Il était évoqué hier les inquiétudes que pouvaient soulever la présence de groupes parlementaires s’agaçant de l’ultimatum imposé par Marius Fransman pour le 29 février. À tout le moins, l’on peut s’attendre à de longues palabres passionnées.
Face à ces difficultés, le gouvernement a choisi une méthode qui a tout de même de quoi surprendre : « puisqu’il est notoire que les divisions au sein du gouvernement affaiblissent son action, tentons de transformer cette faiblesse en force. Et assumons nos divisions pour faire passer au second plan celles du Parlement ».
Du coup, plus question de vouloir faire passer le gouvernement d’union nationale pour un organe essentiellement technique. Chacun est prié de se souvenir qu’il est issu d’un groupement politique et a ramené mardi soir chez lui un curieux devoir à la maison : proposer des amendements à l’avant-projet de loi sur l’amnistie. La commission ad’hoc du gouvernement aura ensuite à tenter de synthétiser les avis des ministres, avant que le projet ne soit soumis aux entités politiques signataires de la Feuille de route. Et ce n’est qu’après ces étapes que le projet sera présenté officiellement au Conseil de gouvernement, puis au Conseil des ministres.
Le but de ce mode opératoire, allant à contre-pied des efforts précédents pour présenter le gouvernement comme une entité unie et travaillant dans la discrétion, est clair : à chaque étape, il sera possible de dire aux contradicteurs que des ministres ont émis les mêmes objections qu’eux lors des étapes initiales au niveau du gouvernement, et que ce qui leur est présenté représente un compromis jugé acceptable. Le cas échéant, certains ministres seront individuellement invités à prendre canne et chapeau pour aller prêcher la bonne parole et convaincre le groupement politique dont ils sont issus qu’il semble difficile de faire autrement que d’approuver.
Accepter un peu de cafouillage au départ pour tenter d’en éviter un immense et surtout plus durable à l’arrivée ? Après tout, pourquoi pas ; la démarche peut avoir du sens dans le contexte actuel. Mais elle présente un risque : celui d’inscrire durablement dans la tête des uns et des autres qu’il vaudrait mieux que l’Assemblée nationale ne soit qu’une vulgaire (et coûteuse) chambre d’enregistrement.
Une telle idée, si elle se pérennisait, serait le prélude à de prochaines crises. Par souci « d’efficacité », de tous temps, les chefs de l’exécutif ont une tendance naturelle à favoriser la briévité des débats. Contrairement à celui actuellement présent, les gouvernements de demain seront plus ou moins monolithiques. Parce que la formule « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » est rentrée dans l’histoire, et que les Iharizaka Rahaingoson constituent l’exception plutôt que la règle, à l’avenir, un parlement élu (et donc infiniment plus légitime que les actuels CST et CT) devra prendre garde à ne pas se laisser ainsi marcher sur les pieds. Plus que jamais, Madagascar a besoin de contre-pouvoirs qui prennent vraiment au sérieux leur rôle.




