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Afrique : Est-ce que la démocratie garantit le développement ?

samedi 31 janvier 2015

Abraham Lincoln définit la démocratie comme « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ». En cela, il met l’accent sur la nécessité pour les gens de prendre en charge les questions qui déterminent leur destin et suggère un lien direct entre le gouvernement et le peuple. Dans son livre « la fin de la pauvreté », Jeffrey Sachs soutient que la démocratie est une condition préalable au développement économique. Selon lui, un régime qui est despotique, arbitraire et sans foi ni loi, peut facilement détruire le développement.

Dans le contexte africain, alors que la démocratie demeure un aspect crucial pour le développement, ce n’est pas seulement la démocratie, du moins telle qu’elle est pratiquée dans certains pays, qui garantira le développement. Adeolu Oyekan observe généralement que : « bien qu’aucune société aspirant véritablement au développement ne peut ignorer la démocratie, les expériences démocratiques dans beaucoup de pays du tiers monde laisse un énorme fossé entre les gains attendus de la démocratie et la réalité sur le terrain ».

Si des pays comme le Botswana, Maurice, le Ghana et le Sénégal, entre autres, semblent être des « modèles » de démocratie en Afrique, ils présentent des résultats mitigés. Par exemple, tandis que le Botswana et Maurice semblent donner satisfaction, au Ghana et au Sénégal la corruption et l’inefficacité du gouvernement sont rédhibitoires. Dans des pays comme le Cameroun, la Gambie, le Nigeria, le Rwanda, la Tanzanie, le Togo et l’Ouganda, les élites politiques ont bloqué le processus d’une véritable démocratisation. Ainsi, des élections défectueuses, des partis politiques faibles, des organes judiciaires et législatifs au rang de figurants, des commissions électorales partiales et des organisations de la société civile faibles ne peuvent créer aucun changement.

Comment la démocratie peut garantir le développement ?

Premièrement, les citoyens doivent être autorisés à avoir le dernier mot quant à la conception et la mise en œuvre des politiques affectant leur vie par le biais de leurs représentants. C’est pourquoi Claude Ake, dans son ouvrage « La faisabilité de la démocratie en Afrique », souligne à juste titre que : « lorsque le développement se démocratise de sorte que les gens deviennent en même temps ses agents, ses moyens et sa fin ; à ce moment là, le développement sera concrétisé ».

Deuxièmement, la bonne gouvernance doit accompagner la démocratie. Cela permettra d’assurer l’existence de normes démocratiques reconnues et entretenues par les citoyens et leur gouvernement. Ce dernier doit être proche des gens en impliquant les citoyens dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et des programmes qui les concernent. Par conséquent, l’état de droit, l’inclusion, la responsabilisation, la transparence, la méritocratie, la protection des droits de l’homme et des libertés, et la fin de la corruption doivent être les normes.

Troisièmement, la séparation claire des pouvoirs entre les organes gouvernementaux. La concentration du pouvoir et la centralisation sont un lieu commun en Afrique et il est donc difficile d’affirmer catégoriquement la différence entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Les contrôles et les contre-pouvoirs devraient être institutionnalisées au sein de la classe dirigeante et entre gouvernants et gouvernés pour assurer le partage des coûts et les bénéfices du développement.

Quatrièmement, la démocratie doit être accompagnée de tous ses ingrédients essentiels, entre autres : pluralité, des élections régulières libres et équitables, des contrôles et des contrepoids, indépendance judiciaire, état de droit, reddition des comptes, transparence, pour garantir le développement. C’est parce que, une telle démocratie crée plusieurs centres de pouvoir lequel est partagé pour l’intérêt des citoyens.

Pourquoi la démocratie n’a pas pu garantir le développement en Afrique ?

La démocratie a besoin de faire partie d’une culture qui permet aux gens d’avoir leur propre autodétermination, conformément à leurs valeurs. Cependant, la démocratie actuelle en Afrique a été imposée de l’extérieur. Par conséquent, peu importe leurs bonnes intentions, certains dirigeants voient la démocratie libérale comme une extension de la supériorité occidentale. Si la démocratie est importée, elle ne tient pas compte des réalités locales et elle sera partielle et incohérente. C’est pourquoi Julius Nyerere a fait valoir que « la démocratie prêt-à-porter ou la démocratie Coca-Cola ne peut pas aider l’Afrique ». Quand il manque à la démocratie le respect de la propriété, il est difficile de garantir le développement.

