Jansi,
Votre point de vue sur le cas « Norbert Lala Ratsirahonana » ne me surprend pas trop parce qu’il est bien celui de Pierrot Rajaonarivelo (Voir le magazine online « Le Républicain ») du temps où ce dernier était opposé à Andry Rajoelina et au noyau dur de la HAT !
Mon analyse des évènements politiques à Madagascar depuis mai 1972, me laisserai plutôt à penser que ce sont plutôt les Albert Zafy et Marc Ravalomanana qui devrait être qualifié de traite.
Depuis la volonté de Didier Ratsiraka, en 1976, d’instaurer à Madagascar le socialisme scientifique, conforté par un régime « présidentiel » totalitaire et personnel qui prendra la forme d’un « centralisme démocratique », les forces d’opposition (politique, civile, etc.) se sont progressivement regroupé sous l’impulsion de la FFKM, ce que ce sacré Ndimby appelait la « winning coalition » (en terme anglo-saxons c’est beaucoup plus flatteur comme MAP, CSI, etc. !)
Sous l’appellation de « Hery Velona » cette coalition avait la ferme volonté de mettre à bas le régime « totalitaire et personnel » de Didier Ratsiraka en 1991, puis en 2002, afin de mettre en place une Constitution qui soit tout le contraire de celle de la IIe République.
Une République parlementaire, démocratique et laïque dont le Président de la République n’aurait plus les mêmes pouvoirs exorbitants que sous la IIe République.
Albert Zafy avait été choisi par les « Hery Velona » (et non pas le contraire) pour diriger le mouvement de contestation de 1991, puis être le premier président de la nouvelle république, pour une double raison :
1. C’était un ancien ministre du Gouvernement du Général Gabriel Ramanantsoa.
2. C’était un côtier et il fallait rassembler le maximum d’opposants (merina+côtiers) au régime de Didier Ratsiraka pour assurer un succès au mouvement de contestation de 1991.
Aussitôt élu à la Présidence, Albert Zafy s’était, entre autre, empressait de réviser la Constitution pour augmenter les pouvoirs du Président de la République, ce qui était contraire à l’esprit même de la Constitution de 1992 et donc une trahison envers les « Hery Velona », ceux-là même qui l’avait mis à la tête de l’Etat malagasy.
Sa sanction fut l’empêchement parlementaire voté à son égard.
Suite à cette destitution, Didier Ratsiraka va revenir au pouvoir par la voie des urnes, mais aussitôt sa victoire, il s’empressera de réviser pour la deuxième fois la Constitution de 1992 afin de renforcer les pouvoirs présidentiels et supprimer ainsi tous moyens légaux d’éventuel destitution.
L’expérience désastreuse d’Albert Zafy (côtier et catholique) pousseront les « Hery Velona » de changer de fusil d’épaule et de préférer de choisir un autre profil de candidat à opposer à Didier Ratsiraka.
Ce devra être un « jeune merina qui a réussi professionnellement » (merina et protestant) et les « Hery Velona » vont porter leur choix sur un jeune merina propriétaire d’une petite entreprise familiale sans grande envergure.
Ce futur candidat-opposant à Didier Ratsiraka sera donc formé, éduqué, habillé et enrichi par les « Hery Velona » pour qu’il puisse correspondre au profil idéal voulu.
La « légende » est ainsi crée et le novice en politique Marc Ravalomanana se présentera aux élections municipales d’Antananarivo en 1999 pour une double raison :
1. le faire connaître au grand public et mesurer sa popularité avant les présidentielles.
2. lui apprendre l’ABC de la gestion publique et des affaires politiques.
Les présidentielles de décembre 2001 donnent une majorité relative (- de 50%) au candidat Marc Ravalomanana, mais un deuxième tour pourrait voir la victoire de Didier Ratsiraka, ce qui est inacceptable pour les « Hery Velona » dont l’objectif est bien l’éviction définitive de la scène politique du Président sortant.
Les « Hery Velona » vont donc forcer la main et proclamer que Marc Ravalomanana a été élu dès le 1er tour.
Auto-proclamation de Marc Ravalomanana comme président de la République suivit de la reconnaissance internationale.
Pour cause d’une accession à la Présidence toujours contesté, la première mandature se déroule sans grand bouleversement, tant à l’intérieur du pays que dans ses relations extérieures, y compris avec la France.
Jacques Sylla (côtier et catholique) est maintenu comme Premier ministre tout au long de ces 5 années pour maintenir un certain équilibre au sein de l’exécutif entre côtiers et merina, et entre catholiques et protestants.
En 2006, Marc Ravalomanana est réélu et ses envies de mégalomanie prend le dessus.
Jacques Sylla (côtier et catholique) est remplacé par Rabemananjara (merina et protestant) d’où déséquilibre au sommet de l’Etat.
La Constitution est de nouveau révisé pour la 3ème fois avec la suppression de la laïcité, la limitation d’accès à la Présidence, le musellement de l’opposition, le renforcement des pouvoirs du Président de la République.
Il y a donc là une nouvelle trahison vis-à-vis de l’esprit de la Constitution de 1992 de la part de Marc Ravalomanana.
La sanction se concrétisera par le « coup de force » de mars 2009.
Dans toute cette succession d’évènement, Lala Norbert Ratsirahonanana n’en a été que l’éminence grise, une parmi d’autre.
C’est cette succession d’évènements et la ferme volonté de mettre en place à Madagascar un Etat républicain, démocratique, parlementaire et laïque que j’appelais la « dynamique historique ».
Ce processus ne sera terminé que lorsque des Institutions solides et respecté par tous seront mises en place.