Andry Rajoelina fait donc son entrée ce jour dans les arènes onusiennes à l’occasion d’un débat sur le réchauffement climatique.
Aux yeux des malgaches, le sujet de la réunion est largement masqué par les déclarations politiciennes sur la signification de cette invitation. Pour les uns, ce n’est qu’une bourde de l’administration onusienne ; celle-ci ne se serait pas posé plus de questions avant d’envoyer ses cartons d’invitation, n’ayant été avisée ni par l’Union Africaine, ni par le groupe africain qu’elle avait affaire à un putschiste non reconnu par la communauté internationale. Pour les autres, c’est le début de la reconnaissance internationale d’Andry Rajoelina.
Gageons d’ores et déjà que la réunion du Groupe International de Contact qui est convoquée le 6 octobre premier à Antananarivo fera l’objet de la part de nos politiciens d’autant de tentatives de récupérations. Aux yeux (et dans la bouche) des uns, le déplacement de Jean Ping, président de la commission de l’Union Africaine, Ramtan Lamamra, président du conseil de paix et de sécurité de l’UA et de représentants des pays membres du conseil de sécurité de l’ONU ne pourra que traduire la volonté de prendre compte de la réalité du terrain et des aspirations profondes du vahoaka malagasy. Pour d’autres, le passage de ces délégations ne sera qu’une occasion solennelle de tirer les oreilles des auteurs de coup d’État.
Comme souvent, la vérité se trouve sans doute quelque part entre les deux présentations opposées. Il peut paraître étonnant que Andry Rajoelina ait été personnellement invité au sommet de l’ONU, mais il aurait été encore plus étrange que les Nations Unies aient adressé une invitation à Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka ou Albert Zafy. Comme l’a écrit le Pr. Joël Andriantsimbazovina, la théorie de l’effectivité prime sur d’autres théories, et le pouvoir d’Andry Rajoelina est une réalité que la communauté internationale doit quelque part prendre en compte. Si les organisations rattachées aux Nations Unies veulent faire passer leur bonne parole, elles sont bien dans une certaine mesure contraintes d’en passer par lui et par son gouvernement et il serait illusoire de ne s’en remettre qu’aux seules organisations non étatiques.
Il n’empêche que la présence d’Andry Rajoelina embarrasse visiblement les responsables onusiens [1] qui auraient vraisemblablement préféré que Madagascar se fasse représenter sur ces dossiers par une personnalité au profil plus technique et moins emblématique et qui doivent croiser les doigts pour que le président de la HAT n’entreprenne pas de détourner le fleuve des questions climatiques vers le petit ruisseau local. Ainsi Andry Rajoelina se sera vu privé d’une audience auprès de Ban Ki Moon. Et faute d’invitation au déjeuner offert par Barack Obama aux chefs d’état africains, Rajoelina pourra peut-être se consoler en commandant à l’exemple du Président US un hamburger ce midi.
En fait la Communauté Internationale est autant ballottée que la population malgache ; un camp politique peut selon ses intérêts la porter aux nues dans la matinée en saluant « les grandes valeurs fraternelles et universelles qui réunissent l’humanité tout entière » (sic), et se draper le soir d’un fier nationalisme pour évoquer « les intérêts inaliénables du peuple malgache qui doit défendre sa spécificité et ses intérêts spoliés par ces prédateurs étrangers » (re-sic). La présence au sein d’une même mouvance d’un Ravalomanana qui fustige la France et d’un Fetison Andrianirina qui la ménage est un des exemples de ces grands écarts pas complètement désintéressés. Le comportement d’un Monja Roindefo, aussi américanophile avant le 17 mars qu’américanophobe par la suite, en constitue un autre.
Il y a quelques semaines, au moment où les bailleurs de fonds évoquaient des sanctions financières vis-à-vis de Madagascar, on avait remarqué que certaines ONG internationales menaient dans le même temps d’importantes campagnes médiatiques pour attirer l’attention sur les impacts qu’avaient les coupures de financement sur la protection de la faune et de la flore malgache. Même si ce lobbying donnait la fâcheuse impression que les problèmes des lémuriens étaient prioritaires par rapport à ceux des hommes, il a aussi démontré qu’il se trouve toujours des voix pour affirmer, non sans quelque raison, qu’il est des sujets qui ne peuvent attendre que les politiciens finissent de parlementer pour être traités. Mais cet épisode a aussi démontré que certains de ces politiciens sont susceptibles de reprendre les mêmes arguments pour justifier leurs décisions unilatérales.
Il en est ainsi lorsque les hommes politiques jouent à « qui perd gagne », et que la mise de leur jeu est la vie de la population. Et puisque l’on parle aujourd’hui de réchauffement climatique, on assistera ce soir à Antananarivo à la première mondiale de la version francophone d’un ambitieux film sur le sujet. Le synopsis du film ? Alors que la Terre est en train de mourir, un vieux documentaliste, dernier humain rescapé de cette catastrophe enregistre ses mémoires. Il passe en revue les événements de cause à effets qui ont amené l’humanité à sa perte et se demande pourquoi nous n’avons pas sauvé la planète et empêché le changement climatique alors qu’il en était encore temps.
Le titre du film ? L’âge de la stupidité. Nous y sommes bien. Celui où, entre autres, l’on tire à hue et à dia les « grandes personnes » dans une querelle entre cousins, plutôt que de se demander si les quelques réactions ne devraient pas plutôt nous amener à nous interroger sur le caractère constant et cohérent de nos propres comportements.