Samuel Makinda dans « la démocratie et multipartisme en Afrique » conclut que « la plupart des tentatives pour introduire la démocratie à l’occidentale ont créé des problèmes pour les dirigeants et les électeurs qui n’ont aucune expérience de l’exploitation des systèmes politiques ouverts et concurrentiels ». Il déplore que cela « ait révélé les faiblesses des structures et de la performance des institutions publiques de nombreux États, et a montré le lien entre un régime autoritaire et les tensions politiques ». L’observation de la façon dont les partis pratiquent les élections révèle plus de problèmes que de progrès. La plupart des pays en développement souffrent de la faiblesse des partis politiques, de la société civile et du secteur privé. Ceux-ci ne peuvent pas promouvoir le développement car ils sont faibles, pauvrement institutionnalisés et discrédités par les élites politiques.

La démocratie et le développement sont des éléments inséparables. Il ne peut y avoir de développement dans sa conception globale si la démocratie est bloquée et vice versa. Par conséquent, si l’objectif de la démocratie est de garantir le développement, nous devons poursuivre la politique de la « nouvelle démocratie » qui signifie essentiellement donner le pouvoir au peuple. Les gens doivent prendre le siège du conducteur quand il s’agit d’examiner les questions qui déterminent leur destin. La nouvelle démocratie doit être complétée et renforcée par des institutions populaires, la participation populaire, la société civile, le secteur privé, les collectivités locales, les syndicats, les médias, et les groupes religieux, entre autres. Ceux-ci devraient agir pour unifier les gens tout en œuvrant pour le développement social, politique et économique. Les efforts de la communauté internationale devrait soutenir la nouvelle démocratie correspondant à ce que les gens voudraient et ne pas leur imposer ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent.

Marobe Wama, chercheur à l’institut pour la gouvernance et les sciences humaines et sociales, Université panafricaine, Yaoundé, Cameroun

Article publié en collaboration avec Libre Afrique

18 commentaires

Vos commentaires

  • 31 janvier 2015 à 12:42 | mandrozeza (#5123)

    Tout aussi intéressant et beaucoup plus pédagogique et malheureusement tragique : la lecture de la rubrique faits divers de L’express de Madagascar

  • 31 janvier 2015 à 14:59 | takaka (#8449)

    Of course ! Le hic de la démocratie africaine est l’inexistence de société mais de l’existence des clans. Alors quo vadis ?
    Peut-on faire de la démocratie avec des clans ?
    L’exemple choquant des causes côtières et régionales et qui de surcroît renforcé par des diasporas gasy.
    Vive les Babakoto qui sont plus démocrates que les Gasy !
    Veloma.

    • 1er février 2015 à 08:46 | Gérard (#7761) répond à takaka

      La Chine démontre que ce monsieur s’est trompé
      « Jeffrey Sachs soutient que la démocratie est une condition préalable au développement économique. »

  • 31 janvier 2015 à 18:17 | Jipo (#4988)

    Vaste programme en effet.
    Je me permettrai juste une remarque, c ’est que les « démocraties » dites à suivre ou exemplaires, n’ en ont plus que le nom .
    D’ une part ce sont les lobbyings financiers qui les tiennent et pas que par la barbichette, mais de plus que ce soit le quatar , les émirats, pour ne citer qu’ eux, loins d’ etre des exemples démocratiques, ont de quoi faire des envieux.
    D’ autre part , vous savez comme tout un chacun, que les démocraties sont à leur crépuscule, pour ne pas dire sur le déclin et en sérieux danger .
    Quant à la transparence et donner la parole au peuple, c ’est une utopie qu’ il ne faut pas prendre pour un drone ...
    Pour prendre simplement le cas de la france, vous n’ avez plus le droit de vous opposer à la politique menée, sans vous faire accuser de raciste, ou « djihadiste », on fait même des lois sensées vous défendre, et qui ne font que restreindre vos droits, vous confiner au conformisme général & mutisme total
    On vend le Pays en pièces détachées, à ceux que « nous » prétendons combattre, le Qatar en est que la partie apparente du glaçon, s’ y opposer devient l’ ennemi du « démocratique » culte de la pensée correcte & unique ,
    Un maximum de lois pour une liberté qui n’ est devenue qu’ un leurre , réduite à peau de chagrin .
    Il y a en France un taux de misère, qui ne cesse de croitre, pour ne pas dire les démocraties sont sur le déclin, en voie de disparition, « grâce » à son « laxisme » à ne prévaloir que ses droits, au détriment des devoirs .
    Il y aurait de quoi y passer la nuit, merci pour cet appel du pied, qu’ il faudrait distribuer plus souvent et à plus grande échelle .

