d’innocence au nom du principe d’Etat de droit tant prôné par les partenaires techniques et financiers. « Nous avons fréquenté les mêmes écoles ; nous avons acquis les mêmes savoirs, nous sommes égaux et nous prônons les mêmes principes ; ce qui signifie qu’il faut que nous nous apprécions mutuellement et discutions », lance-t-il d’un conciliant aux parlementaires européens et aux dirigeants d’Afrique. Un clin d’œil pour le dialogue politique prévu et annoncé à Mahazoarivo le 19 mai 2009.
Témoin oculaire
En réponse à ce que les partisans du régime de transition qualifient d’ingérence de la communauté internationale en particulier de certaines représentations étrangères dont les Etats-Unis, les informations de la radio nationale (RNM) de 19h de ce dimanche 10 mai évoquent un paragraphe de la Déclaration d’Indépendance de 1776 des Etats-Unis d’Amérique, de Thomas Jefferson, relatif au droit des peuples à s’insurger contre un pouvoir autoritaire, oppressif et exclusif. L’éditorialiste de service a affirmé que le « vahoaka » Malagasy de toutes les parties de l’île a réclamé la déchéance de l’ancien régime et que des assises nationales sont sortis les directives et un calendrier des échéances dont celles des élections ; pour dire que la Haute Autorité de Transition (HAT) a un programme bien établi.
Si la crise perdure toutefois, c’est qu’il y a d’autres « vahoaka » qui n’adhèrent pas à ce processus. Il y a une opposition que les nouveaux gouvernants ne veulent pas considérer comme telle. Et c’est l’une des raisons de la tergiversation actuelle que l’ambassadeur américain a été amené à évoquer lors de l’interview qu’il a accordé au Club de la presse privée la semaine dernière.
Lors de cette interview, Niels Marquardt a fait comprendre qu’il y a autant de manifestants « légalistes » que sur la Place 13 mai en son temps ; mais surtout qu’étant témoin oculaire des événements de l’Episcopat le 17 mars, il affirme que la violence et la terreur ne pouvaient qu’être derrière tout le processus de prise du pouvoir de la HAT.
Recueilli par Bill





