Ce soir, match Allemagne-Grèce en quart de finale de l’Euro 2012. C’est en principe du football. Au vu du classement Fifa (une équipe est 3ème mondiale, l’autre 15ème), c’est de toute évidence l’équipe allemande qui doit être la favorite des pronostics. Mais l’actualité est ainsi faite que ce quart de finale de football prend des petits airs de finale de politique économique : quelques jours après des élections grecques et peu après un sommet du G20, l’envie de soutenir une équipe plutôt que l’autre peut marquer la différence entre économistes keynésiens et monétaristes, entre partisans de la « croissance » et de la « rigueur ».
En se référant à l’actualité récente, Madagascar et la Grèce ont au moins deux points communs : les deux pays ont connu des séries de violences urbaines en Décembre 2008/Janvier 2009, et pourtant bien rares sont les observateurs qui à l’époque avaient réussi à comprendre la réelle profondeur du mal et à anticiper l’ampleur de ce qui allait arriver. À Madagascar comme en Grève, aujourd’hui, la gueule de bois est évidente. Ainsi, si les budgets nationaux consacrés à l’éducation étaient faibles dans les deux pays, bon nombre de ménages se ruinaient en cours privés et ils ont découvert depuis que les espoirs et sacrifices familiaux qu’ils avaient placés dans l’enseignement de leurs enfants risquaient d’être peu rentables. Cette situation ne peut que contribuer à renforcer encore les risques sociaux, dans la mesure où l’arrivée massive de jeunes hommes qui se retrouvent chômeurs, endettés et pauvres augmente le risque de violence. J’invite ceux que le sujet intéresse à relire cet article de Mai 2009 où était déjà esquissé un rapprochement avec la situation grecque.
Si l’on en revient (à notre modeste échelle) aux débats purement économiques et financières qui agitent les grands de ce monde, l’on est amené à relever une différence structurelle très significative entre les deux pays : la Grèce est un pays tourné depuis longtemps vers l’extérieur, alors que Madagascar n’est jamais mécontente de rappeler qu’elle est une île. Preuve de la grande ouverture de la Grèce sur le monde, le tourisme et la marine y sont les secteurs clés de l’économie. Celle-ci repose avant tout sur un secteur tertiaire très développé, d’autant plus nécessaire que la balance commerciale de la Grèce est très largement déficitaire. Par ailleurs, la Grèce est intégrée dans une union financière au sein de laquelle la liberté de circulation des capitaux est un principe dont la remise en cause tiendrait du sacrilège, alors que Madagascar est isolé depuis 1972 dans son propre système financier et sa monnaie reste difficilement convertible.
Les risques de l’ouverture
Depuis ces événements de Décembre 2008/Janvier 2009, Madagascar et la Grèce ont eu à appliquer chacun de leur côté une politique de réduction drastique des dépenses publiques. Si l’absence de perspectives économiques a provoqué des réactions similaires chez les opérateurs, la Grèce a eu à affronter de sévères fuites de capitaux dont on ne sait plus si elles sont les causes ou les conséquences de la crise, alors que ces fuites se sont « seulement » manifestées dans notre pays à travers des catastrophiques exportations illicites de bois de rose, d’or, de saphir ou d’animaux rares... Et si l’on en juge par le boom des constructions de villas dans certains quartiers, une partie des fonds illicites est quand même revenue dans notre pays.
La Grèce représente 1,6% du PNB européen, mais ces derniers mois, elle a fréquemment donné l’impression de représenter 100% de ses problèmes. Cette situation très paradoxale met le doigt sur l’existence d’un dysfonctionnement majeur quelque part : soit dans le fonctionnement même de la zone Euro, soit dans le raisonnement des marchés financiers face aux bonnes et aux mauvaises nouvelles.
À l’inverse, personne ne s’intéresse vraiment à la crise malgache. Entre une ouverture économique qui amplifie les crises, et une fermeture qui les met sous cocotte-minute jusqu’au risque d’explosion, quelle est la moins pire des solutions ? Question à méditer devant les dribbles et les passes en retrait ce soir...







