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Afrique : Aller à l’école ne signifie pas apprentissage

lundi 28 septembre 2015

La seconde cible des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), approuvés en 2000 par les dirigeants mondiaux, est de « faire en sorte qu’en 2015, tous les enfants, garçons et filles puissent achever leur cycle complet d’enseignement primaire ». Alors, où nous en sommes aujourd’hui ?

Selon la propre évaluation de l’Organisation des Nations Unies : « de 2000 à 2011, le taux de scolarisation est passé de 83% à 90%, et le nombre d’enfants non scolarisés a chuté de près de la moitié de 102 millions en 2000 à 57 millions en 2011 ».

Impressionnant ? Oui, les chiffres sont impressionnants, mais l’éducation ne l’est pas.

Bien évidemment, l’éducation - qui doit aboutir à la formation et l’acquisition de compétences pour qu’un individu soit utile à sa société - est peut-être l’ingrédient le plus important pour le développement économique. Dans les économies du savoir d’aujourd’hui, le progrès économique dépend essentiellement du capital humain ; de la créativité, et des nouvelles industries qu’ils créent. Depuis 2000, les pays pauvres ont travaillé dur pour atteindre les OMD, et nombreux sont ceux qui ont proclamé un accès universel à l’éducation primaire pour tous les enfants en âge de scolarisation. Comme le révèle l’évaluation de l’ONU, il y a quelques « chiffres impressionnants » pour le corroborer, notamment l’augmentation du nombre d’enfants scolarisés. Mais ces « chiffres » certes impressionnants concernent uniquement la quantité. Peu sinon rien n’a été fait pour améliorer la qualité de l’éducation. Cela met en péril toute la success story de « l’accès à l’éducation ».

Un nouveau rapport de l’UNESCO met en lumière « une crise globale de l’apprentissage ». Un jeune sur quatre, révèle le rapport, sont incapables de lire une phrase et même 250 millions d’enfants allant à l’école n’apprennent pas les bases en lecture et en mathématiques, alors même que la moitié d’entre eux a déjà été scolarisée quatre années. En Afrique sub-saharienne, note le rapport, parmi les plus pauvres, seulement un enfant sur cinq atteint la fin du cycle primaire en ayant appris les rudiments de la lecture et des mathématiques.

Cette pandémie de l’éducation de médiocre qualité, a coûté, selon les estimations du rapport, 129 milliards de dollars aux gouvernements. En d’autres termes, un grand nombre d’investissements dans « l’éducation primaire pour tous » n’a pas été productif et a même été contreproductif, coûtant des milliards de dollars sans retour apparent.

« L’accès n’est pas le seul problème – la mauvaise qualité freine l’apprentissage, même pour ceux qui vont à l’école », indique la préface du rapport. Même si les pays font toujours face à une crise de l’accès à l’éducation, les enfants scolarisés n’apprennent pas beaucoup. Il ne reste désormais que 17 millions d’enfants non scolarisés sur le continent Africain ce qui représente 22 % de toute la population en âge de scolarisation au primaire.

Alors que l’éducation est certainement primordiale pour le succès économique d’un pays, il faut retenir un élément important : les objectifs ou les chiffres aussi impressionnants soient-ils peuvent être de piètre valeur. La valeur de l’éducation ne réside ni dans le taux de scolarisation, ni dans le nombre d’inscrits, mais plutôt dans ce que les élèves apprennent et comment ils utilisent ensuite ces connaissance. Il n’y a aucun intérêt à se focaliser sur la seule augmentation du nombre d’inscrits.

À l’origine de cette crise, se trouvent des échecs dans deux domaines stratégiques qui conditionnent la qualité de l’éducation : les enseignants et les infrastructures.