    • 31 janvier 2015 à 20:04 | Jipo (#4988) répond à Jipo

    • 1er février 2015 à 15:15 | Razaka (#7817) répond à Jipo

      Hello Jipo

      Nous sommes tout à fait d’accord Jipo.

      Madagascar vers le Chemin de la Démocratie !!
      Côté Gouvernance et Pouvoir Politique
      A * Je suis vraiment désolé de constater cela, mais la route est vraiment longue. Je n’ai même plus envie de parler des Politiques que tout le monde le sait ici tous les jours, où tout est à CONCEVOIR, voire tout à reconstruire, mais pendant combien de TEMPS ?
      Il fallait absolument aussi un mode de développement Inclusif propre à la situation malgache.

      Côté Peuple
      B * Dans le cas malgache surtout, il est pourtant de la responsabilité totale de l’Etat d’apporter au Peuple, toute une Pédagogie structurelle à décentraliser, afin que le Peuple réapprenne aussi la notion de Civisme, du mieux Vivre ensemble et surtout de se donner les moyens aux bonnes Règles Sanitaires pour une vie décente de Tous.

      L’aboutissement de ces 2 parties pour Madà, pourrait prétendre retrouver le chemin de la démocratie. C’est-à-dire dans le cas où tout le monde en prenne conscience et donc Tous responsable. Mais l’Exemple doit absolument venir den Haut.

      Ensuite cela ne suffit pas pour aller vers la Démocratie s’il n’y a pas de Souveraineté Nationale !!
      = J’ajoute même que la démocratie n’a jamais été achevée nulle part ailleurs et qu’en plus, elle est en voie de disparition presque partout.
      = Vous avez pris l’exemple de la France mais surtout celui de l’EU, avec les deux URL de Vidéo que vous mentionnez. Je l’ai constatée aussi cette nouvelle description du Monde en général.
      = La notion de Pensée Unique est en train de gagner de la place avec la Ruse Collective de certains Acteurs bien organisés, au détriment de toute forme de Liberté.
      *** Cela signifie que Madagascar doit pouvoir coexister dans ce Contexte international. Madà doit arriver à coopérer intelligemment avec ses Partenaires. Cela est encore une autre Histoire.
      Or cette partie de la Diplomatie relève d’une très grande intelligence et d’expériences, alors qu’à Madà, les Compétences sont totalement sous utilisées.

      Our different experience does not necessarily implies divergent ideas.
      You are one of the few who talks like that here.
      I really appreciate your analysis.
      And Thanks a lot Jipo …

    • 1er février 2015 à 15:49 | Jipo (#4988) répond à Razaka

      Vous vous douterez que c ’est bien réciproque.
      HS,http://toutbox.fr/lisez.gratuitement/Ebooks+30.12.2014/Soumission+-+Michel+Houellebecq,17990222.pdf mais Pour information :

  • 1er février 2015 à 00:31 | GILHAN (#8671)

    Bonjour ;

    Il ne faut pas oublier que « Démocratie » est l’un des trois grands systèmes politiques possibles, au même rang que l’Absolutisme et l’Anarchisme !

    Il y a plusieurs variantes de Démocratie.

    Il est faux d’affirmer que tel système est la vraie Démocratie.

    A elle seule, la Démocratie ne garantit pas du tout le développement d’un Etat ou d’une Nation.

    Certain type de Démocratie mène même vers le chaos.

    Pour justifier cela, il n’y a qu’à voir ce qui se passe actuellement en IRAK et en LYBIE !

    Les Occidentaux ont voulu y imposer leur Démocratie. Chacun peut constater les conséquences : population appauvrie, minée par la guerre civile et la corruption.

    Actuellement, beaucoup regrèttent l’ère KHADDAFI ou S.HUSSEIN.

    A la base du développement, il faut surtout le patriotisme et non pas la Démocratie.

