Le sort en est enfin jeté : 8 mai, 3 juillet et 23 octobre 2013, tel est le calendrier électoral qui a été annoncé. Ou faudrait-il dire, qui s’est imposé à la CENIT, puis aux autres acteurs ? En tout cas, les représentants des principales formations politiques étaient tous présents lors de l’annonce, et aucune voix n’a osé formulé une éventuelle déception.
Lanto Rakotomavo a dit que le TGV acceptait ce calendrier « de bon coeur ». Les ténors de la mouvance Ravalomanana ont affirmé en unisson que ladite mouvance était prête à participer aux scrutins, du moins si l’apaisement devenait réalité. En présence d’une importante délégation de la Communauté internationale marquant son soutien implicite au processus inité par la CENIT, les uns et les autres réalisaient plus concrètement hier que le temps n’est plus vraiment propice aux marchandages et aux petits calculs mesquins.
Après avoir sauté comme un cabri pendant trois ans en demandant « des élections ! des élections ! », l’auteur des présentes devrait être parfaitement satisfait. Mais la coupe n’est pas tout à fait pleine, car une dose d’inquiétude a succédé à l’attente. Difficile en effet de ne pas se demander dans quelle ambiance pourrait se vivre le 26 juin 2013 : se situant exactement à une semaine du second tour des élections présidentielles, la fête nationale qui devrait être celle commune à tous les Malgaches ne risquerait-elle pas au contraire d’exacerber encore plus les divisions ? Déjà fortement malmené en 2009, le symbole fort et intemporel que devrait être la commémoration de notre souveraineté nationale surmontera-t-il sans trop de mal une campagne électorale un peu chaude ?
Au vu de ces questions, l’on se dit plus que jamais qu’il serait préférable que celui qui aura à présider ces cérémonies s’abstienne lui-même de rentrer dans la joute électorale. Espérons alors être agréablement surpris, mais ce souhait risque malheureusement de n’être qu’un voeu pieux...
Paradoxalement, l’inquiétude qui pointe coexiste avec le souhait qu’il y ait effectivement un second tour des élections présidentielles, et que ce second tour soit serré. Le choix de faire coïncider les élections législatives avec le second tour (et non le premier tour) des élections présidentielles aura pour effet de favoriser une bipolarisation du Parlement qui en sera issu. Les candidats aux législatives ne pourront laisser leurs électeurs dans le doute sur leurs préférences parmi les deux candidats aux présidentielles, et dans l’esprit de la plupart des électeurs, il s’agira bien de voter pour un ticket.
Si par malheur les présidentielles présidentielles paraissaient quasiment jouées dès le premier tour, beaucoup de candidats n’auraient pas la témérité de se présenter comme opposants, et de peur que leur circonscription se voit privée de précieux subsides, un fort courant d’électeurs préfèrera de toute façon renforcer servilement la majorité présidentielle. Nous nous retrouverions alors à nouveau avec un parlement croupion, dominé par des représentants qui pour beaucoup auront eu pour seule mérite d’avoir intrigué afin d’être présentés par le parti présidentiel.
Si au contraire le scrutin devait être serré, le doute encouragera les électeurs à exprimer vraiment leurs préférences pour l’une des parties. Il pourrait en sortir un Parlement relativement équilibré, mais bipolarisé, et donc sans les risques d’un Parlement à géométrie variable peut-être plus sensible aux tentatives de corruption.
À tout prendre, mieux vaut encore transpirer d’inquiétude pendant l’année 2013 que s’acheminer vers un Parlement beni oui oui qui pourrait nous amener inexorablement vers une nouvelle crise...