Primo, les nouveaux flux d’étudiants dans les écoles n’ont pas été anticipés. Le nombre de classe est resté inchangé et il n’y a eu aucun investissement dans la modernisation des équipements. Au contraire, les élèves ont « inondé » les écoles existantes, ce qui a rendu toute éducation de qualité presque impossible. Le rapport note que « en Afrique subsaharienne, le recrutement des enseignants n’a pas été proportionnel au nombre d’inscrits. Ainsi, le taux a stagné et est désormais les plus élevés dans le monde aux niveaux pré-primaire et primaire. Sur les 162 pays disposant de données en 2011, 26 avaient un ratio (élève/enseignant) dans l’enseignement primaire supérieur à 1 enseignant pour 40 élèves, dont 23 se trouvent en Afrique sub-saharienne ». Dans certains pays comme le Malawi, les classes sont surchargées à hauteur de 130 élèves par classe. La Tanzanie par exemple, selon les estimations de la Banque mondiale, a déjà atteint la deuxième cible des OMD. Mais, le rapport note que seulement 3,5% des étudiants tanzaniens avaient « l’usage exclusif d’un manuel de lecture ». Au Tchad, seul un quart des écoles a des toilettes.

Secundo, une éducation de qualité ne peut émerger qu’avec des enseignants de qualité. Cela signifie que les enseignants, sans une formation de qualité, un meilleur salaire et une connaissance des bases de la technologie moderne, seront incapables d’améliorer la qualité de l’éducation et de former la prochaine génération d’innovateurs. Le rapport estime qu’il y a un besoin urgent de recruter 5,2 millions d’enseignants supplémentaires « bien formés » pour l’année prochaine, si l’on veut inverser la tendance. La plupart des enseignants qui ont été recrutés dans le passé étaient « sans formation ». Les systèmes d’éducation dans la plupart des pays, conçus dans les années 1950, sont dépassés et doivent être réformés pour répondre aux exigences actuelles du marché de l’emploi.

Maintenant que les enfants sont à l’école, l’objectif est de faire en sorte qu’ils apprennent bien et qu’ils aillent jusqu’au bout de leur cursus. L’école primaire ne suffit ni pour préparer les étudiants à l’avenir ni pour en faire des innovateurs économiques dont l’Afrique a tant besoin.

Obadias Ndaba, analyste pour Libre Afrique.

Article publié en collaboration avec le projet www.libreafrique.com

11 commentaires

Vos commentaires

  • 28 septembre 2015 à 11:31 | Eloim (#8244)

    A l’heure actuelle, pour une Société ou une Entreprise quelconque, la première ressource en terme de richesse de telle c’est l’homme, donc l’on parle de l’apport en connaissance. Qui connaissance, dit éducation ! Lorsqu’on a une bonne éducation, nécessairement, il s’en suit l’acquisition de la connaissance riche tant en qualité que quantité. D’où, la création de richesse, entraînant le développement de la Société afin de parvenir au développement de l’économie, en générale.
    Donc, le fait de décourager les investisseurs pour l’éducation car il pourrait y avoir recul en terme du taux de scolarisation est une fatalité d’un pays malgré les grosses sommes consacrées dans ce domaine.
    Alors, dans ce rapport, le fait de considérer comme argent perdu inutilement, l’investissement destiné à l’éducation n’est pas digne d’une bonne analyse tendant à inciter à diminuer le volume d’investissement orienté dans l’éducation pour tous.

    • 28 septembre 2015 à 12:37 | plus qu’hier et moins que demain (#6149) répond à Eloim

      Bonjour,

      Il ne faut jamais se contenter d’une lecture diagonale sur ce genre de sujet d’où certainement vos conclusions hâtives sur l’intention de l’auteur.

    • 28 septembre 2015 à 13:57 | Eloim (#8244) répond à plus qu'hier et moins que demain

      Une lecture diagonale ou pas, devant un rapport de ce genre, il est indispensable de chercher un certain nombre de forces de telle analyse, qui parfois tendent à attirer une attention particulière, quant à la structure des contenus de tel.
      Pour illustrer, un seul exemple, un paragraphe :
      «  »« Cette pandémie de l’éducation de médiocre qualité, a coûté, selon les estimations du rapport, 129 milliards de dollars aux gouvernements. En d’autres termes, un grand nombre d’investissements dans « l’éducation primaire pour tous » n’a pas été productif et a même été contre-productif, coûtant des milliards de dollars sans retour apparent. » «  »"
      Il y a encore deux autres paragraphes mais ça va nous suffire largement pour l’instant.
      Quand bien même, merci de votre interpellation !