    Merci

  • 1er février 2015 à 13:43 | Paulo Il leone (#6618)

    Avant de gloser pour s’écouter « parler » (écrire) et citer des auteurs aussi disparates que dénués de crédibilité, l’auteur de l’article devrait se poser la question : de quels axes de développement CE pays a-t-il besoin... et est-il capable ?
    Les mots développement, démocratie, despotisme et la cohorte de mots appartenant à leurs champs lexicaux respectifs sont autant de concepts fourre-tout sur lesquels tout le monde fait semblant de s’accorder pour la simple raison qu’ils sont par nature protéiformes (à géométrie variable) : chacun revêt ces concepts des attributs et critères qui lui plaisent ou qui l’arrangent.
    Commençons par définir le plus clairement possible et en évitant les banalités et poncifs d’usage ce que l’on entend par démocratie, despotisme, et surtout par ce sacro-saint « développement » appliqués à ce pays plutôt que de parler ou d’écrire dans le vide pour se donner bonne conscience.

    • 1er février 2015 à 14:04 | takaka (#8449) répond à Paulo Il leone

      Quels axes de développement dites-vous ?
      Mais il faut admettre que une certaine démocratie (n’importe quel type) permet la stabilité des organisations sociale existantes. Et c’est à partir de ces organisations qu’on peut définir les axes possibles du développement économique et sociale.
      Je suis d’accord avec le patriotisme et la négation de Mr Le Pen sur les binationaux. (Si ça ne va pas à Mada, je vais profiter des sociétés françaises.)
      Et d’ailleurs c’est ce patriotisme qui a fait la grandeur des USA.
      Veloma.

    • 1er février 2015 à 15:29 | Paulo Il leone (#6618) répond à takaka

      La démocratie étant vaguement définie comme « un régime ou le peuple élit ses représentants », on voit tout de suite les limites et dévoiements inhérentes un tel système : comme pour les dictatures, la démocratie est aussi forte et aussi faible que les hommes et les femmes qui occupent les fonctions de premier plan de ses institutions et rouages : président, ministres, députés/sénateurs, hauts fonctionnaires, etc... Voyez-vous où je veux en venir ?
      Votre pays est un cas d’école du non fonctionnement des institutions quel que soit le régime en place ; vous avez connu la dictature « marxiste » de rastiraka, la démocratie et toutes ses dérives, sans oublier le banditisme d’état avec la hat, ... et vous êtes toujours au point mort !
      Pire : vous avez régressé dans tous les domaines depuis l’indépendance !
      La vraie question que les « décideurs » malgaches devraient se poser est : êtes-vous capable d’un quelconque développement ? Après la question du régime sera secondaire !
      Les exemple ne manquent pas de pays en pleine dynamique de développement ayant des systèmes politiques diamétralement opposés.

    • 1er février 2015 à 16:03 | olivier (#7062) répond à Paulo Il leone

      Voyez vous cher ami...

      Poser les bonnes questions ne suffit pas à obtenir les bonne réponses...
      Pas en milieux tropical tout du moins...

      60 ans que ca dure...et c’est loin d’être terminé !
      Je crains même une recrudessence de konnerie « endémique »..

      CHANTONS TOUS EN COEUR : cépamafote , cèlafotealafrancafrique !

      Quoi de plus confortable que de trouver des bouc-émissaires pour justifier la nullité ambiante ?
      Pour faire oublier les multiples malversations qui se sont succédées, régime ( de banane ?) apres régime ( weight watcher ?) !!!

      ouch

      OR

      PS : etre méchant, ce n’est décidemment pas gentil ! ( :) )

    • 1er février 2015 à 17:25 | Paulo Il leone (#6618) répond à olivier

      Hé oui, on a bien raison de dire que la vie est une « vallée d’alarme » !
      Les constitutions malgaches successives sont là pour nous rappeler que la faim est un des droits fondamentaux de l’homme !... la maladie et la pauvreté aussi d’ailleurs !
      Au fond, il suffit de « réenchanter la pauvreté » !

    • 1er février 2015 à 18:00 | takaka (#8449) répond à olivier

      Leone et Olivier. Vous faîtes une belle paire de Je suis Charlie. Heureusement que les autres forumistes ne sont pas là. Mais vous avez bigrement raison. Merci des conseils, surtout ceux de Leone. Dites, n’étiez vous pas administrateur à Mada quand vous y étiez ?
      Veloma.

    • 1er février 2015 à 21:55 | Paulo Il leone (#6618) répond à takaka

      Non, désolé je n’ai jamais été administrateur.
      je ne suis qu’un humble vermisseau qui observe le monde et ses dérives.....
      Haha ! Velouma !

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