    • 28 septembre 2015 à 15:44 | plus qu’hier et moins que demain (#6149) répond à Eloim

      L’auteur ne se contente pas seulement de faire des constats mais propose également des solutions concrètes et réalistes (2/3 de son texte) auxquelles on doit ajouter évidemment les faits suivants en ce qui concerne notre pays :
      - Les sommes dépensées en 4x4 pour chaque CISCO et en moto pour les ZAP (zones d’animation pédagogique) font gonfler les chiffres des investissements dont l’impact direct sur l’éducation est trop superflu.

      - Il en est de même des sommes dépensées en séminaire et conseils techniques.

      - N’en parlons pas des problèmes des calendriers scolaires calqués sur les pays développés qui ne favorisent pas leurs intégrations aux quotidiens de la famille des enfants à éduquer.

    • 28 septembre 2015 à 17:35 | plus qu’hier et moins que demain (#6149) répond à plus qu'hier et moins que demain

      A cela s’ajoute évidemment l’absence des cantines scolaires pour les plus démunis.

  • 28 septembre 2015 à 12:36 | Behantra (#9165)

    Lire les réponses apportées plus haut (en malagasy) par St-jo et Isandra

  • 28 septembre 2015 à 14:57 | jangobo (#8776)

    Où est l’erreur ?

    En 2011, 57 millions d’enfants malagasy ont été non scolarisés.

    Actuellement sur le continent africain, il ne reste plus que 17 millions qui n’ont pas accés à la scolarisation.

    Madagascar ne fait donc pas partie du continent africain et l’ignorance en raison de la non scolarisation est un record absolu chez nous.

    • 28 septembre 2015 à 15:17 | monfort (#8295) répond à jangobo

      Aller a l école ne veut pas dire apprendre C est normal l enseignement general n a aucune importance Il faut des apprentissages manuels pour aider les jeunes a s inserer socialement , en trouvant du travail ou en s installant pour son propre compte

  • 28 septembre 2015 à 15:49 | Mihaino (#1437)

    L’éducation est complexe et compliquée :
    - En primaire , on nous apprend à PARLER ...
    - En secondaire , on nous apprend à nous TAIRE sinon « collés » !
    - Etant étudiants et adultes , nous devons REPARLER pour soutenir et défendre nos idées et nos convictions ....
    - Ayant atteint un certain âge, nous sommes écoutés et respectés parfois !Quoique ....
    - A la fin de notre vie , nous allons nous TAIRE à jamais .
    « le silence est d’or » pour certains et la grande gueule est l’arme pour d’autres ! Plus cette dernière catégorie vocifère , plus le Peuple ne l’écoute plus et ne lui fait plus confiance !
    Wait and see ...

  • 29 septembre 2015 à 08:34 | regisson (#7075)

    il est vrai que le gachis scolaire de nos « têtes blondes » est terrible. Nous pourrions penser qu’ils sont dépourvus de tout. Ce qui n’est pas faux.

    Nous avons créer une entreprise en Asie où nous avons teste des Malagasys SANS FORMATION.

    Nous avons pris des risques calculés car ils sont formés par 2 personnes comme tuteurs. Durant les premiers 3 mois il a fallu reprendre les bases, les structurer...

    Resultats :

    nous en avons un qui sera un très bon pâtissier car il commence a travailler seul sur certain produit.

    Je pense que dans quelques années il sera très bien placé sur le marché et pourra ouvrir un magasin .

    Formation par des maitres dans leur métiers.

    le point faible aujourd’hui est le coté administration...

    Cela fera parti d’une prochaine étape.

    Former des jeunes hommes / femmes sans formation pour les preparer a être de très très bons ouvriers est un plaisir ou l’Adrenaline est forte au debut.

    le proverbe

    sur le metier tu remettra ton ouvrage est vraiment d’actualite.

    Moralité

    quand vous enlevez un Malagasy de ses problèmes et du reste, la plupart sont excellents...

    je ne regrette rien a cette aventure....

    • 29 septembre 2015 à 09:23 | jangobo (#8776) répond à regisson

      N’est pas ignorant celui qui n’a pas été éduqué. Comment aurait-il pu savoir puisqu’on ne lui a rien appris.

      Le vrai problème est de pouvoir inviter quelqu’un à recevoir une éducation si ses difficultés matérielles n’ont pas été résolues.

      Comment l’inviter à désirer la formation s’il ignore où il trouvera à manger aujourd’hui car actuellement, la plupart des malagasy cherchent de l’argent pour demain pour payer sa dette d’hier ?

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